Après le confinement et en plein été, les musées et d’autres institutions culturels parisiens rouvrent progressivement leurs portes pour les visiteurs. C’est une bonne occasion pour les admirateurs de l’art coréen, surtout traditionnel, de voir ou de revoir les collections qui présentent des objets du Pays du Matin Calme.

Musée national des arts asiatiques – Guimet

ill. 1. Musée national des arts asiatiques – Guimet, 6 place d’Iéna, 75116 Paris

La plus grande collection de l’art coréen traditionnel se trouve au Musée Guimet, 6 Place d’Iéna à Paris, fondé grâce à Émile Guimet (1836-1918), collectionneur d’art qui était passioné par des cultures asiatiques. L’histoire de la collection remonte jusqu’à 1888 quand Charles Varat (1842-1893), explorateur français envoyé par le Ministère de l’Instruction Publique et des Beaux-Arts en Corée pour faire des recherches éthnographiques et anthropologiques, commença à acheter « tout ce qui lui paraît coréen, afin de mieux faire connaître à Paris l’identité de la Corée. » (Paris Consortium, 2012) En collaboration avec Victor Collin de Plancy (1853-1922), diplomate français à Séoul, il a rassemblé des « peintures bouddhiques ou chamaniques, sculptures de Bouddha ou de Bodhisattva en bois, en bronze ou bien en fonte de fer, sans oublier des costumes, des masques ou bien du mobilier. » (Paris Consortium, 2012) Ceux-ci furent exposés au Musée d’Ethnographie du Trocadéro en 1889. Ensuite, déjà en 1893, une galerie coréenne fut ouverte au Musée Guimet grâce aux efforts de Charles Varat et de Hong Jeong-ou (홍종우, 1850-1913), l’un des premiers Coréens venus en France.

Aujourd’hui, la collection présentent les œuvres suivantes :

