Il y a deux semaines, nous avons découvert l’histoire des orphelins nord-coréens accueillis en Pologne dans les années 1950. Ce dimanche, la Pologne nous dirige vers la Corée du Sud, l’héritage culturel de la Péninsule et l’art coréen ce qui montre aussi qu’un dialogue avec les deux Corées est possible.

En automne 2019 a été organisée l’exposition La splendeur et la finesse.
L’esprit et la matière dans l’art coréen
(en polonais : Splendor i finezja. Duch i
materia w sztuce Korei
; en coréen : 한국미술 삶과 영혼에 깃들다 Hangungmisul
samgwa yeonghone gitdeulda
; en anglais : Splendour and Finesse. Spirit and
Substance in Korean Art
) au Musée National de Varsovie. Elle avait pour but de célébrer le trentième anniversaire des relations diplomatiques entre la Pologne et la Corée du Sud ainsi que de remercier pour l’exposition L’art polonais : l’esprit durable (en coréen : « 폴란드, 천년의 예술 » Pollandeu, cheonnyeonui yesul ; en anglais : Polish Art: An Enduring Spirit), présentée au Musée national de Corée à Séoul en 2015. À noter que c’était la première exposition officielle de l’art coréen traditionnel dans l’histoire polonaise.

La structure

L’une des questions les plus difficiles dans l’organisation d’une exposition est : comment la construire ? Comment présenter les objets pour qu’ils expliquent des phénomènes pas seulement esthétiques, mais aussi sociaux, historiques, politiques et même économiques ? Et pour que l’explication soit compréhensible pour tous les visiteurs ?

La structure de l’exposition varsovienne a été bien réfléchie. Elle a été composée de huit parties, chacune dédiée à un aspect important de la culture et l’histoire coréenne : 1) La préhistoire, 2) L’époque des Trois royaumes, 3) La culture et l’art bouddhiste, 4) Joseon, 5), Le souverain, 6) Les femmes à l’époque de Joseon, 7) Le culte des ancêtres et 8) La céramique coréenne.

Bien qu’il soit toujours possible de contester quelque chose ou certains éléments en disant « ils auraient pu faire mieux », je tiens au proverbe selon lequel le mieux est l’ennemi du bien.

La préhistoire

Les premières traces de l’activité humaine sur la Péninsule de Corée datent de 700 000 ans avant J.C. Néanmoins, on considère que la naissance de la culture coréenne remonte au Néolithique marqués par des phénomènes tels que le réchauffement climatique progressif et l’intensification des migrations. À l’âge de bronze, la structure sociale fut visiblement hiérarchisée et des objets luxueux apparurent, à titre d’exemple les dagues sophistiquées ou les broches de ceinture, décorées avec un motif zoomorphique. Les similarités stylistiques des objets ainsi que la présence de mégalithes et d’objets chamaniques rapproche la culture coréenne des peuples tribaux sibériens et de l’Asie Centrale.Il est à mentionner que parmi les anciens vases présentés à l’exposition, il y en avait quelques-uns à décor au peigne, presque identiques à la céramique japonaise Jōmon (縄文) à décor cordé ce qui suggère une corrélation entre la Péninsule et l’Archipel.

L’époque des Trois royaumes

La salle dédiée à l’époque des Trois royaumes (57 avant J.C. – 668 après J.C.), Goguryeo, Baekje et Silla, brillait avec éclat. Ce n’est pas étonnant car les premières merveilles de l’orfèvrerie coréenne viennent de cette époque-là : les bijoux, les ceintures et surtout les couronnes, décorées avec le motif d’arbre ou de bois du cerf ce qui peut être un élément d’origine chamanique.

Dans cette partie de l’exposition, ont été exposés également des objets de la période de Silla unifié (668–935). Ce fut également un moment où l’architecture traditionnelle se développa : les tuiles en céramique avec l’image d’un petit monstre, possiblement un dokkaebi (도깨비), un type de gobelin dans les croyances folkloriques coréennes, décorèrent les maisons.

La culture et l’art bouddhiste

Cette partie de l’exposition a introduit une réalité intime des pratiques religieuses bouddhistes dans l’espace privé. Des petites figurines, des sculptures ou des autels, miniatures ou de grande taille, aidaient à faire la prière et à méditer ainsi qu’à retrouver la paix de l’esprit. Il y avait aussi une enluminure du Sūtra du Lotus, dorée d’une façon minutieuse avec des ustensiles rituels.

Le bouddhisme influença visiblement la culture coréenne et jusqu’au XIVème siècle resta une religion officielle, soutenue par l’État. Sa période de déclin commença avec la dynastie Joseon (1392-1910) qui « détrôna » l’enseignement du Bouddha au profit du néoconfucianisme.

Joseon

Cette partie de l’exposition avait pour but de présenter la dynastie Joseon (1392-1910) ainsi que d’accentuer le rôle du néoconfucianisme dans cette époque-là. Les visiteurs pouvaient voir entre autres quatre trésors du lettré (pinceau, encre, papier et pierre à encre) et les portraits des érudits confucéens.Joseon est l’un des éléments les plus reconnaissables de la Corée traditionnelle. Pour preuve, une quantité énorme des dramas contemporains dont l’action est mise en scène à l’époque de Joseon ou au moins est inspirée par cette période historique, par exemple : Love in the Moonlight (구르미 그린 달빛Gureumi Geurin Dalbit, 2016), The Tale of Nokdu (조선로코-녹두전Joseolloko Nokdujeon, 2019) ou Queen: Love and War (간택 – 여인들의 전쟁Gantaek – Yuindeuleui Jeonjaeng, 2019).

