Minhwa, peinture folklorique coréenne

La minhwa (민화), peinture folklorique coréenne, fait partie de la peinture coréenne traditionnelle. À l’époque, elle décora les maisons des Coréens pour garantir la prospérité du ménage ainsi que pour les accompagner lors d’occasions importantes telles que l’anniversaire, la cérémonie de mariage ou encore la naissance d’un enfant.

Caractéristiques

Le terme minhwa (민화 ; hanja : 民畵) signifie littéralement la « peinture du peuple » d’après sa version en hanja. Autrement dit, la peinture folklorique. Il exista aussi d’autres noms comme sokhwa (속화 ; 俗畵), minjunghwa (민중화 ; 民衆畵) ou baeksonghwa (백송화 ; ?), mais ils soulignent tous l’aspect folklorique ou populaire de cet art.

La minhwa est une fusion des éléments chinois et des traditions locales qui varia selon la région et l’époque. Il est dit que les fresques de l’ensemble des tombes de Goguryeo (37 av. notre ère – 668) peuvent être considérées comme les premiers exemples de la minhwa, mais cette théorie est plutôt discutable. L’âge d’or de la peinture folklorique coréenne est la période de Joseon (1392-1910), surtout à partir du XVIIème siècle.

Les fonctions des minhwa étaient d’apporter de la bienveillance, la prospérité et d’autres signes de la « reconnaissance céleste » (la chance fut perçue comme une faveur de la part des cieux). Les œuvres furent offertes également en tant que cadeaux lors d’occasions importantes : la cérémonie de mariage, la naissance d’un enfant et son première anniversaire qui s’appela tol (돌) ou encore l’examen de recrutement des fonctionnaires dont le nom fut gwageo (과거 ; 科擧). En plus, c’étaient les objets de contemplation esthétique.

Il exista aussi des bujeok (부적 ; 符籍), amulettes peintes liées aux traditions taoïste et chamanique, qui pouvaient apporter de la bienveillance ou… du malheur. Cette deuxième fonction servit à lancer un sort sur un ennemi.

ill. 1. Un bujeok (부적 ; 符籍) traditionnel

Artistes

La minhwa n’est pas une peinture folklorique dans le sens qui s’oppose à la peinture de lettrés confucéens ou la peinture de cour, considérées comme les types classiques. Ses auteurs vinrent souvent de la noblesse, yangban (양반 ; 兩班), ou des riches familles appartenant à la classe moyenne, jungin (중인 ; 中人), qui eurent l’opportunité et les moyens pour obtenir une bonne éducation au sein de l’ethos confucéen, la philosohie et la littérature. Ils créèrent des œuvres qui se caractérisèrent par la finesse, l’élégance, une structure complexe et une symbolique profonde. Ils utilisèrent des outils et des matériaux de haute qualité (les pinceaux en poils naturels, la soie, le papier mûrier). Quant aux artistes d’origine populaire, vu leur accès à l’éducation limité et le manque des moyens financiers, ils choisirent des formes plus simples et des matériaux moins chers (les pinceaux en poils de pire qualité, les brindilles de saule, les feuilles de bambou, le papier de chanvre, les tissus en coton, le bois, le cuir de chevreuil).

Les artistes furent souvent anonymes. Cependant, quelques-uns devinrent très connus grâce à leurs talents et le style exceptionnel :

  • Kim Hong-do (김홍도 ; 金弘道, 1745-1818) vel Danwon (단원 ; 檀園) – peintre connu pour des scènes de la vie agraire et des images des marchands en train de travailler.
  • Sin Yun-bok (신윤복 ; 申潤福, 1758-1813) vel Hyewon (혜원 ; 蕙園) – peintre connu pour des portraits et des scènes de genre.
  • Jeong Seon (정선 ; 鄭敾, 1676-1759) vel Kyeomje (겸재 ; 謙齋) – peintre connu pour des paysages de montagnes et de rivière.
  • Nam Gye-u (남계우 ; 南啓宇, 1811-1888) – peintre et officiel, connu pour les genres de hwajeopdo (화접도 ; 花蝶圖), hojeopdo (호접도; 蝴蝶圖) et gunjeopdo (군접도; 群蝶圖) qui présentent tous les papillons dans différents contextes.

