Dans nos articles, on utilise souvent les termes comme hanja, hangeul, caractères chinois etc. parce qu’ils sont fondamentaux pour parler la langue coréenne et son écriture. Cependant, il ne sont pas les seuls qui décrivent le phénomène de l’écriture coréenne car « plusieurs systèmes y ont été essayés, y ont prospéré et coexisté, avant d’aboutir à la généralisation de celui en usage actuellement. » (Bouchez, 2014, p. 6)

ill. 1. De gauche : un syllabogramme coréen 한 han, un caractère chinois traditionnel 漢 hàn et un caractère japonais du hiragananu. Ce modèle montre de manière simplifiée et symbolique une corrélation entre les écritures de trois pays confucéens importants : la Chine, la Corée et le Japon.

Hanja

Il faudrait rappeler qu’en Coree, « cette péninsule au nord-est de la Chine, de la taille d’une province chinoise, se parle une langue propre, de type altaïque, polysyllabique et agglutinante, laquelle appartient par conséquent à une famille linguistique tout autre que celle du chinois » et que « les débuts de l’écriture y remontent peut-être au dernier millénaire avant notre ère. » (Bouchez, 2014, p. 6)

Le hanja (한자 ; 漢字) est un ensemble des caractères chinois adaptés à la langue coréenne. Il fonctionna presque dans toute l’histoire de la Corée ce qui maintint une liaison forte avec la Chine à travers les siècles. Il fut utilisé principalement par la cour royale et les yangban (양반), l’aristocratie coréenne, et même après l’invention de l’alphabet hangeul au XVème siècle, il resta l’écriture officielle de l’élite coréenne jusqu’à la fin de la dynastie Joseon en 1910.

Tous les sous-types de l’écriture coréenne sont « des variations » sur le hanja à l’excéption du hangeul et du hanja honyong, où les caractères chinois coexistent avec les syllabogrammes coréens.

ill. 2. Un passage du gyomyeong (교명 ; 敎命), édit royal qui conféra un titre royale de la reine, du prince, de la princesse, de la maîtresse ou du courtisan. Celui-ci fut conféré au prince Yi Cheok en 1875.

Hanja honyong

Il existe aussi le hanja honyong (한자혼용 ; 漢字混用) ou le gukhanmun honyong (국한문혼용 ; 國漢文混用), soi-disant « l’écriture mixte » où il y avait les caractères chinois ainsi que les syllabrogrammes coréens. Bien que ses débuts remontent au XVème siècle, le moment de l’invention du hangeul grâce au roi Sejong le Grand (世宗大王 ; 세종대왕 Sejong Daewang, 1397-1450), c’était uniquement à la fin du XIXème quand les Coréens avaient commencé à l’utiliser régulièrement.

ill. 3. Un exemple de l’écriture mixte dans un livre Somunsaseol (소문사설 ; 謏聞事說) de Lee Si-pil (이시필 ; 李時弼, 1657-1724)

Hyangchal et idu

Le hyangchal (향찰 ; 鄕札) est l’un des sous-types d’écriture archaïques coréennes, basés sur le hanja. Dans ce cas, les caractères chinois fonctionnèrent plutôt comme une aide dans une lecture phonétique que les pictogrammes et les logogrammes.

Un autre ancien système d’écriture est idu (이두 ; 吏讀), toujours basé sur les caractères chinois, utilisés aussi pour noter certaines expressions coréennes. Selon la tradition, il fut inventé par Seol Chong (설총 ; 薛聰) en 692, mais les recherches postérieures ont prouvé que Seol Chong avait uniquement codifié une méthode déjà existante.

Il est difficile de trouver des exemples qui pourraient illustrer le hyangchal ou l’idu parce que leur côté visuel reste identique ou ressemble beaucoup à celui du hanja standard.

Gugyeol

Le gugyeol (구결 ; 口訣) est encore un autre sous-type ou système de l’écriture coréenne. Il est considéré comme une méthode d’interprétation des textes en chinois classique (文言 wényán). Il renda la lecture plus facile car des expressions chinoises ont été séparées par des explications en coréen. En conséquence, le texte fut « automatiquement » complété avec les commentaires exégétiques ce qui permettait maîtriser les phrases confucéennes complexes. À noter que les locutions en chinois classique furent particulièrement difficiles à comprendre parce que la langue des lettrés confucéens n’utilisa que de mots monosyllabiques. Vu le nombre limité des syllabes chinoises, la communication en wenyan sans aucune formation précédente fut impossible.

Il est très probable que le gugyeol ait inspiré les créateurs du syllabaire japonais katakana (en japonais : カタカナ). J’explique ce processus dans le paragraphe « Transmissions typographiques » au-dessous.

ill. 4. Un exemple du gugyeol, probablement une version contemporaine du XXème siècle

Hangeul

Le hangeul est l’alphabet coréen, créé au XVème siècle à la demande du roi Sejong le Grand. Dans l’ancienne Coree, il était très rare qu’une personne d’origine non-aristocratique puisse savoir lire et écrire. C’est pourquoi le roi cherchait des moyens pour réduire l’illettrisme et pouvoir communiquer avec le peuple en écrit.

De nouvelles lettres et syllabes apparut apparurent en 1446. L’alphabet se composa de 28 lettres, distinctes entre les consonnes et les voyelles et il s’appelait hunmin jeongeum (훈민정음) – « l’enseignement du langage correct au peuple ».

ill. 5. Un exemple de l’usage du hangeul entre les membres de la famille : voici une lettre d’une femme enceinte à son époux décédé, Lee Eung-tae, de 1586. C’est une découverte archéologique exceptionnelle qui a eu lieu en 1998 à Andong en Corée du Sud.

