Avez-vous entendu des gwisin (귀신) qui vivent en sous-sol ou du gumiho (구미호), un renard qui vit mille ans et qui sait se transformer en une belle femme ? Bienvenue dans l’univers des fantômes et d’autres créatures surnaturelles coréens !

créatures et fantômes coréens

ill. 1. Les faucheurs dans le drama The Tale of Arang / Arang and the Magistrate (아랑사또전 Arangsattojeon, 2012)

Gwisin

Les gwisin (귀신 ; en hanja : 鬼神 où 鬼 signifie tout simplement « un fantôme » ou « un démon » et 神 signifie « une déité », aussi « une âme » ou « un esprit » ; en anglais, les gwisin sont traduits comme ghosts ou spirits) forment un groupe de fantômes qui viennent des défunts. On pourrait dire qu’ils sont des âmes issues des corps et qui vagabondent entre les univers différents, le ciel et les enfers eux-inclus.

Si une âme ne peut pas partir de la terre (par exemple, son corps n’a pas été enterré), elle s’installe quelque part et cherche de la nourriture car même en tant que gwisin, elle doit toujours manger et boire. C’est pourquoi il est essentiel de tenir le rituel de jesa (제사) pour les défunts. Sinon, l’âme souffre et devient de plus en plus malheureuse.

Si les gwisin habitent dans une maison des vivants, ils choisissent un endroit précis qui désigne après son identité. En conséquence, on parle des gwisin au sous-sol, des gwisin de la cuisine ou même… des gwisin des jarres !

Les gwisin sont comparés parfois avec les yogwi (요괴), équivalent du yōkai (妖怪) au Japon et avec les mamul (마물), créatures humaine-animale, traduit aussi comme « un monstre ».

Les gwisin créatures et fantômes coréens les plus connus

Il existe plusieurs types de gwisin. Les quatres les plus connus sont :

  • mul gwisin (물귀신) : c’est une âme noyée dans les eaux, ceci dit de quelqu’un qui était mort par noyade. Certains viennent hanter les pêcheurs. Il ne faut pas toucher le cadavre d’un noyé parce qu’il est très probable d’être entraîné par son âme.
ill. 2. Une représentation contemporaine du mul gwisin
  • chonyo gwisin (처녀귀신) : c’est une âme d’une femme non-mariée, soi-disant « un fantôme vierge » (en anglais : maiden ghost). Vu la position des femmes dans l’ancienne Corée où le mariage fut essentiel pour mener une vie respectueuse et stable, cet être est particulièrement tragique. Selon la tradition, si une femme était morte avant son mariage, son âme ne resta pas en paix et vagabonda parmi les vivants en cherchant vengeance. D’habitude, elle porta un sobok (소복), c’est-à-dire un vêtement de deuil traditionnel en couleur blanche.
ill. 3. Une représentation contemporaine du chonyo gwisin
  • chonggak wishin (총각귀신) ou mongdal gwisin (몽달귀신) : c’est un équivalent masculin du chonyo gwisin. « De temps en temps, des chamans tiennent un rituel spécial essayant de réunir les deux âmes, chonyo gwisin et chonggak wishin, pour qu’ils puissent être mariés au moins après la mort. Si le rituel est bien accompli, leur vie devient complète dans le sens spirituel. » (Redeker, 2012). Dans la culture populaire, la version féminine apparaît plus souvent que celle masculine.
ill. 4. Une représentation contemporaine du chonggak wishin / mongdal gwisin
  • dalgyal gwisin (달걀귀신) : c’est un être particulier. Son nom signifie littéralement « un fantôme d’œuf » et il vient du fait que sa tête n’a pas d’yeux ni de nez, ni de bouche, ni d’autres parties du visage. D’après les croyances folkloriques, si quelqu’un rencontre un dalgyal gwisin, il mourira bientôt. Certains spécialistes disent que dalgyal gwisin est un genre de mujagwi (무자귀), les fantômes sans enfants ou d’autres descendants, ou sans les personnes qui pourraient tenir un rituel commémoratif de jesa (제사) pour eux.
ill. 5. Une représentation contemporaine du dalgyal gwisin

Les gwisin apparaissent souvent dans le cinéma sud-coréen. Dans les films d’horreur comme Dead Friend (령 Ryeong, 2004), on trouve leur représentation effrayante et cependant, dans le drama, leur image est d’habitude agréable et amusante, par exemple dans les séries Oh My Ghost (오 나의 귀신님 O Naui Gwisinnim, 2015), Hotel del Luna (호텔 델루나 Hotel del luna, 2019) ou The Tale of Arang / Arang and the Magistrate (아랑사또전 Arangsattojeon, 2012). Malgré le côté populaire de ces productions-là, la réalité des êtres surnaturels coréens a été présenté d’une façon crédible.

ill. 9. Les personnages principaux du drama The Tale of Arang / Arang and the Magistrate (아랑사또전 Arangsattojeon, 2012). De gauche : Choi Ju-wal (l’un des yangban), Kim Eun-o (magistrate), Arang / Lee Seo-rim (gwisin), Mu-yeong (faucheur).