Genres

La minhwa comporte de nombreux genres variés, parfois mélangés. De plus, certains genres possèdent ses sous-genres qui s’enchaînent l’un avec l’autre ce qui donne naissance à des nouveaux types de compositions. Cette transformation esthétique et structurale est un phénomène naturel dans la peinture folklorique coréenne.

Dix symboles de la longévité

Le sipjangsaengdo (십장생도 ; 十長生圖) est un genre qui présente dix symboles de la longévité dans la culture coréenne. Ce sont :

  • 1. la grue : les grues vivent longtemps et elles sont fidèles en couple. En conséquence, la grue symbolise la longévité ainsi que l’harmonie conjugale.
  • 2. le cerf : cet animal est considéré comme noble et capable de trouver les champignons de l’immortalité. Il dénote aussi des éléments bouddhistes.
  • 3. la tortue : les tortues vivent longtemps et leur carapace symbolise la force et résistance aux difficultés. La tortue noire, hyeonmu (현무 ; 玄武), est aussi l’un des quatre gardiens de la Corée.
  • 4. le soleil : l’un des symboles les plus universels. De cultes solaires variés existèrent dans la plupart des civilisations et des cultures. Dans l’ancienne Corée, le soleil signifia la continuité de la vie parce qu’il se lève tous les jours. Il symbolisa aussi l’autorité royale et, en combinaison avec la lune, il désigna deux catégories complémentaires issues de la tradition chinoise, yīn (陰) et yáng (陽), connues en coréen sous les noms d’eum (음) et yang (양).
  • 5. le pin : l’arbre à feuilles persistantes, il reste vert toute l’année, même lors des hivers rigoreux. En conséquence, il symbolise aussi l’endurance, la résistance et la capacité de confronter l’adversité. Dans la civilisation confucéenne, le pin avec le bambou et le prunier sont appelés ensemble « les trois amis de l’hiver » car ils sont tous des plantes fortes et résistantes aux conditions difficiles.
  • 6. les montagnes : quelles que soient les circonstances, les montagnes gardent leur forme inchangée. Elles renvoient aussi à l’univers de la spiritualité taoïste et bouddhiste.
  • 7. les nuages : les nuages apportent la pluie qui est essentielle pour toute la nature ainsi qu’ils symbolisent l’énergie vitale venant de la tradition chinoise, (氣), qui porte le nom ki (기) en coréen.
  • 8. les champignons de l’immortalité : ce sont les champignons issus de la tradition chinoise, appelés parfois en coréen bullocho (불로초 ; 不老草). De fait, il s’agit des champignons du groupe de Ganoderma qui furent utilisés dans la médicine traditionnelle. D’après les croyances folkloriques, leur consommation garantit la bonne santé et sur le plan mythologique, la vie éternelle.
  • 9. les cailloux / les roches : les cailloux ou des petits morceaux de roches, ce sont des montagnes dans un micro-univers. Ils symbolisent la longévité, la stabilité et la résistance.
  • 10. l’eau : l’un des symboles de la longévité les plus universels. L’eau garantit la vie au sens propre et figuré.
ill. 2. Un sipjangsaengdo (십장생도 ; 十長生圖), dix panneaux, XVIIIème siècle, Corée

La pie et le tigre

Le janghodo (작호도 ; 鵲虎圖) est un genre qui présente une pie et un tigre. Le tigre joue un rôle très important dans la culture coréenne. Historiquement, il fut un animal propre à l’écosystème sur la péninsule. Il symbolisa aussi la force physique et il protégea contre le mauvais sort. Des représentations caricaturées sont une critique de la société où la pie symbolise le peuple qui réclame la justice et le tigre symbolise l’aristocratie qui prétend de ne pas entendre le peuple.

ill. 3. Un janghodo (작호도 ; 鵲虎圖) traditionnel

Le dragon et le tigre

Le yonghodo (용호도 ; 龍虎圖) est un genre qui présente un dragon et un tigre où le premier est un animal caractéristique et important dans toutes les cultures confucéennes. Ils symbolisent ensemble l’harmonie entre les cieux et la terre, entre les éléments féminin et masculin, entre la lune et le soleil.

