Les relations intercoréennes : histoire de division, de tensions et de rapprochements

Située entre la Chine, le Japon et la Russie, la péninsule coréenne occupe depuis longtemps une position stratégique majeure. À la suite de la Seconde Guerre mondiale, la libération de la Corée de l’occupation japonaise n’a pas mené à une indépendance d’un état unifié. Le pays se retrouve divisé autour du 38e parallèle et sous influences étrangères.

Cette division initialement temporaire va mener à la séparation durable et la création de deux états distincts en 1948. Chacun revendiquant la légitimité sur l’ensemble de la péninsule coréenne. Dès lors, les relations intercoréennes oscillent entre tensions, coexistence et tentatives de rapprochement. Cet article revient sur l’évolution de ces relations depuis la division de la Corée.

La Corée, théâtre de confrontations durables 

À la fin de la Seconde guerre mondiale, la République de Corée (Corée du Sud), dirigée par Syngman Rhee est proclamée, le 15 août 1948. En réaction, au Nord, la République populaire démocratique de Corée (RPDC, Corée du Nord) est également proclamée, à sa tête Kim-Il-Sung, le 9 septembre 1948.

Chacun des deux états cherchant à s’affirmer, va renforcer son hostilité face à l’autre.  En 1946, au Sud, le Parti du Travail est déclaré illégal. En décembre 1948, la Loi de sécurité nationale est adoptée. Elle permet notamment de poursuivre toute personne soupçonnée de sympathies pro-communistes ou “favorable à l’ennemi”. Le renforcement et l’établissement d’idéologie, de régimes antagonistes, renforcent les tensions. Les deux gouvernements, qui revendiquent la légitimité sur l’entièreté de la péninsule, vont s’inscrire dans une logique d’affrontements, influencés par les grandes puissances, menant à la Guerre de Corée. 

Guerre de Corée, division permanente

Le 25 juin 1950, les tensions dégénèrent et l’armée nord-coréenne, soutenue par l’Union soviétique, franchit le 38e parallèle. L’attaque est pensée comme rapide et vise l’unification par la force, mais finit par s’éterniser et surtout s’internationaliser, comme vous pouvez le voir grâce à la carte ci-dessous : 

Guerre de Corée, description des phases de combats
Les 4 grandes phases de la guerre de Corée

L’intervention des Nations Unies, principalement menée par les États-Unis, transforme rapidement le conflit en guerre aux multiples acteurs internationales. La Chine intervient à son tour en soutien à la Corée du Nord afin d’éviter une présence américaine et anti-communiste à ses frontières. La Guerre de Corée devient une guerre par procuration dans le contexte de la Guerre Froide. Les conséquences humaines et matérielles sont considérables.  Les estimations varient selon les sources mais la guerre auraient causé entre 2 et 3 million de morts, dont une majorité de civils. De plus, les bombardements touchent durement les infrastructures des deux Corées.

Finalement, le 25 juillet 1953, la Corée du Nord, les États-Unis et la Nations Unis parviennent à un armistice, signé à Panmunjom.

des officiels américains et nord-coréens signent la fin des combats
Officiels nord-coréens et américain signent l’armistice à Panmunjom, le 27 juin 1953

L’armistice met fin aux combats mais pas à la guerre. Les belligérants ne signent aucun traité de paix. Cette situation contribue à maintenir un climat de méfiance et une militarisation permanente de la péninsule coréenne. 

Divergences politiques

Après 1953, les deux Corées vont également s’inscrire dans des logiques politiques divergentes. 

Le régime nord-coréen se base sur un régime politique stalinien, renforcé par le culte de la personnalité envers les dirigeants nord-coréens et justifié par l’idéologie centrale du régime : le juche (autosuffisance). A contrario, les gouvernements successifs mettent en avant un discours anti communistes. Malgré les périodes autoritaires, la République de Corée bénéficie du soutien économique et militaire des Américains. 

Chaque État se perçoit comme le seul légitime sur la péninsule, ce qui entrave une reconnaissance réciproque et façonne les relations intercoréennes autour de la confrontation. 

Cela se traduit par divers incidents : infiltrations de commandos nord-coréens, tentatives d’assassinat de Park Chung-hee à Séoul en 1968 et divers affrontements ayant eu lieu dans la zone démilitarisée.

Compétiton symbolique

D’un point de vue économique : la disparité économique entre les deux pays devient progressivement un facteur clé de leur rivalité. La Corée du Sud s’engage dans une industrialisation rapide à partir des années 1960, soutenue par l’Etat et favorisée par l’aide américaine et une stratégie d’exportation performante. Elle devient ainsi, une des principales économies d’Asie en quelques décennies. 

