Kim Ok-gyun

La fin de l’époque de Joseon fut une période particulière dans l’histoire de la Corée. Le Pays du Matin Clair eut besoin de réformes qui auraient renforcer son économie, sa puissance militaire et la morale du peuple. Les rébellions du XIXème siècle, le soulèvement de Donghak (1894-1895) inclus, furent la dernière « voix qui crie dans le désert ». Et même si le gouvernement coréen refusa longtemps les réformes, certains Coréens essayèrent de trouver une solution à travers l’occidentalisation et par conséquence, la modernisation, entre autre Kim Ok-gyun.

Au cœur de l’expansion imperiale

La seconde moitié du XIXème et la première moitié du XXème siècle furent l’âge d’or pour l’impérialisme colonial occidental et à partir des années 1890, l’impérialisme japonais. À l’époque pré-moderne, d’après le fameux proverbe « quand les baleines se battent, les crevettes ont le dos brisé », la Corée fut une crevette avec son dos brisé par deux baleines voisines. Et à la veille de son déclin, on pourrait dire qu’elle fut une crevette chassée par plusieurs baleines possessives. La Corée se trouva au cœur de l’expansion imperiale à l’Extrême-Orient.

ill. 1. Carte de l’Asie qui présente l’expansion occidentale et japonaise au XIXème siècle

Biographie

Kim Ok-gyun (김옥균 ; 金玉均, 1851-1894) fut un homme politique et activiste coréen. Il est né dans une famille des yangban (양반 ; 兩班), donc l’aristocratie coréenne. Il fréquenta le seodang (서당 ; 書堂), école primaire privée, et ensuite, il poursuivit son éducation dans des domaines variés, les arts tels que la poésie, le dessin et la musique y compris. Il est dit que c’était un homme aux multiples talents.

À la fin des années 1860, il rencontra un groupe d’intellectuels où il resta sous l’influence de Bak Gyu-su (박규수 ; 朴珪壽, 1807-1877), l’un des partisans des réformes. On pourrait dire que c’était un « demi-siècle des Lumières » en Corée.

Après 1874, Kim Ok-gyun se consacra à la formation du Parti des lumières (개화당 ; 開化黨 Gaehwadang) qui eut pour objectif de transformer la Corée en pays moderne et entièrement indépendant. En premier lieu, il s’agissait de libérer la Corée de sa dépendance de la Chine (à rappeler que la cour royale de Joseon fut toujours obligée de consulter certaines décisions avec les Qing) ainsi que de la protéger contre les forces extérieures telles que le Japon et des pays occidentaux, surtout l’Angleterre, la France et les États-Unis. Ensuite, il fallait réformer la structure de l’État, introduire des nouvelles solutions technologiques (par exemple, le télégraphe) et modifier certains modèles sociaux.

En décembre 1881, Kim Ok-gyun alla au Japon pour voir comment le Pays du Soleil Levant avait adopté les inventions occidentales à sa culture et ses besoins. À noter que le Japon, même si forcé à la modernisation par les Américains selon les conditions du traité de Kanagawa (神奈川) en 1854, n’a jamais été colonisé ni par un pays occidental ni asiatique. Les réformistes coréens, parmi lesquels Kim Ok-gyun, espérèrent moderniser la Corée de la même façon pour garder l’indépendance de leur patrie.

En mars 1884, Kim Ok-gyun rentra en Corée. Quelques mois plus tard, en décembre, il participa au coup d’État de Gapsin (갑신 ; 甲申). C’était une tentative du Parti des lumières. Les réformistes voulurent prendre le pouvoir et mettre en œuvre les réformes, toujours bloquées soit par les conservateurs, soit par les activistes pro-japonais, ignorants envers la tradition et l’identité nationale coréenne.

ill. 2. Une photo de Kim Ok-gyun

Gaehwapa, réformistes

Kim Ok-gyun appartint aux Gaehwapa (개화파 ; 開化派 ?), groupe de réformistes qui soutinrent l’occidentalisation de la Corée au niveau de l’économie, administration et forces militaires. C’était une perspective plutôt moderée et adaptée aux circonstances locales. Les réformes Gabo (갑오 ; 甲午), effectuées entre 1894 et 1896 sous le règne du roi Gojong (고종 ; 高宗, 1852-1919), dernier souverain coréen, furent un fruit tardif de l’activité des réformistes ainsi que la réponse au soulèvement de Donghak. Elles apportèrent l’abolition de l’esclavage, donc la classe de nobi (노비 ; 奴婢), la restructuration du système de taxation et la transformation de la division administrative dans tout le pays.

