Seong-jin Cho

L’année 2015 a apporté une grande victoire artistique à la Corée du Sud. Seong-jin Cho*, jeune pianiste sud-coréen, a remporté le premier prix au 17e Concours international de piano Frédéric-Chopin en Pologne.

ill. 1. Seong-jin Cho (조성진). Photo : Holger Hagen

Biographie

Seong-jin Cho (조성진, romanisation révisée : Jo Seong-jin ; né 28 mai 1994 à Séoul) a commencé le piano à l’âge de six ans et il a donné son premier récital quand il avait onze ans. Il a fréquenté l’école Yewon (예원학교 Yewon hakgyo) et après, il a étudié à l’École des arts de Séoul (서울예술고등학교 Seouryesulgodeung hakgyo). En 2012, il a continué ses études au Conservatoire de Paris, où il a été élève de Michel Béroff.

Carrière

Seong-jin Cho est devenu un artiste de renommé internationale grâce au premier prix au 17e Concours international de piano Frédéric-Chopin en 2015. Néanmoins, il avait remporté les prix à d’autres concours prestigieux déjà avant :

  • 2008 – Concours international Frédéric-Chopin de jeunes pianistes, Moscou – Premier prix
  • 2009 – Concours international de piano de Hamamatsu – Premier prix
  • 2011 – Concours international Tchaïkovski, Moscou – Troisième prix (médaillé de bronze)
  • 2014 – Concours international de piano Arthur Rubinstein, Tel-Aviv – Troisième prix

Seong-jin Cho a effectué des tournées au Japon, en Allemagne, en France, en Russie, en Pologne, en Israël, en Chine et aux États-Unis. Il a participé à de nombreux festivals européens, notamment à Saint-Pétersbourg, Moscou, Duszniki-Zdrój et Cracovie, ainsi que des festivals à New York et Castleton. Il a travaillé avec la violoniste sud-coréenne Chung Kyung-wha (정경화, RR : Jeong Gyeonghwa ; née 1948).

Ici, à rappeler un grand succès musical d’un autre musicien sud-coréen – plus précisement une violiniste, Bomsori Kim (김봄소리, RR : Kim Bomsori ; née 1989), qui a remporté le deuxième prix au Concours international de violon de Wieniawski à Poznań en Pologne. Et encore un autre fameux pianiste ainsi que compositeur sud-coréen, Yiruma (이루마, RR : I Ruma ; né 1978), connu surtout pour sa pièce River Flows in You.

Discographie

  • 2015 – Winner of The 17th International Fryderyk Chopin Piano Competition Warsaw 2015, Deutsche Grammophon (DG)
  • 2016 – Chopin: Piano Concerto No. 1, Mazurkas, Fantasy, Ballade No. 2, The Fryderyk Chopin Institute
  • 2016 – Chopin: Piano Concerto No. 1, Ballades, Deutsche Grammophon (DG)
  • 2017 – Debussy: Images, Children’s Corner, Suite bergamasque, L’Isle joyeuse, Deutsche Grammophon (DG)
  • 2018 – Mozart: Piano Concerto No. 20 K466, Piano Sonatas K281 & K332, Deutsche Grammophon (DG)
  • 2020 – The Wanderer: Schubert, Berg, Liszt, Deutsche Grammophon (DG)

Le jeu pianistique

Le jeu de Seong-jin Cho est sublime, délicat mais il se distingue par une puissance de l’esprit. Il est émotionnel et rationnel en même temps. On peut dire que :

Son jeu profondément empreint de poésie, à la fois sobre, tendre, et expressif, sa maîtrise technique époustouflante mais jamais démonstrative, son sens magistral et naturel de l’équilibre font déjà de lui un grand.

Flâneries musicales de Reims

« J’essaie de faire le son parler », constate tout simplement le pianiste. (Poland.pl) Cela s’applique surtout pour l’album Chopin: Piano Concerto No. 1, Mazurkas, Fantasy, Ballade No. 2 qui est très lyrique et expressif.

Le Coréen qui joue Debussy

Seong-jin Cho est un grand admirateur de Claude Debussy (1862-1918). Son quatrième album, sorti en 2017, c’étaient les cycles Images (1901-1907) et Children’s Corner (1908), la Suite bergamasque (1890-1905) et L’Isle joyeuse (1904). Un choix courageux parce que ces deux cycles-là sont un vrai défi technique pour les pianistes : malgré leur « esprit enfantin », ils exigent une vélocité incroyable.

Seong-jin Cho joue les Images avec une légèreté magnifique. Il comprend Debussy, surtout l’importance du silence, caractéristique pour ce compositeur français :

Voyez la place accordée au silence : les tempi du pianiste sont modérés, mais surtout, il aime à faire durer un point d’orgue, à souligner une respiration, à écouter une résonance, comme pour présenter à l’auditeur, sous son meilleur jour, un ami de longue date.