  • Couronne Silla, Les Trois royaumes, V-VIème siècle, faite en bronze doré, hauteur de 59,5 cm : ce genre de couronnes portèrent des personnages d’origine royale. Dans cette pièce d’orfèvrerie, on peut trouver des gogok (곡옥), appelés aussi gobeunok (곱은옥), type d’ornement en jade dont la forme peut évoquer un croc, une griffe ou la lune en forme de croissant. Ces trois éléments jouent un rôle très important dans les cultures chamaniques ce qui explique et confirme à la fois la présence du chamanisme en Corée. Le gogok est parfois comparé à la forme du vergule mais cela serait plutôt un anachronisme dans ce contexte historique. Son équivalent japonais est magatama (勾玉 ou曲玉) qui exista déjà dans la période de Jōmon (縄文時代 Jōmon jidai, 13 000 – 400 avant l’ère commune), ceci dit dans la préhistoire du Japon.
ill. 4. Couronne Silla, Les Trois royaumes, V-VIème siècle, faite en bronze doré, hauteur de 59,5 cm
  • Avalokiteshvara à 1000 bras et à 1000 yeux (천수천안관세음보살 Cheonsu cheonan gwanseeum bosal ; sur le site officiel du Musée Guimet, il y a une version de transcription changée : Chonsu Kwanum posal), Goryeo, X-XIème siècle, fonte de fer, hauteur de 58 cm : cette sculpture vient directement de la collection créée par Charles Varat. Elle représente l’une des plusieurs incarnations ou manifestations du bodhisattva de la compassion ultime. Le nombre de ses bras qui tiennent des objets variés exprime sa grande volonté de sauver tous les êtres de la souffrance ; par contre, de nombreuses yeux ont été présenté d’une façon symbolique. À noter que l’époque de Goreyo (918-1392) fut l’âge d’or pour le bouddhisme en Corée.
ill. 5. Avalokiteshvara à 1000 bras et à 1000 yeux (천수천안관세음보살 Cheonsu cheonan gwanseeum bosal), Goryeo, X-XIème siècle, fonte de fer, hauteur de 58 cm
  • Bodhisattva méditant Paekche (반가사유상 Banga sayusang ; sur le site officiel du Musée Guimet, il y a une version de transcription changée : panga sayu sang), Les Trois Royaumes, VIème siècle, bronze doré, hauteur de 5,5 cm : il représente le même modèle iconographique que les fameux trésors nationaux de Corée du Sud : deux bronze doré Maitreyas dans la méditation (금동 미륵보살 반가상 Geumdong mireuk bosal ban-gasang ; numéros 78 et 83). L’image d’une divinité pensive ou d’une autorité spirituelle en train de méditer existe dans d’autres systèmes religieux également, par exemple dans l’art chrétien. Dans cette tradition artistique, il existe une représentation du Christe de pitié, appelé aussi « Le Christe aux liens », qui utilise parfois la même pose pensive. Même si le contexte théologique et historique est différent car Jésus, déjà déshabillé et avec une couronne d’épines, attend sa crucifixion, il est intéressant de comparer cette image avec celle du bodhisattva méditant.
  • Bouddha enseignant, Goryeo, XI-XIIème siècle, bois doré, hauteur de 62 cm : c’est une représentation du Bouddha faisant le geste de la prédication, ceci dit, il enseigne et instruit. Pareil qu’Avalokiteshvara à 1000 bras et à 1000 yeux, il vient de l’époque de Goryeo et de la même collection de Varat. La sculpture représente l’art bouddhique classique : le Bouddha est assis dans la position du lotus, drapé avec des tissus fluides, avec des longues oreilles et coiffé en demi-coque. Ce genre d’objets fut particulièrement utile pour l’adoration et la méditation privée.
ill. 8. Bouddha enseignant, Goryeo, XI-XIIème siècle, bois doré, hauteur de 62 cm
  • Maebyong (매병), Goryeo, XIIème siècle, céladon, hauteur de 37,5 cm : l’époque de Goryeo fut aussi l’âge d’or du céladon coréen. Les maebyong (매병) furent des vases dédiés pour les fleurs de prunier ce qui suggère leur nom.
ill. 9. Maebyong (매병), Goryeo, XIIème siècle, céladon, hauteur de 37,5 cm
  • Jarre à décor de dragon, Joseon, XVIIème siècle, grès, hauteur de 33 cm : ce vase représente buncheong (분청 ; sur le site officiel du Musée Guimet, il y a une version de transcription changée : punch’ong), type de céramique coréenne avec un décor plus ou moins géometrique, en couleur marron sur la surface un peu rigide. Il évoque le style plutôt « folklorique » mais il reste toujours l’art considéré comme soutenu à l’époque de Joseon (1392-1910). Cette pièce présente un corps long d’un dragon avec des petits nuages, caractéristique pour l’iconographie des pays confucéens.
ill. 10. Jarre à décor de dragon, Joseon, XVIIème siècle, grès, hauteur de 33 cm
  • Paravent à huit panneaux – scènes de genre, Kim Hong-do (김홍도) / Danwon (단원), Joseon, XVIIIème siècle, encre et couleurs sur soie, hauteur de 108 cm et longeur de 392 cm (chaque panneau 49 cm) : ce paravent est signé par Kim Hong-do (김홍도, 1745-1815), connu sous un pseudonyme Danwon (단원), l’un des « trois Wons » dans l’histoire de l’art coréen, trois grands artistes. Deux autres, ce sont Hyewon (혜원), c’est-à-dire Shin Yun-bok (신윤복, 1758-1813), l’auteur du fameux Portrait d’une beauté, et Owon (오원), ceci dit, Jang Seung-eop (장승업, 1843-1897). Ce type d’œuvres narratives permet de connaître mieux la vie quotidienne ou courtoise de l’époque en fonction du thème.
ill. 11. Paravent à huit panneaux – scènes de genre, Kim Hong-do (김홍도) / Danwon (단원), Joseon, XVIIIème siècle, encre et couleurs sur soie, hauteur de 108 cm et longeur de 392 cm (chaque panneau 49 cm)
  • Paravent à dix panneaux – fleurs et oiseaux, Yi Han-cheol (이한철), Joseon, XIXème siècle, peinture sur soie, hauteur de 146 cm et longeur de 420 cm : ce paravent représente hwajodo (화조도), soit-disant « fleurs et oiseaux », type de peinture né en Chine et ensuite transmis en Corée et au Japon. Les fleurs et les oiseaux sont le motif principal. Il fut décoré par Yi Han-cheol (이한철, 1808-?), l’auteur des portraits de trois derniers rois coréens, l’empereur Gojong (고종, 1852-1919), lui-inclus.
ill. 12. Paravent à dix panneaux – fleurs et oiseaux, Yi Han-cheol (이한철), Joseon, XIXème siècle, peinture sur soie, hauteur de 146 cm et longeur de 420 cm
  • Masque – la jeune femme (소무 somu), Joseon, XVIIIème siècle, bois peint et tissu écru, hauteur de 24,5 cm : ce masque vient aussi de la collection de Varat. Il a été probablement utilisé au théâtre coréen traditionnel du genre sandae noli (산대놀이). Cependant, d’après les informations publiées au Journal des Voyages en 1894 et fournies par Charles Varat, « il semble que ces masques en bois aient plutôt servi lors de cérémonies funéraires, dans le but de conjurer les influences néfastes entraînées par la mort, et pour protéger les vivants des esprits maléfiques. Au cours de ces enterrements, des danseurs, tragiquement costumés et masqués, étaient chargés d’empêcher le “mauvais esprit” de s’échapper. » (Musée Guimet)
ill. 13. Masque – la jeune femme (소무 somu), Joseon, XVIIIème siècle, bois peint et tissu écru, hauteur de 24,5 cm
  • Portrait de Cho Man-Yong (조만영), dignitaire de haut rang ; Yi Han-cheol (이한철), Joseon, 1845, encre et couleurs sur papier, hauteur de 51 cm : cette peinture où le naturalisme rencontre l’illusionisme dans le même temps, est une œuvre de Yi Han cheol (이한철, 1808-?), celui qui a décoré le paravent à dix panneaux – fleurs et oiseaux, et qui a effectué des portraits de trois derniers rois coréens. C’est une représentation typique d’un dignitaire de haut rang et d’un lettré confucéen car les deux rôles furent considérés complémentaires à l’époque de Joseon.
ill. 14. Portrait de Cho Man-Yong (조만영), dignitaire de haut rang ; Yi Han-cheol (이한철), Joseon, 1845, encre et couleurs sur papier, hauteur de 51 cm