Malgré les controverses autour des Gaehwapa et leurs liaisons secrètes avec le Japon, et malgré la critique des réformes Gabo, perçues parfois comme imposées par le Japon ou « trop pro-japonais », il faudrait dire que c’était un acte signifiant dans l’histoire de la Corée. Le gouvernement coréen reconnut officiellement la nécessité de changement.

Assassinat

Suite à la chute du coup d’État de Gapsin, Kim Ok-gyun cragnait tout le temps d’être assassiné. Il eut peur de se déplacer et il se méfia de tout le monde. Néanmoins, quand Li Hongzhang (李鴻章 Lǐ Hóngzhāng, 1823-1901), homme d’État chinois très important, lui avait invité à venir a Shanghai, il n’a pas refusé.

En 1894, Kim Ok-gyun fut assassiné par Hong Jong-u (홍종우 ; 洪鍾宇, 1850-1913) à Shanghai. Hong Jong-u représenta des idées reformatrices également, mais sa vision comment introduire les réformes et avec quel type d’aide fut différente. De plus, Kim Ok-gyun fut considéré comme un traître. En conséquence, son corps fut démembré et renvoyé en Corée ou ses parties ont été exposées en public. C’était une pratique habituelle dans l’ancienne Corée et même à l’époque de la modernisation. Il s’agissait de l’humiliation du criminel et de l’avertissement pour le peuple. Il est dit que l’assassinat de Kim Ok-gyun, « prévu » par les autorités japonaises, devint un prétexte à la première guerre sino-japonaise (1894-1895).

À remarquer que Hong Jong-u fut le premier Coréen d’être venu en France qu’on connaît jusqu’à présent. C’est à lui on doit la fondation de la galerie coréenne, en collaboration avec Charles Varat (1842-1893), au Musée national des arts asiatiques Guimet à Paris.

À rappeler aussi qu’on trouve le personnage de Kim Ok-gyun dans des séries sud-coréennes contemporaines du genre de sageuk (사극). Ce sont entre autre Gunman in Joseon (조선 총잡이 Joseon chongjabi, 2014) où le rôle du réformateur joue Yun Hui-seok (윤희석), et Jejungwon (제중원, 2010) où ce rôle a été joué par Yu Tae-ung (유태웅).

Illustrations

  • Image liminaire : Une photo qui présente les protagonistes du coup d’État de Gapsin. Kim Ok-gyun est le quatrième à partir de la gauche au premier plan.
  • ill. 1. Carte de l’Asie qui présente l’expansion occidentale et japonaise au XIXème siècle
  • ill. 2. Une photo de Kim Ok-gyun
  • ill. 3. Carte de surveillance de Kim Ok-gyun qui fut sous haute surveillance des autorités japonaises
  • ill. 4. Lettre de Kim Ok-gyun adressée à la reine douairière Sinjeong (신정 ; 神貞, 1809-1890)
  • ill. 5. Un assassin politique, article sur Hong Jong-u et son crime, Le Monde Illustré, le 24 juin 1894
  • ill. 6. L’assassinat de Kim Ok-gyun, estampe japonaise, 1894 (?)

Née en 1993, Polonaise. Diplômée d'une licence en cultures d'Extrême-Orient (Université Jagellon de Cracovie - Pologne, 2012-2015) et d'un master en Arts Libéraux (Université de Varsovie - Pologne, 2016-2018). Étudiante en master à la Faculté des Études Asiatiques à l'Université Jagellon de Cracovie depuis 2021. Fascinée par la civilisation confucéenne et par les interactions interculturelles. Collaboratrice avec Planète Corée depuis 2018.

2 Comments

  1. Eva Houdova Reply

    Merci pour vos articles si bien documentés! J’ai vu un drama à propos de cette page de l’histoire de la Corée..Malgré le côté romancé, c’était instructif après que j’ai lu votre article..Amicalement Eva Houdova

    1. Maria Anna Dudek Post author Reply

      Bonjour Eva Houdova, nous apprécions beaucoup votre soutien et nous sommes ravis de vos visites sur notre site. Merci beaucoup d’avoir partagé de nouveau votre avis avec nous ! Quant à cette page de l’histoire de la Corée, je pense que c’est une période particulièrement intéressante à analyser : entre la tradition et la modernité, entre l’indépendance et l’occupation, entre l’Orient et l’Occident etc. … C’est difficile, parfois controversé, mais toujours important. Amicalement, Maria Anna Dudek

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