« Transmissions (typo)graphiques »

Le potentiel typographique des caractères chinois est énorme, voire infini. Cela se manifeste par les sous-types de l’écriture coréenne, plus ou moins dérivés des pictogrammes et des logogrammes, et aussi par les syllabaires japonais, hiragana (ひらがな) et katakana, où certaines compositions des traits basiques sont presque identiques avec leurs modèles chinois. Voici un exemple du radical 礻shizipang, réutilisé dans le hangeul et dans le katakana :

ill. 6. Dans l’exemple ci-dessus, deux versions des consonnes coréennes sont un résultat de deux typographies différentes.

Ce genre de « transmissions typographiques » est caractèristique pour les types d’écriture, natives dans la civilisation confucéenne. Un autre exemple est la lettre coréenne ㅋ kieuk (키읔), transmise au katakana en tant que ヲ wo.

En Corée du Nord

D’après la politique culturelle nord-coréenne, le seul système d’écriture essetiellement coréen est le joseongeul (조선글). En fait, c’est juste un autre nom pour le hangeul, utilisé en Corée du Sud.

Malgré l’alphabet commun, il existe certaines différences entre le langage du Nord du Sud. Le vocabulaire peut varier, surtout dans le domaine politique, économique, social et philosophique, et vu des migrations rares entre deux pays, les Sud-Coréens ont commencé à distinguer l’accent nord-coréen ce qui pose parfois des problèmes aux réfugiés.

ill. 7. Une carte postale d’une série nord-coréenne de 1968, dédiée aux lieux historiques et aux actions du mouvement antijaponais. La typographie du texte en coréen évoque celle des premiers lettres et syllabrogrammes du hangeul au XVème siècle. À remarquer aussi que cette carte présente le Mont Paekdu, donc un symbole important pour le Nord et le Sud les deux, et un pin avec un slogan révolutionnaire gravé sur son tronc (de droite à gauche et verticalement) : « 조선 민족의 자유와 [une partie illisible] | 위하여 골짜기 싸 우자 (Joseon minjogui jayuwa […] wihayeo goljjagi ssa uja) » ce qui peut être traduit en partie comme : « Les Coréens, luttons pour la liberté et (…) ».

Bibliographie

  • Bouchez Daniel (2014). L’écriture en Corée. En : (2014) Culture coréenne. Dossier spécial : hommage à Daniel Bouchez, Automne / Hiver no. 89, p. 6-14.

Illustrations 1-5

  • Image liminaire : Un passage du sangeon (상언), lettre de pétition adressée au roi, écrite par Madame Kim, épouse de Yi I-myeong, 1727. Photo : Maria Anna Dudek, l’exposition La splendeur et la finesse. L’esprit et la matière dans l’art coréen (en polonais : Splendor i finezja. Duch i materia w sztuce Korei ; en coréen : 한국미술 삶과 영혼에 깃들다 Hangungmisul samgwa yeonghone gitdeulda ; en anglais : Splendour and Finesse. Spirit and Substance in Korean Art) au Musée National de Varsovie, 11.10.2019-12.01.2020
  • ill. 1. De gauche : un syllabogramme coréen 한 han, un caractère chinois traditionnel 漢 hàn et un caractère japonais du hiragananu. Ce modèle montre de manière simplifiée et symbolique une corrélation entre les écritures de trois pays confucéens importants : la Chine, la Corée et le Japon.
  • ill 2. Un passage du gyomyeong (교명 ; 敎命), édit royal qui conféra un titre royale de la reine, du prince, de la princesse, de la maîtresse ou du courtisan. Celui-ci fut conféré au prince Yi Cheok en 1875. Photo : Maria Anna Dudek, l’exposition La splendeur et la finesse. L’esprit et la matière dans l’art coréen, ibidem.
  • ill. 3. Un exemple de l’écriture mixte dans un livre Somunsaseol (소문사설 ; 謏聞事說) de Lee Si-pil (이시필 ; 李時弼, 1657-1724). Yang Hye-jeong, Jang Dai-ja, Chung Kyung-rhan, Kim Kang-sung, Kwon Dae-young (2015). Origin names of « gochu », « kimchi » et « bibimbap ». In: (2014) Journal of Ethnic Foods no. 2, p. 162-172 ; p. 166.

Illustrations 4-5

  • ill. 4. Un exemple du gugyeol, probablement une version contemporaine du XXème siècle
  • ill. 5. Un exemple de l’usage du hangeul entre les membres de la famille : voici une lettre d’une femme enceinte à son époux décédé, Lee Eung-tae, de 1586. C’est une découverte archéologique exceptionnelle qui a eu lieu en 1998 à Andong en Corée du Sud.

Illustrations 6-7

  • ill. 6. Dans l’exemple ci-dessus, deux versions des consonnes coréennes sont un résultat de deux typographies différentes.
  • ill. 7. Une carte postale d’une série nord-coréenne de 1968, dédiée aux lieux historiques et aux actions du mouvement antijaponais. La typographie du texte en coréen évoque celle des premiers lettres et syllabrogrammes du hangeul au XVème siècle. À remarquer aussi que cette carte présente le Mont Paekdu, donc un symbole important pour le Nord et le Sud les deux, et un pin avec un slogan révolutionnaire gravé sur son tronc (de droite à gauche et verticalement) : « 조선 민족의 자유와 [une partie illisible] | 위하여 골짜기 싸 우자 (Joseon minjogui jayuwa […] wihayeo goljjagi ssa uja) » ce qui peut être traduit en partie comme : « Les Coréens, luttons pour la liberté et (…) ». Bonner Nicholas (2019). Made in North Korea. Graphics from Everyday Life in the DPRK. New York : Phaidon, p. 124.
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