En revanche, la Corée du Nord, par son idéologie du juche, bénéficie dans un premier temps d’une certaine stabilité économique. Mais elle entraîne un isolement économique et une dépendance croissante à l’aide extérieure (notamment soviétique), qui va progressivement engendrer des difficultés structurelles. L’effondrement de l’URSS dans les années 1990 accentue cet aspect.

courbe économie des Corées de 1960 à 2015
Graphique des économie nord et sud-coréennes © Asialyst

Par ailleurs, la militarisation permanente de la DMZ et ses incidents contribuent à entretenir un climat de tensions constant, rendant difficile une normalisation des relations. 

Ouverture progressive et tentatives de rapprochements

L’effondrement de l’URSS en 1991, a eu des conséquences brutales en Corée du Nord. Elle perd son soutien économique et politique majeur. Cette période est aussi marquée par une grave famine et un isolement international croissant. Cependant, cela a ouvert une brèche pour la Corée du Sud afin d’établir des relations. Dès lors, diverses politiques vont être mises en place. 

La NordPolitik : premiers pas vers le dialogue

Déjà, à la fin des années 1980, la Corée du Sud commençait à souhaiter entretenir des relations avec la Corée du Nord, pour cela, elle adopte la Nordpolitik

Inspirée de l’Ostpolitik allemande, elle cherche à établir des relations avec les alliés de la Corée du Nord, à savoir l’URSS, la Chine et les pays socialistes. 

Cette stratégie a pour but de briser les relations diplomatiques restreintes de la Corée du Nord. En développant ses liens avec ces États, Séoul rééquilibre la balance diplomatique de la péninsule et amorce indirectement un rapprochement entre les deux Corées. 

Dans le même temps, cette politique permet à la Corée du Sud d’accroître sa présence internationale et affaiblissant l’isolement diplomatique nord-coréen. 

En 1991, les Nations unies admettent les deux états coréens simultanément. Cette adhésion simultanée marque une étape significative, car elle implique une reconnaissance internationale. La même année, la Corée du Sud et la Corée du Nord signent l’Accord fondamental sur la réconciliation, la non-agression et la coopération . Il prévoit notamment d’accroître les échanges économiques et culturels tout en diminuant les tensions militaires. 

Toutefois, les progrès demeurent limités. Le développement du programme nucléaire nord-coréen dès le début des années 1990, rend difficile l’apaisement.

La Sunshine Policy et Kim Dae-jung

Avec l’élection du président sud-coréen Kim Dae-Jung, en 1998, la Sunshine Policy (la Politique du rayon du Soleil), visant à promouvoir et encourager le rapprochement par développement d’échanges économiques et culturels, est adoptée.  

Cette politique a permis des avancées importantes dans les relations intercoréennes. Avec l’organisation d’un sommet intercoréen en 2000, entre Kim Dae-jung et Kim Jong-il (deuxième dirigeant nord-coréen et fils de Kim Il-sung), de projets ambitieux vont voir le jour : 

  • le complexe industriel de Kaesong : un des principaux symboles de ce rapprochement. Le développement de cette zone économique spéciale en Corée du Nord est financé par des entreprises sud-coréennes. Les citoyens nord-coréens travaillent dans les usines, permettant ainsi un revenu stable. Tout cela favorise les échanges économiques entre les deux états. Cependant, ces échanges économiques cesseront en réponse à un essai nucléaire nord-coréen en 2016;
  • l’ouverture du tourisme au mont Kumgang : un autre projet d’envergure. Des milliers de Sud-coréens pouvaient visiter cette région…Elle fermera à la suite de la mort d’une citoyenne sud-coréenne en 2008;
  • ou encore les réunions des familles séparées : cette initiative a permis à de nombreuses familles séparées par la guerre et la division de se retrouver. Elle avait notamment mobilisée bon nombres de Coréens souhaitant retrouver leur famille. 

Kim Dae-jung recevra la même année, le Prix Nobel de la Paix pour cette initiative.

Cette politique a permis une vague de rapprochement, qui va se poursuivre avec le présidence de Roh Moo-hyun. Un second sommet intercoréen est ainsi organisé en 2007 à Pyongyang. Les dirigeants s’engagent donc à renforcer la coopération principalement économique et la paix dans la péninsule coréenne.  

Le sommet de Panmunjeom de 2018 : nouvel espoir de réconciliation

Kim Jung-un et Moon Jae-in marchant dans le sol sud-coréen. panmunjom, 2018
Kim Il-sung et Moon Jae-in marchant dans le sol sud-coréen

Suite à une nouvelle période de tensions engendrée principalement par le développement nucléaire nord-coréen, un rapprochement marquant a lieu. Le 27 avril 2018, président sud-coréen Moon Jae-in et le dirigeant nord-coréen Kim Jong-un se rencontre à Panmunjom, dans la zone démilitarisée séparant les deux pays. Là-bas, ils signent la Déclaration de Panmunjom, qui réaffirme une volonté de paix dans la péninsule.

