Victor Collin de Plancy : comment un diplomate français a fait connaître la Corée

L’année 2026 marque les 140 ans des relations diplomatiques entre la France et la Corée du Sud. Ces relations remontent au 4 juin 1886, date de la signature du traité d’amitié, de commerce et de navigation entre la France et le royaume de Joseon. Pourtant, les contacts entre les deux pays sont bien antérieurs à cet accord. Au 19e siècle, missionnaires, diplomates français et voyageurs ont progressivement contribué à faire connaître la péninsule coréenne en France et plus largement en Europe. 

Victor Collin de Plancy fait partie de ces personnalités et occupe une place particulière. Premier représentant français installé en Corée, il participe à la mise en place des relations entre les deux pays, tout en jouant un rôle prépondérant dans la découverte du patrimoine coréen en France.

Avant le traité, des tensions flagrantes

Bien avant l’établissement de relations officielles, la France entretient déjà des contacts avec le royaume de Joseon, principalement par l’envoi des missionnaires catholiques. À partir du 19e siècle, des prêtres français, notamment issus des missions étrangères de Paris, se rendent dans la péninsule, afin de développer la communauté catholique coréenne. Mais, pour certains, leur présence est une menace pour l’ordre politique et social du royaume.

En 1866, les persécutions antichrétiennes entraînent l’exécution de plusieurs missionnaires français et de nombreux fidèles coréens. En réaction, la France organise une expédition militaire sous le commandement de l’amiral Pierre-Gustave Roze. Les forces françaises interviennent notamment sur l’île de Kanghwa. Ils finissent par se retirer sans résultat positif et durable. Pourtant, 20 ans plus tard, les deux pays parviennent à établir des relations formelles.

1886 : un traité officiel entre la France et la Corée

Dans la seconde moitié du 19e siècle, le royaume du Joseon fait face à une pression croissante des puissances étrangères. Après avoir longtemps limité ses contacts avec l’extérieur, le royaume coréen conclut progressivement des accords avec plusieurs États étrangers. Dans un contexte de rivalité entre les puissances étrangères, la volonté des autorités coréennes était de diversifier leurs relations diplomatiques.

Dans ce contexte, est signé le 4 juin 1886, à Séoul, le traité d’amitié, de commerce et de navigation entre la France et la Corée. Cet accord établit un cadre officiel pour les relations entre les deux États. Il prévoit notamment l’échange de représentants diplomatiques et consulaires, encadre les activités commerciales et définit les droits des ressortissants français et coréens dans les deux pays.

La signature du traité n’est cependant pas suffisante pour installer durablement une représentation française à Séoul et une ratification est nécessaire. En 1887, Victor Collin de Plancy se charge de procéder à l’échange des ratifications. Par la suite, il est nommé consul et commissaire du gouvernement français à Séoul. L’établissement d’une représentation française dans la capitale coréenne, marque ainsi le passage d’accord diplomatique à une présence institutionnelle sur place.

Victor Collin de Plancy, premier représentant français à Séoul 

Victor Collin de Plancy © Réseau des études sur la Corée

Né en 1853, Victor Collin de Plancy étudie le droit et le chinois à l’école des langues orientales (actuellement INALCO). Il commence sa carrière en Asie en 1877, comme élève-interprète à Beijing, avant d’occuper plusieurs fonctions consulaires, notamment à Shanghai. Son expérience de la région et sa connaissance du chinois constituent des atouts importants pour sa mission en Corée.

À Séoul, son rôle n’est pas seulement de représenter les intérêts français, mais aussi d’entretenir des relations avec les autorités coréennes, de transmettre des informations au ministère des affaires étrangères à Paris et de suivre les évolutions politiques de la péninsule. Dans ses rapports diplomatiques, on peut notamment voir la diversité des sujets auxquels il est confronté : les relations de Joseon avec les puissances étrangères, la situation des missionnaires catholiques, ou encore les questions commerciales et affaires intérieures.

Sa présence à Séoul n’est toutefois pas continue en 1890, il quitte la Corée pour exercer des fonctions au Japon avant d’y revenir en 1895, comme consul général et chargé d’affaires. Promu ministre plénipotentiaire en 1900, il exerce à partir de 1902, les fonctions de ministre résident. Il poursuit ainsi sa mission dans une période particulièrement instable marquée par la guerre sino-japonaise de , et la montée des ambitions japonaises dans la péninsule coréenne.