Musée Cernuschi

ill. 15. Musée Cernuschi, 7 Avenue Velasquez, 75008 Paris

Le deuxième musée où on peut retrouver l’art coréen traditionnel, est le Musée Cernuschi, 7 Avenue Velasquez à Paris. Henri Cernuschi (1821-1896), collectionneur d’art d’origine italienne, voyagea en Chine et au Japon. Même s’il n’était jamais allé en Corée, il a acheté quelques objets coréens pendant ses voyages. Après son retour en France, il fonda un hôtel ayant pour but l’exposition de ses achats particuliers. Ensuite, l’hôtel a été transformé en espace d’exposition des arts asiatiques.

Aujourd’hui, les œuvres suivantes sont accessibles pour les visiteurs :

  • Cloche, Goryeo, avant 1311, bronze, hauteur de 31 cm : les cloches de l’époque de Goryeo furent été créées au même âge d’or du bouddhisme que les sculptures du musée Guimet, représentables pour l’art bouddhique en Corée. Le crochet est en forme de dragon et la surface est décorée avec des motifs bouddhiques. Ce genre de cloches sans battant réglèrent la vie monastique.
ill. 16. Cloche, Goryeo, avant 1311, bronze, hauteur de 31 cm
  • Épitaphe de Yi Kyŏng-jik (이경직, 1577-1640), Joseon, vers 1640, porcelaine et brun de fer sous couverte : « les épitaphes peintes sur des plaques de porcelaine qui apparaissent dans les tombes des hauts dignitaires du royaume témoignent de ce double mouvement qui façonne en profondeur la culture matérielle de l’élite coréenne à partir du XVe siècle. » (Musée Cernuschi) Ce genre, artistique et littéraire, fut effectué en hanja (한자), c’est-à-dire dans les caractères chinois parce que c’était l’écriture officielle de la cour royale et des lettrés confucéens.

Le musée expose aussi deux pièces en céramique contemporaines qui réalisent le modèle et le style traditionnel : un grand bol du type buncheong (분청 ; sur le site officiel du musée, il y a une version de transcription changée : punch’ŏng) de Shin Gyung-kyun (신경균), le même que du jarre à décor de dragon au Musée Guimet, et un jarre-lune de Shin Chul (신철). À noter aussi qu’il y a une salle avec des graphiques coréennes du XXème et XXIème siècle, dont la majorité a été effectuée par Lee Ungno (이응로, 1904-1989), artiste coréen installé en France dans les années 1950.

Centre Culturel Coréen

ill. 19. Centre Culturel Coréen, 20 rue la Boétie, 75008 Paris

Le Centre Culturel Coréen organise des expositions temporaires. Certaines d’elles sont dédiées à l’art coréen traditionnel comme Tekkal, couleurs de Corée (21.11.2019-14.02.2020) dont le but était de présenter « la signification et de l’usage des couleurs dans la vie et la culture des Coréens. » (Centre Culturel Coréen, 2019) Tekkal (때깔) signifie tout simplement « des couleurs ». Un autre terme qui fait référence au rôle des couleurs dans la culture coréenne est obangsaek (오방색). Il est plus précis que tekkal parce qu’il désigne une composition de cinq couleurs principales : rouge, bleu, jaune, blanc et noir.

ill. 20. Jarre-lune, Joseon, porcelaine ; présenté à l’exposition Tekkal, couleurs de Corée, Centre Culturel Coréen à Paris

Nous espérons que cet article vous a plu. Nous vous souhaitons des bonnes visites aux musées et ailleurs où vous pouvez aussi retrouver « un peu de Corée » !

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