Il y a un fort symbolisme, Kim Jong-un devient le premier dirigeant nord-coréen a franchir la ligne de démarcation militaire. Ce rapprochement se poursuit au long de l’année avec deux autres rencontres officiels, cependant l’espoir finit par s’essouffler face à l’expansion des armes nucléaires nord-coréennes.

Les efforts reste fragiles. Les divergences politiques et la question du nucléaire nord-coréen freinent le maintien et l’amélioration des relations. 

Limites profondes d’un rapprochement intercoréen

Absence de continuité politique au Sud

L’un des principaux obstacles au développement de relations stables entre les deux Corées, réside dans le changement régulier de présidence en Corée du Sud. Les présidents progressistes comme Kim Dae-jung, Roh Moo-hyun ou encore Moon Jae-in, ont généralement privilégié le dialogue et la coopération avec la Corée du Nord. Cependant, les présidents conservateurs, comme Lee Myung-bak, Park Geun-hye ou l’ancien président Yoon Seok-yeol, ont adopté des politiques austères, conditionnant ainsi des relations intercoréennes instables.

C’est l’ambivalence politique empêche donc la mise en place d’une stratégie de long terme et les projets lancés lors des périodes de rapprochement sont souvent ralentis voire abandonnés lors des changements de gouvernement. Ainsi les relations intercoréennes connaissent des cycles successifs d’ouverture, puis de tension, ce qui limite la confiance entre les deux États.

La question nucléaire nord-coréenne

La poursuite du programme nucléaire nord-coréen constitue également un obstacle majeur au rapprochement depuis son premier essai nucléaire en 2006. La République Démocratique de Corée considère l’arme nucléaire comme un moyen de se protéger contre les États-Unis, et ses alliés. Cependant, cela génère de fortes inquiétudes en Corée du Sud. Ce qui aurait des conséquences néfastes dans l’apport de la paix sur la péninsule coréenne.

À cela s’ajoute un nouveau tournant qu’ont pris les relations intercoréennes, en 2023, le dirigeant de la Corée du Nord, Kim Jong-un a affirmé que la Corée du Nord et la Corée du Sud devaient désormais être considérées comme “deux États hostiles”. Cette déclaration et nouvelle politique Du Gaeui Jeokdaeguk (두 개의 적대국) marque une véritable rupture, étant donné que la réunification était l’objectif commun à long terme et le discours traditionnel nord et sud-coréen qui présentait d’abord. En mai 2026, une révision constitutionnelle de la Corée du Nord officialise cette politique et ces décisions : toute référence à la réunification coréenne a été supprimé et une reconnaissance de la République de Corée comme un pays frontalier.

En abandonnant cet objectif, Pyongyang reconnaît indirectement l’existence d’une péninsule coréenne divisée et réduit ainsi les perspectives d’un rapprochement politique à court terme.

Nous remarquons cependant, que malgré des tensions persistantes, il subscite des échanges. Le sport notamment demeure un domaine où des contacts restent possibles. En mai 2026, le club nord-coréen Naegohyang Women’s FC est venu en Corée du Sud, afin de jouer la demi-finale de la Coupe des Champions Asiatique féminine de la Fifa. Ce fut le premier déplacement d’athlètes nord-coréens en 8 ans et la première participation d’une équipe féminine nord-coréenne en Corée du Sud.  

Conclusion

Après près de 80 ans de division de la péninsule coréenne, ses relations restent marquées par une tension permanente entre confrontation et rapprochement. Même si plusieurs initiatives ont permis d’ouvrir le dialogue, l’alternance politique sud-coréenne, la question du nucléaire nord-coréen ou encore la situation géopolitique régionale freinent la normalisation des relations.

L’abandon de Pyongyang de la perspective de réunification et la prise de positiion hostile face à Séoul, éloigne davantage la possibilité d’une réconciliation, au moins politique.

Il reste important de noter que par le biais de certains échanges et coopérations économiques, sportives ou encore culturels, des liens persistent et un espoir reste possible. Cependant, la question n’est plus seulement si une réunification est viable mais aussi comment les deux Corées peuvent coexister durablement.

Bibliographie

Illustrations

  • ill.1 Carte de la guerre de Corée © lhistoire.fr
  • ill.2 Signature de l’armistice © RFI
  • ill.3 Graphique © Asialyst
  • ill.4 © UN News


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