Après la mise en place d’un protectorat japonais en Corée en 1905, Collin de Plancy quitte finalement Séoul en 1906, après avoir contribué pendant plusieurs années à la présence diplomatique française dans le pays.

Contribution à la reconnaissance de la Corée en France 

Passionné par les arts et le patrimoine coréen, Victor Collin de Plancy rassemble une importante collection de livres, de céramiques, de peintures et de mobiliers. Il participe ainsi à la diffusion de connaissances sur une culture coréenne encore peu connue du public français. Il encourage notamment le voyage de Charles Varat qui parcourt la péninsule en 1888 et rassemble une importante collection ethnographique.

Parmi les ouvrages liés à ces collections, figure également le Jikji, un livre bouddhique, imprimé en Corée en 1377, à l’aide de caractères métalliques mobiles. Ce livre est considéré comme le plus ancien ouvrage connu imprimé avec cette technique et constitue un témoignage majeur de l’histoire de l’impression coréenne.

Par ailleurs, l’exemplaire aujourd’hui conservé à la Bibliothèque nationale de France porte une annotation manuscrite de Collin de Plancy.

annotation Collin de Plancy -Jikji
Annotation manuscrite de V. Collin de Plancy sur le Jikji © BnF

Victor Collin de Plancy contribue également au développement des études coréennes en France. Il soutient les recherches de Maurice Courant, sinologue et interprète en poste en Corée et est à l’origine du projet de la Bibliographie coréenne. Publié entre 1894 et 1901, cet ouvrage vise à recenser les livres publiés de Corée et constitue encore aujourd’hui une référence pour les chercheurs. En encourageant Maurice Courant et en acquérant des ouvrages coréens pour nourrir ses recherches, Collin de Plancy participe à une meilleure connaissance de la langue et de la littérature coréenne en France.

Bibliographie coréenne - Maurice Courant
Bibliographie coréenne – Maurice Courant © French.korea.net

Son engagement se prolonge lors de l’exposition universelle de Paris en 1900, à laquelle il contribue à faire participer la Corée. Il prête notamment une partie de sa collection, dont des livres anciens pour enrichir le pavillon coréen. Cette présentation permet au public français de découvrir les arts et l’artisanat de la péninsule.

140 ans de relations franco-coréennes 

Le Président E. Macron en visite d’État en Corée du Sud en avril 2026 © l’Élysée

Victor Collin de Plancy est ainsi l’une des figures marquantes des débuts de la présence diplomatique française en Corée. Son parcours permet de suivre les premiers pas des relations franco-coréennes. Après avoir été marquées par des tensions religieuses et une confrontation militaire, elles se sont progressivement structurées autour d’accords politiques, commerciaux et culturels.

140 ans après la signature du traité de 1886, les relations entre la France et la Corée du Sud se sont considérablement développées. Avec la visite du président français Emmanuel Macron en Corée du Sud en avril 2026, ou encore la visite d’état du président sud-coréen Lee Jae-myung à Paris en septembre 2026, ceci démontre bien la diversité de leurs relations à travers une coopération politique, des échanges universitaires, des partenariats économiques et le rayonnement culturel.

À la fin du 18e siècle, Victor Collin de Plancy avait déjà contribué à poser certaines bases de ces échanges. Il a donc été, à la fois représentant de la France auprès du royaume de Joseon, et l’un des premiers acteurs de la diffusion du patrimoine coréen en France.

Bibliographie

  • Archives diplomatiques du ministère de l’Europe et des Affaires étrangères, « Papiers Victor Collin de Plancy (1853-1922) », fond d’archives
  • Bibliothèque nationale de France (BnF), « Le Jikji, couverture de l’édition typographique de 1377 », les Essentiels de la BnF, [en ligne], Le Jikji : couverture de l’édition typographique de 1377 | BnF Essentiels
  • Stéphanie Brouillet. Victor Collin de Plancy et la connaissance de la Corée en Occident. Héritage culturel et muséologie. Université Paris I, 2019. Français.

Illustration

  • ill.1 Portrait de Victor Collin de Plancy © Réseau des études sur la Corée
  • ill.2 Annotation manuscrite de V. Collin de Plancy sur le Jikji © BnF
  • ill.3 Bibliographie coréenne – Maurice Courant © French.korea.net
  • ill.4 Le Président E. Macron en visite d’État en Corée du Sud en avril 2026 © l’Élysée


Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

l’impact environnemental de la K-pop : L’infiltration invisible Nord Coréennes sanctuaire de Jongmyo, l’histoire d’une tradition Le développement à marche forcé de la Corée du Sud Virtuel K-pop