Le souverain

Dans cette section, on entre dans la réalité royale et demi-divine. L’image et la fonction du souverain dans les pays confucéens étaient particulières car le souverain était le père de toute la nation et le fils des cieux. En Europe, les rois et les empereurs régnaient « par la grâce du Dieu » chrétien ; en Corée, ils pouvaient être considérés comme les dieux et les cieux eux-mêmes, ou comme un être suprême investi d’un mandat céleste. Toute la cour fonctionnait comme un grand théâtre cérémonieux où le roi jouait le rôle principal en changeant de tenues, d’accessoires et d’autres décorations.

Le culte des ancêtres

Le culte des ancêtres a joué un rôle important dans toute la civilisation confucéenne jusqu’à nos jours. Les ancêtres symbolisent la sagesse éternelle, la tradition et comme ceux qui vivaient avant, ils méritent le respect en considération de leurs expériences et de leur connaissance. Morts ou vivants, il ne faut jamais les oublier.

Dans cette partie, ont été exposés deux types de la céramique coréenne, le céladon et buncheong (분청). À l’époque de Goryeo (918-1392), l’art de fabrication du céladon fut entièrement maîtrisé. Aujourd’hui, c’est exactement cette céramique que tout le monde admire et associe directement à la Corée. À son tour, le buncheong semble être moins sophistiqué et élégant en comparaison avec le céladon. Cependant, il séduit avec sa décoration simple et son style un peu « folklorisant ».

Une réflexion ?

J’ai invité une amie et un membre de ma famille pour voir ensemble cette exposition. Il est à noter que ces personnes connaissent très peu la Corée et d’autres pays confucéens. Après l’avoir visitée, elles ont dit que c’était uniquement à ce moment-là qu’elles avaient perçu les différences entre la culture coréenne, chinoise, et japonaise. Elles étaient absolument émerveillées.

Je pense que c’est ça le but principal de ce genre d’expositions : faire en sorte que les gens ouvrent les yeux, l’esprit et le cœur pour découvrir la beauté d’une autre culture, et en conséquence la richesse culturelle du monde entier. La culture vit seulement quand c’est nous qui la vivons ; quand nous l’animons même par nos gestes simples et nos pensées quotidiennes qui peuvent apporter une nouvelle valeur à la vie chaque jour.

 Maria Anna Dudek 17/05/2020

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Les illustrations :

  • ill. 1. L’affiche de l’exposition La splendeur et la finesse. L’esprit et la matière dans l’art coréen à Varsovie. En illustration, la sculpture du bodhisattva Avalokiteshvara, caractéristique pour l’époque de Goryeo et au début de la période Joseon (XIV/XVème siècle).
  • ill. 2. L’affiche de l’exposition L’art polonais : l’esprit durable à Séoul en 2015. En illustration, la peinture Batory pod Pskowem (Étienne Báthory à Psków, 1872) par Jan Matejko, l’un des peintres polonais les plus connus.

https://museumposter.co.kr/8, 16.05.2020

  • ill. 3. La couverture du catalogue d’exposition La splendeur et la finesse. L’esprit et la matière dans l’art coréen
  • ill. 4. La couverture du guide d’exposition La splendeur et la finesse. L’esprit et la matière dans l’art coréen
  • ill. 5. Vases à décor au peigne, Néolithique, argile, Corée
  • ill. 6. Vase à décor cordé, période Jōmon (13000-300 avant J.C.), Japon

https://en.wikipedia.org/wiki/Jōmon_pottery#/media/File:JomonPottery.JPG, 16.05.2020

  • ill. 7. Couronne, Silla unifié, VIIème, or
  • ill. 8. Tuile avec la représentation d’un monstre ou dokkaebi (도깨비), Silla unifié, VII/VIIIème
  • ill. 9. Bodhisattva pensif, Silla, VIIème, bronze et plaqué or
  • ill. 10. Enluminure du Sūtra du Lotus, volume 5, Joseon, 1400-1404, or et pigment argenté sur le papier indigo
  • ill. 11. Vase à pinceaux, Joseon, XIXème, porcelaine
  • ill. 12. Portrait de Yi Seong-won, rouleau vertical, Joseon, XVIIIème, soie, encre et couleurs
  • ill. 13. Tenue de cérémonie royale (roi), réplique, XXIème, soie et broderie
  • ill. 14. Paravent royal avec les symboles du soleil et de la lune, Joseon, papier, bois et couleurs
  • ill. 15. Tenue de mariage, Joseon, soie et broderie
  • ill. 16. Lettre de dame Kim (l’épouse de Yi I-myeong, 1658-1722), adressée au roi Yeongjo, écrite en hangeul, Joseon, papier et encre
  • ill. 17. Vaiselle rituelle, Joseon, céramique
  • ill. 18. Vase maebyong (매병) avec le motif de nuage et de grue, Goryeo, XIIème, céramique céladon
  • ill. 19. Flacons, Joseon, Xvème, céramique buncheong (분청)

Les illustrations pour lesquelles les sources n’ont pas été marquées viennent de scans ou de photos privées.

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