Le « rouleau compresseur » culturel coréen

En ce moment rien ne résiste au « rouleau compresseur » culturel coréen. Une force de frappe phénoménale qui allie culture traditionnelle et ultramoderne. Avec les reconstitutions des habitats traditionnels en Corée, mais aussi les hautes technologies principalement dominées par des entreprises coréennes, comme Samsung, LG, Naver (devenue l’un des premier investisseur dans les start-up françaises entre autre grâce à Fleur Pellerin) l’aspect culturel fusionne et déferle à travers le monde, sous le nom de hallyu (la vague coréenne). L’hallyu est l’un des grands moteurs de l’économie sud-coréenne et participe grandement au miracle économique Coréen. Dans cette série d’articles nous explorerons ensemble combien rapporte la K-pop et ce qu’elle peut offrir. 

La Corée a réussi à acquérir un tel soft power et une influence mondiale grâce à ses nombreuses pratiques culturelles, du drama à la nourriture, sans oublier la K-pop. Elle a même investi l’espace culturel de plusieurs pays, plus ou moins fermés comme l’Arabie saoudite, avec un concert des BTS… Ce qui fait des BTS les premiers artistes non-arabes donnant un concert dans un stade saoudien. Le cœur des jeunes Marocains a aussi été conquis par cette musique et ces derniers s’intéressent de plus en plus à la culture coréenne.

Juste pour BTS

Le groupe de K-pop le plus connu à travers le monde, rapporte à lui seul à son pays plus de 4,65 milliards de dollars de retombées économiques annuelles. Le merchandising rapporterait aux sept chanteurs plus de 130 millions de dollars chaque année, a affirmé un cabinet de recherche. Ces artistes du pays du matin calme sont aussi le premier groupe coréen à obtenir un disque d’OR dans l’Hexagone. En 2009, le SNEP a décidé d’abaisser le nombre de ventes à 50 000 copies pour un disque d’or. Ce 16 décembre, le SNEP a annoncé que « MAP OF THE SOUL : PERSONA » avait atteint ces 50 000 équivalent-ventes (streaming/physique compris), BTS devenant ainsi le premier groupe coréen à s’offrir un disque d’or en France. 

Un phénomène hallucinant, énorme, qui n’est pas près de s’arrêter. « Nous devons nous considérer pas simplement comme meilleurs [que les autres groupes K-pop, NDLR], mais comme LE meilleur. Quand nous sommes sur scène, nous sommes là pour conquérir » explique RM, le leader du groupe. Il confirme le souhait de BTS de conquérir le monde, que ce soit les Amériques, l’Asie, l’Occident, ou même le Moyen-Orient.

BTS fait danser la capitale saoudienne

BTS était le premier groupe artistique non-arabe à donner un concert dans un stade saoudien. Devant 30.000 spectateurs munis de bâtonnets lumineux  des BTS Army, les BTS ont réussi, mine de rien, un tour de force. Cela a suscité une grande polémique chez certains fans qui mettent en avant le non-respect des droits humains dans le pays. Le groupe a décidé de maintenir la date et s’explique sur ce choix au Hollywood Reporter : « Je ne dirais pas que la décision a été simple à prendre. Mais nous avons été officiellement invités » explique RM « très prudemment » comme le précise le magazine. « Cela fait longtemps que n’avons pas joué au Moyen-Orient, je pense que la dernière fois, c’était à Dubaï en 2015. Pour le dire simplement, s’il y a un endroit où les gens veulent nous voir, nous irons là-bas ».

En termes d’ambiance, rien à envier aux autres concerts d’Asie ou Europe. Un phénomène d’émancipation des femmes semble enclenché en Arabie saoudite (elles étaient interdites de stade de football il y a encore deux ans.). Le concert à Riyad est la dernière étape de la tournée mondiale de BTS, «Love Yourself: Speak Yourself .». Ce concert au Moyen-Orient a permis au célèbre groupe d’accomplir un exploit, et au pays qui l’invitait d’adresser un message. Un pays qui veille avec soin et insistance sur les influences culturelles extérieurs et qui permet à un groupe non-arabe de donner un concert dans un stade saoudien, envoie ainsi un signe fort au monde, mais aussi à son régime,  et à sa population. Mais cela permet également à BTS d’élargir une fanbase mondiale, et de conquérir un nouveau territoire et bien sûr de nouvelles parts de marché. Ce que la K-pop remporte est cela de moins à conquérir pour la J-Pop. C’est l’éternelle guerre commerciale et d’influence entre le pays du soleil levant et le pays du matin clair.

Les maisons de production coréennes

Les trois plus grandes maisons de production coréennes de K-pop sont SM EntertainmentJYP Entertainment et YG Entertainment. On les appelle les Big Three, et elles dégagent des bénéfices spectaculaires allant jusqu’à dix milliards de wons. Mais combien rapporte la K-pop ? Pour le troisième trimestre de l’année 2018, le label SM Entertainment a obtenu un revenu net de 168,7 milliards de wons. (soit à peu près 130,7 millions euros). YG Entertainment a gagné un montant de 65,2 milliards de wons (soit à peu près 50,5 millions d’euros). Et JYP Entertainment a réalisé un total de 34,8 milliards de wons (soit à peu près 26,9 millions d’euros). Ce qui représente au total 2 800 000 euros, soit 26 800 700 000 000 wons. On peut donc dire que la K-pop rapporte !.

Pour les maisons de production de K-pop, investir dans le secteur est une garantie d’avoir « un retour sur investissement. » Ce qui peut leur permettre d’investir beaucoup d’argent pour un minimum de risque, en comparaison de ce que cela peut leur rapporter sur la durée. On peut presque comparer cet investissement à celui que l’on réalise lorsqu’on achète un tableau de grande valeur comme un Picasso : on le paie cher, mais sa cote augmente avec le temps. Et quand on le vend, les bénéfices sont de 1000 fois le prix d’achat. Sauf qu’un groupe de K-pop ne se vend pas : il se produit, fait des dates, de gigantesques shows. Seoul développe même une arène deK-pop pour 2024.

Stratégie de convergence

C’est pour tenir tête aux Chinois et aux Japonais que la petite Corée du Sud (51 millions d’habitants) a investi massivement dans l’Internet à haute vitesse (elle est même la première à disposer de la 5G dans le monde) pour devenir le pays le plus connecté du monde. Ce sont initialement des fonds publics qui ont soutenu la création de studios d’enregistrement et de salles de spectacle.

Le gouvernement verse 500 millions  par année au ministère de la Culture dans le but précis de stimuler les exportations. L’État a aussi créé un partenariat public-privé d’un milliard de dollars pour financer la production de culture populaire. Bien sûr, tous ces artistes chantent, dansent et jouent dans des télés coréennes. Et le public suit leurs exploits sur un écran plat « made in Korea » par Samsung ou LG. C’est surtout en grande partie grâce au développement massif de la bande passante et du tout- puissant internet que la K-pop et les dramas se sont développés aussi rapidement, comme une traînée de poudre.

Sources
http://www.chartsinfrance.net/Bts/news-111521.html
https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/vu-de-coree-du-sud-le-groupe-bts-donne-un-concert-controverse-en-arabie-saoudite
https://fr.yna.co.kr/view/AFR20191013000100884#none

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