Le Café en Corée du Sud : Une Histoire de Passion et d’Innovation

Nous vous avons déjà présenté ici des café coréens, mais nous n’avons jamais pour l’instant parlé de l’histoire de l’arrivée du café en corée du sud. Car oui, le café frappé occupe une place centrale dans la diffusion.

Dans un pays réputé pour sa culture du thé millénaire, qui aurait pu prédire que le café deviendrait en quelques décennies une véritable institution nationale ? Pourtant, la Corée du Sud est aujourd’hui le pays qui compte le plus grand nombre de cafés par habitant au monde. De l’introduction du breuvage à la cour royale à la fin du 19e siècle jusqu’à l’explosion des franchises internationales et locales au 21ème siècle, plongeons dans la fascinante histoire de la diffusion du café en Corée.

Les débuts royaux : le café à la cour de Joseon

Une découverte aristocratique

L’histoire du café en Corée débute à la fin du 19siècle, sous la dynastie Joseon. Le premier Coréen à avoir goûté au café serait le roi Gojong (고종) en 1896. Antoinette Sontag, la belle-fille de l’ambassadeur russe, lui en aurait offert une tasse. Séduit par ce breuvage exotique, le roi fait construire un bâtiment de style occidental, le Jeonggwanheon, dans le palais de Deoksugung pour y déguster quotidiennement son café.

café en corée du sud

Le café devient rapidement une boisson prisée dans la haute société coréenne. L’attrait pour l’Occident, dans une société où l’homogénéité ethnico-culturelle dominait, et la ressemblance avec les décoctions des médecines extrême-orientales achèvent d’enthousiasmer l’élite pour cette nouvelle boisson.

La naissance des « dabang » : les premiers cafés coréens

Le premier café ouvre ses portes en 1902 à Séoul. Ces établissements sont rapidement baptisés « dabang » (다방), un mot composé de « da» (thé) et « bang » (pièce). Initialement destinés à la famille royale et à l’aristocratie, les dabang voient leur forme traditionnelle se fixer pendant la période de colonisation japonaise (1910-1945).

L’âge d’or des dabang : un refuge culturel

Un lieu de culture et d’échanges

De 1920 à 1960, les dabang deviennent des lieux emblématiques de la culture coréenne. Ils attirent une clientèle variée : artistes, intellectuels, écrivains et politiciens s’y retrouvent pour discuter d’art, de culture et de politique. De nombreuses œuvres littéraires coréennes y sont écrites, et des événements culturels comme des récitals de poésie ou des appréciations musicales y sont organisés.

La démocratisation du café

À partir des années 1960, la culture du dabang s’ouvre à un public plus large. Ces établissements deviennent des lieux de rencontre populaires pour toutes les générations. Les jeunes s’y retrouvent pour des rendez-vous, tandis que les personnes d’âge moyen y cherchent un moment de détente.

L’essor des « music dabang »

Dans les années 1970, un nouveau type de dabang fait son apparition : le « music dabang ». Ces établissements permettent aux clients de choisir les chansons diffusées, offrant ainsi une expérience musicale unique à une époque où l’accès à la musique était limité. Les DJ de ces établissements deviennent des figures populaires, comparables aux idoles d’aujourd’hui.

Music Dabang of Memories' brings retro back to Seoul. café en corée du sud

L’ère du café instantané : la révolution du « coffee mix »

L’influence américaine

La Guerre de Corée (1950-1953) marque un tournant dans l’histoire du café en Corée. Les soldats américains introduisent le café instantané, qui devient rapidement populaire en raison de sa facilité de préparation et de son coût abordable.

Le « dabang coffee » : une invention coréenne

En 1976, la société Dongsuh Foods lance un produit innovant : le « dabang coffee » ou « coffee mix ». Il s’agit de sachets individuels contenant un mélange de café instantané, de sucre et de crème en poudre. Ce produit devient un véritable phénomène en Corée, faisant du pays le plus grand consommateur de café instantané au monde pendant plusieurs années.