Gumiho

Les gumiho (구미호 ; en hanja : 九尾狐 où 九尾 signifie « neuf queues » et 狐 signifie « un renard ») sont les renards à neuf queues qui vivent mille ans et qui se transforment en belles femmes pour séduire les hommes et ensuite, pour les manger. Cette créature apparaît très souvent dans le folklore de tous les pays confucéens, donc en Chine, en Corée, au Japon et au Taïwan.

Dans la culture populaire, les gumiho possèdent des représentations variées. À remarquer aussi qu’ils ont été repris dans le drama My Girlfriend Is a Gumiho (내 여자친구는 구미호 Nae Yeojachinguneun Gumiho, 2010) comme un motif principal.

Jeoseung saja

Les jeoseung saja (저승 사자 ; en anglais : Grim Reaper) jouent un rôle de la Mort ou de la Faucheuse occidentale. Néanmoins, les deux ne sont pas identiques car la Faucheuse reprend la vie d’un humain ainsi qu’elle guide son âme après ; les jeoseung saja ne sont pas responsables de la mort – leur fonction est seulement d’amener l’âme dans l’endroit prévu par les déités.

Dokkaebi

Les dokkaebi (도깨비) sont des êtres comparables aux lutins ou aux goblins en Occident. Ils ressemblent également à des petits démons ou diables en fonction de la région ainsi que de la situation. Ils aiment bien faire des plaisanteries et l’une des façons de les dompter est de leur offrir un un bon repas nutritif. En général, il faut être gentil avec eux et pour éviter leur visite la prochaine fois, il suffit de mettre leur image quelque part sur la façade ou les murs de la maison.

À noter que le titre coréen du drama Goblin (2016) est justement Dokkaebi (도깨비) et qu’il fait référence à ces créatures folkloriques.

ill. 15. Une représentation traditionnelle du dokkaebi sur une tuile, Silla unifié, VII-VIIIème siècle, grès

Les illustrations :

  • Image liminaire : Une représentation contemporaine du gumiho dans le drama My Girlfriend Is a Gumiho (내 여자친구는 구미호 Nae Yeojachinguneun Gumiho, 2010)
  • ill. 1. Les faucheurs dans le drama The Tale of Arang / Arang and the Magistrate (아랑사또전 Arangsattojeon, 2012)
  • ill. 2. Une représentation contemporaine du mul gwisin
  • ill. 3. Une représentation contemporaine du chonyo gwisin
  • ill. 4. Une représentation contemporaine du chonggak wishin / mongdal gwisin
  • ill. 5. Une représentation contemporaine du dalgyal gwisin
  • ill. 6. L’affiche du film Dead Friend (령 Ryeong, 2004)
  • ill. 7. L’affiche du drama Hotel del luna (호텔 델루나 Hotel del luna, 2019)
  • ill. 8. L’affiche du drama Oh My Ghost (오 나의 귀신님 O Naui Gwisinnim, 2015)
  • ill. 9. Les personnages principaux du drama The Tale of Arang / Arang and the Magistrate (아랑사또전 Arangsattojeon, 2012). De gauche : Choi Ju-wal (l’un des yangban), Kim Eun-o (magistrate), Arang / Lee Seo-rim (gwisin), Mu-yeong (faucheur).
  • ill. 10. Une image du gumiho du Livre des monts et des mers (山海經 Shānhǎi jīng, dynastie Han 206 avant notre ère – 220 notre ère), typique dans l’iconographie traditionnelle chinoise et coréenne
  • ill. 11. Une représentation contemporaine du gumiho dans le style manhwa (만화)
  • ill. 12. Une représentation contemporaine des jeoseung saja dans le drama The Tale of Arang / Arang and the Magistrate (아랑사또전 Arangsattojeon, 2012)
  • ill. 13. Une représentation contemporaine du jeoseung saja dans le style manhwa (만화)
  • ill. 14. Une comparaison contemporaine de la Mort / Faucheuse occidentale et un jeoseung saja coréen
  • ill. 15. Une représentation traditionnelle du dokkaebi sur une tuile, Silla unifié, VII-VIIIème siècle, grès. Photo : Maria Anna Dudek, Musée National de Varsovie (Pologne), 2019

Bibliographie :

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