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Il y a longtemps, nous vous avons parler du hanbok, son histoire son évolution. Mais la culture vestimentaire Coréenne ne ce limite pas à ce vêtement. Le roi Sejong (세종), imposa des règles vestimentaires strictes. Ainsi, les femmes aristocrates yangban (양반) devaient porter le changot (장옷).
Porter par les femmes de la dynastie Joseon comme coiffe ou voile pour couvrir leur visage, le changot/jang-ot (장옷).
Le changot (장옷; 長衣), un vêtement emblématique de la dynastie Joseon (조선), est bien plus qu’un simple accessoire vestimentaire. Il incarne les normes sociales strictes et les idéaux confucéens qui régissaient la vie des femmes coréennes de l’époque. Initialement un manteau masculin, le changot a évolué pour devenir un voile distinctif, principalement porté par les femmes pour dissimuler leur visage en public, reflétant ainsi les valeurs de pudeur et de discrétion imposées par la société. Cet article explore l’histoire, les caractéristiques et la signification culturelle de ce voile fascinant, qui a marqué l’identité vestimentaire de l’aristocratie féminine coréenne.
Définition et Origines du Changot
Le changot (장옷; 長衣; litt. longue robe), également connu sous les noms de janot, jang-eui (장의) ou jang-ui (장의), est un type de po (포), un manteau, porté par les femmes de la dynastie Joseon (조선) comme coiffe ou voile pour couvrir leur visage à partir du milieu du XVIIIe siècle. Bien qu’il ait été principalement associé aux roturières, son usage n’était pas exclusif à cette classe sociale. En effet, le changot était à l’origine une forme de po masculin appelé jang-ui, qui était couramment porté au XVe siècle. Cette transition d’un vêtement masculin à un accessoire féminin est un témoignage intéressant de l’évolution des modes et des coutumes sociales en Corée.
Le jang-ui (장의/長衣) masculin, dont le changot est dérivé, partageait des similitudes avec le jangui chinois (長衣) en termes de rôle et de nom. Cependant, il a été progressivement adapté et localisé en Corée, intégrant des éléments du jangyu (장유), un manteau porté pendant la période des Trois Royaèmes (삼국시대). Cette fusion a donné naissance à un vêtement unique, doté de caractéristiques propres à la culture coréenne. Au début de la période Joseon, le jang-ui a commencé à être adopté par les femmes comme pardessus, gagnant rapidement en popularité, même parmi les femmes de haut rang. Il est devenu l’un des pardessus féminins les plus représentatifs, porté par les femmes lorsqu’elles quittaient leur domicile jusqu’au XVIIe siècle.
Selon les principes stricts du confucianisme (유교) qui prévalaient durant la dynastie Joseon, les femmes étaient tenues de ne pas montrer leur visage aux hommes étrangers. Cette injonction sociale a conduit à l’adoption de diverses formes de couvre-chefs et de voiles pour dissimuler le visage en public. Le changot, en particulier, est devenu une coiffe essentielle à partir du milieu du XVIIIe siècle, permettant aux femmes de cacher leur visage et le haut de leur corps lorsqu’elles se déplaçaient en public, en accord avec les normes de pudeur et de bienséance de l’époque. Outre le changot, d’autres formes de coiffes étaient utilisées, telles que le sseugaechima (쓰개치마), initialement porté par les femmes de la classe supérieure et plus tard par toutes les classes jusqu’à la fin de Joseon, et le neoul (너울).


Caractéristiques et Conception du Changot
Le changot présente des caractéristiques distinctives qui le différencient d’autres vêtements coréens de l’époque. Il est souvent comparé au durumagi (두루마기), un manteau coréen traditionnel, ou à la veste extérieure d’un hanbok (한복), le vêtement traditionnel coréen. Cependant, le changot se distingue par la présence d’un col (git 깃) et d’un ruban pour l’attacher (goreum 고름), éléments essentiels à sa fonction de voile.
La conception du changot est celle d’un long manteau, doté de deux manches et de cols. Il possède à la fois des cols extérieurs et intérieurs ; le col extérieur est généralement coloré, tandis que le col intérieur est blanc. Ces deux cols sont larges et droits, connus sous le nom de mokpangit (목판깃), et présentent une forme globalement carrée. De ces cols partent, de chaque côté, deux ou plusieurs rubans, le plus souvent rouges ou violets, qui servaient à maintenir la coiffe en place.
Les manches du changot sont de largeur uniforme de l’épaule au poignet et sont ornées de poignets blancs, appelés geodeulji (거들지 巨等乙只), qui étaient portés retroussés. Une caractéristique notable du changot est le mu (무), un morceau de tissu trapézoïdal de couleur différente, placé sous l’aisselle. Le mu était conçu pour faciliter les mouvements, même lorsque le changot était utilisé comme coiffe, et cet élément a été conservé dans sa fabrication jusqu’à la fin de la période Joseon. Les panneaux avant et arrière du changot étaient longs et conçus pour s’élargir vers le bas, conférant au vêtement une taille considérable au XVIe siècle. Cependant, à partir du milieu du XVIIe siècle, la coiffe est devenue plus courte et plus étroite, adoptant ainsi un style plus élégant et pratique.