Le premier “coffee mix” de Dongsuh Foods, commercialisé en 1976 © The Korea Herald
Le premier “coffee mix” de Dongsuh Foods, commercialisé en 1976 © The Korea Herald

La révolution du café moderne : l’ère des franchises

L’arrivée des franchises internationales

En 1999, Starbucks ouvre sa première boutique en Corée du Sud, à l’Université des femmes Ewha. Cet événement marque le début d’une nouvelle ère pour la culture du café dans le pays. Les Coréens découvrent les cafés à base d’espresso et la culture du café à emporter.

premier Starbucks en Corée INSTAGRAM starbuckskorea
premier Starbucks en Corée INSTAGRAM starbuckskorea

L’essor des franchises locales

Rapidement, des entreprises coréennes s’engouffrent dans la brèche. Des chaînes comme Caffe Bene, Tom N Toms, ou Hollys Coffee se développent et concurrencent les marques étrangères. En 2006, la Corée du Sud comptait 1600 cafés. Aujourd’hui, ce chiffre a explosé pour atteindre plus de 66 000 établissements.

La renaissance des cafés indépendants

Face à la multiplication des franchises, une nouvelle génération de cafés indépendants émerge. Ces établissements mettent l’accent sur la qualité du café, le sourcing des grains et des méthodes de préparation innovantes. Ils attirent une clientèle de connaisseurs en quête d’expériences caféinées uniques.

La culture du café en Corée aujourd’hui : une passion nationale

Une consommation record

En 2019, une étude du Hyundai Research Institute révélait que la consommation annuelle moyenne de café en Corée s’élevait à 353 tasses par personne, soit plus du double de la moyenne mondiale. Les Coréens sont devenus de véritables amateurs de café, appréciant autant la qualité du breuvage que l’expérience sociale qu’il procure.

Étude menée par le Hyundai Research Institute sur l’augmentation de la consommation annuelle de café en Corée entre 2015 et 2018 © UoH
Étude menée par le Hyundai Research Institute sur l’augmentation de la consommation annuelle de café en Corée entre 2015 et 2018 © UoH

Les cafés coréens thématiques : une spécialité coréenne

La Corée se distingue par ses nombreux cafés thématiques, offrant des expériences uniques aux consommateurs. On trouve ainsi des dog cafés, des cat cafés, des book cafés, ou encore des cafés inspirés de l’univers de Harry Potter. Ces établissements attirent une clientèle jeune, friande de lieux « instagrammables ».

Greem Cafe, un café en 2D plongé dans un décor de BD
Greem Cafe, un café en 2D plongé dans un décor de BD

L’americano glacé : le café préféré des Coréens

Malgré la diversité des cafés proposés, l’americano glacé (ou « ice americano ») reste le grand favori des consommateurs coréens. Cette préférence a même donné naissance à l’expression « eol-juk-a » (얼죽아), qui signifie littéralement « un americano glacé, au risque de mourir de froid », témoignant de la passion des Coréens pour cette boisson, même en hiver.

L’industrie du café coréen : un secteur en pleine expansion

La régulation du marché

Face à l’explosion du nombre de cafés, le gouvernement coréen a tenté en 2021 de réguler le secteur en imposant une distance minimale de 500 mètres entre deux établissements. Bien que cette loi ait finalement été annulée, elle a poussé les grandes chaînes coréennes à accélérer leur expansion à l’international.

La conquête des marchés étrangers

Profitant du soft power coréen et de l’engouement international pour la K-pop et les dramas coréens, les franchises de café coréennes se sont lancées à la conquête des marchés asiatiques, nord-américains et européens. Des marques comme Caffe Bene ou Tom N Toms ont ainsi ouvert des établissements dans de nombreux pays, exportant un peu de la culture café coréenne à travers le monde.

Conclusion : Le café, nouveau symbole de la culture coréenne

En l’espace d’un siècle, le café est passé d’une boisson exotique réservée à l’élite à un véritable phénomène de société en Corée du Sud. Cette évolution reflète les transformations profondes qu’a connues le pays : occidentalisation, modernisation rapide, et plus récemment, soft power culturel. Aujourd’hui, les cafés coréens, qu’ils soient des franchises internationales ou des établissements indépendants, sont devenus des lieux emblématiques de la culture urbaine du pays, témoignant de la capacité d’adaptation et d’innovation de la société coréenne.

L’histoire du café en Corée est ainsi bien plus qu’une simple anecdote culinaire : elle est le reflet de l’évolution sociale, culturelle et économique d’un pays qui a su transformer une boisson importée en un véritable art de vivre, reconnu et apprécié dans le monde entier.

Sources


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