« Res Musica », Joseph Thirouin, 4.12.2017

L’interprétation de Golliwog’s Cakewalk, venant du cycle Images, est particulièrement intéressante. Elle est originale, pleine de fraîcheur et des moments surprenants, soulignés par une articulation variée et imprévisible :

Dans le langage plus simple des Children’s Corner, et Golliwogg’s Cake-walk en particulier, ou bien dans l’exubérance de L’Isle joyeuse, on ressent une pointe d’agacement, et l’omniprésence des nuances douces laisse parfois une impression d’inachèvement. Mais c’est bien peu de chose, à côté de tant d’inventivité et de génie pianistiques : sans nul doute, Debussy vient à nouveau de se trouver un grand interprète.

« Res Musica », Joseph Thirouin, 4.12.2017

Le fameux Clair de lune, la troisième partie de la Suite bergamasque, est une fête de couleurs musicale. Seong-jin Cho peint un nocturne avec des sons et on a l’impression que les dernières lignes du poème de Paul Verlaine s’incarnent au fond de cette composition :

Au calme clair de lune triste et beau,

Qui fait rêver les oiseaux dans les arbres

Et sangloter d’extase les jets d’eau,

Les grands jets d’eau sveltes parmi les marbres.

« Clair de lune » de « Fêtes galantes » (1869), Paul Verlaine

Le Coréen contre les Japonais ?

Seong-jin Cho a été le premier Sud-Coréen d’avoir gagné le premier prix au Concours international de piano Frédéric-Chopin. Avant, seulement deux Sud-Coréens avaient réussi à devenir finalistes, frères Lim Dong-hyek (임동혁, RR : Im Donghyeok ; né 1984) et Lim Dong-min (임동민, RR : Im Dong-min ; né 1980), qui ont obtenu le troisième prix ex aequo en 2005, et Son Yeol-eum (손열음, 1986) qui a remporté le prix spéciaux d’interprétation la même année. Cependant, malgré de nombreux participants japonais et plusieurs distinctions, aucun représentant du Pays du Soleil Levant n’a jamais remporté le premier prix jusqu’à présent.

Ce fait, a-t-il pu avoir un impact sur les relations nippo-coréennes ? Bien qu’on ne trouve pas d’informations sur des controverses potentielles, il paraît que le succès d’un Coréen dans le concours tellement adoré par les Japonais, a dû être « problématique » dans certains sens…

Un souvenir…

En 2015, j’ai eu une opportunité de suivre les éliminations du 17e Concours international de piano Frédéric-Chopin sur place, en compagnie des professeurs de piano et d’autres musiciens. Le succès de Seong-jin Cho a surpris les Polonais mais c’était prévisible car, d’après les opinions que j’ai entendues, « le style de Seong-jin Cho est comme les ornements sublimes de dentelles : sophistiqué, élégant, correct et classique dans le bon sens du terme – voici, comment il faut continuer à jouer Chopin aujourd’hui. »

ill. 10. Seong-jin Cho

Addenda

*Nous voudrions suivre les règles de la langue coréenne, d’après lesquelles le nom est avant le prénom. Ceci dit, Cho Seong-jin au lieu de Seong-jin Cho. Cependant, le nom du pianiste apparaît presque toujours dans l’ordre prénom-nom (sur les albums, aux concerts, dans les publications, dans les médias) ce qui nous oblige d’utiliser la version occidentalisée.

Webographie

  • (2015) Seong-Jin Cho, winner of the 17th International Chopin Piano Competition in Warsaw, tells Polska.pl about his love for Chopin’s music, eating cakes as a second hobby, and what he likes about Poland. Poland.pl, interview avec Seong-jin Cho par Magdalena Majewska
  • Thirouin Joseph (2017). Les premiers pas de Seong-Jin Cho dans Debussy. Res Musica : musique classique et danse, 4.12.2017
  • Le site officiel de l’artiste : Cho Seong-jin

Illustrations

  • Image liminaire
  • ill. 1. Seong-jin Cho (조성진). Photo : Holger Hagen
  • ill. 2. Seong-jin Cho (조성진) au 17e Concours international de piano Frédéric-Chopin, 2015, Varsovie (Pologne)
  • ill. 3. Seong-jin Cho (조성진) au 17e Concours international de piano Frédéric-Chopin, 2015, Varsovie (Pologne)
  • ill. 4.-9. Les albums de musique de Seong-jin Cho
  • ill. 10. Seong-jin Cho

Née en 1993, Polonaise. Diplômée d'une licence en cultures d'Extrême-Orient (Université Jagellon de Cracovie - Pologne, 2012-2015) et d'un master en Arts Libéraux (Université de Varsovie - Pologne, 2016-2018). Étudiante en master à la Faculté des Études Asiatiques à l'Université Jagellon de Cracovie depuis 2021. Fascinée par la civilisation confucéenne et par les interactions interculturelles. Collaboratrice avec Planète Corée depuis 2018.

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