Couleurs et Matériaux
Les couleurs utilisées pour le changot étaient variées et souvent vives, incluant le rose, le violet, le vert, l’indigo, le vert jade et le noir. Le choix du tissu dépendait de la saison. Pour les périodes plus chaudes, on utilisait de la soie brute, de la soie transparente ou du tissu de ramie. Pour les saisons plus froides, le changot était confectionné en coton ou en soie, souvent avec une doublure rouge et une robe verte, offrant ainsi chaleur et confort.
Manière de Porter le Changot
Avant le XVIIIe siècle, le changot était porté directement sur le corps, à la manière d’un durumagi. Cependant, à partir de cette période, il a commencé à être porté indifféremment sur le corps ou sur la tête, s’imposant comme le vêtement féminin par excellence pour couvrir le visage lors des sorties en public. Le changot était la coiffe la plus répandue, et ses variations saisonnières, faites de différents matériaux, témoignent de son adaptabilité. Par exemple, une version simple en ramie était utilisée en été, tandis qu’un vêtement matelassé à double couche en coton était préféré pour l’hiver. Dans certaines régions ou familles, le changot pouvait également servir de vêtement de mariée ou de suui (수의 襚衣), un voile funéraire porté par la personne décédée.
Pour le porter comme voile, le changot était placé sur la tête de manière à ne révéler que le visage. Les rubans sous le menton ou les boutons des cols du manteau étaient utilisés pour le serrer. Lorsque les femmes travaillaient ou, dans le cas des personnes âgées, elles pliaient la coiffe et la portaient sur la tête ou les épaules, démontrant la polyvalence de ce vêtement.
Signification et Impact Social du Changot
L’importance du changot dans la société Joseon est intrinsèquement liée à l’influence croissante du confucianisme (유교) dans la péninsule coréenne. Au moment de la dynastie Joseon, le confucianisme était devenu l’idéologie dominante, façonnant profondément le système social et les comportements individuels. Un principe fondamental de cette idéologie était la stricte séparation des sexes : les hommes et les femmes ne devaient pas se rencontrer après l’âge de sept ans. En conséquence, les femmes étaient autorisées à montrer leur visage uniquement à leur famille proche, ce qui a conduit à l’adoption généralisée de divers couvre-visages en public.
Selon Han Hee-sook (2004), la rigide loi du naewoebŏp (內外法), qui interdisait le contact libre entre hommes et femmes, imposait de sévères restrictions aux activités des femmes en dehors du foyer. En vertu de cette loi, les femmes de toutes les classes, à l’exception des plus basses, étaient contraintes de dissimuler leur visage avec un vêtement extérieur lorsqu’elles quittaient leur domicile. Des vêtements différents étaient utilisés pour identifier le statut social d’une femme. Ainsi, les femmes de la classe yangban (양반), l’aristocratie, étaient tenues de porter le changot (장옷) comme voile, tandis que les roturières devaient porter un ssuge chima (쓰개치마).
Ces coiffes, dont le changot, servaient également à différencier les femmes selon leur rang social. Le neoul (너울) était réservé aux femmes de la cour, tandis que le sseugaechima (쓰개치마) était porté par la classe yangban (양반), l’aristocratie. Le changot, quant à lui, était principalement utilisé par les jungin (중인), la classe moyenne, et les roturières. Cependant, cette division n’était pas rigide, et vers la fin de la période Joseon, le changot était couramment porté par les classes supérieure et moyenne sans distinction, témoignant d’une certaine fluidité sociale et d’une adaptation des coutumes vestimentaires.
La popularisation du changot, au détriment d’autres coiffes, a également été influencée par l’évolution des modes de transport. Au début de la période Joseon, les femmes se déplaçaient souvent à cheval, portant le neoul sur la tête et le changot comme manteau. Cependant, avec l’introduction du gama (가마 有屋轎), une petite voiture ou palanquin, le port du changot est devenu plus pratique. Il était en effet difficile d’entrer dans un gama avec un neoul, tandis que le changot, plus souple, permettait une plus grande aisance de mouvement. Cette adaptation pratique a contribué à l’adoption généralisée du changot comme voile de prédilection pour les femmes coréennes en public.
Conclusion
Le changot est un symbole puissant de l’histoire et de la culture coréennes, reflétant les dynamiques sociales, les influences philosophiques et les évolutions pratiques de la dynastie Joseon. De son origine en tant que vêtement masculin à son rôle de voile féminin emblématique, le changot a traversé les époques, s’adaptant aux normes confucéennes de pudeur et aux exigences de la vie quotidienne. Il témoigne de la richesse et de la complexité de la mode coréenne traditionnelle, où chaque vêtement portait en lui une signification profonde et un reflet de la société de son temps. Le changot demeure ainsi un élément fascinant du patrimoine culturel coréen, offrant un aperçu précieux de la vie des femmes de l’aristocratie et des classes moyennes sous la dynastie Joseon.


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