ill. 4. Un yonghodo (용호도 ; 龍虎圖) traditionnel

Les poissons et les crabes

L’eohaedo (어해도 ; 魚蟹圖) est un genre qui présente des poissons et des crabes, parfois d’autres créatures aquatiques. Il se caractérise par une ambiance harmonieuse et les animaux qui traversent la surface de l’eau, symbolisent la liberté.

ill. 5. Un eohaedo (어해도 ; 魚蟹圖) traditionnel

Les fleurs et les oiseaux

Le hwajohwa (화조화 ; 花鳥畵) est un genre hérité directement de l’art chinois où il fonctionne sous le nom huāniǎohuà (chinois traditionnel : 花鳥畫). Il présente les fleurs telles que les fleurs de pêcher, les chrysanthèmes, les cameliés, et les oiseaux comme les canards, les faisans, les grues et les phénix. Les hwajohwa furent souvent installés dans les chambres matrimoniales pour amener la paix et la conformité conjugale.

ill. 6. Un hwajohwa (화조화 ; 花鳥畵) traditionnel

Les papillons

Le hwajeopdo (화접도 ; 花蝶圖), le hojeopdo (호접도; 蝴蝶圖) et le gunjeopdo (군접도; 群蝶圖) présentent tous les papillons dans différents contextes : avec les fleurs, avec d’autres insectes ou tous seuls. Les papillons désignent l’amour entre les époux et l’harmonie conjugale.

ill. 7. Un hwajeopdo (화접도 ; 花蝶圖) traditionnel

L’écriture aux fleurs

Le munjado (문자도 ; 文字圖) signifie littéralement « le dessin d’écriture » ou encore « la peinture d’écriture ». Ce genre traite les caractères chinois comme des unités de l’écriture logographique et en même temps, comme des images elles-mêmes. Cela signifie que le sens d’un caractère est aussi important que son aspect visuel. Il est parfois appelé kkotgeulssi (꽃글씨) ce qui peut être traduit comme « l’écriture aux fleurs ».

ill. 8. Un munjado (문자도 ; 文字圖) traditionnel qui présente l’une de huit vertus confucéennes, chung (충 ; 忠), qui dénote le dévouement, la loyauté, la fidélité et l’engagement

Munjado-munbangdo/chaekgeori

Un exemple des genres mélangés, est une fusion du munjado et du munbandgo (문방도; 文房圖, peinture de livres ; appéles parfois chaekgado [책가도; 冊架圖] ou chaekgeori [책거리 ; en hanja : 冊距離] même si ces termes ne sont pas synonymes).

ill. 9. Un munjado-munbangdo / chaekgeori, le paravent en huit panneaux avec huit vertus confucéennes, Corée, XIXème siècle

Au musée

Le Musée Gahoe (가회박물관 Gahoe Bakmulgwan) est un musée dédié entièrement à la peinture folklorique coréenne, situé à Séoul. Sa collection compte plus que 250 œuvres représentant des genres variés au sein de la minhwa.

ill. 10. Une photo de l’exposition permanente de la minhwa au Musée Gahoe de Séoul

Illustrations

  • Image liminaire : un exemple de hwajohwa (화조화 ; 花鳥畵)
  • ill. 1. Un bujeok (부적 ; 符籍) traditionnel
  • ill. 2. Un sipjangsaengdo (십장생도 ; 十長生圖), dix panneaux, XVIIIème siècle, Corée
  • ill. 3. Un janghodo (작호도 ; 鵲虎圖) traditionnel
  • ill. 4. Un yonghodo (용호도 ; 龍虎圖) traditionnel
  • ill. 5. Un eohaedo (어해도 ; 魚蟹圖) traditionnel
  • ill. 6. Un hwajohwa (화조화 ; 花鳥畵) traditionnel
  • ill. 7. Un hwajeopdo (화접도 ; 花蝶圖) traditionnel
  • ill. 8. Un munjado (문자도 ; 文字圖) traditionnel qui présente l’une de huit vertus confucéennes, chung (충 ; 忠), qui dénote le dévouement, la loyauté, la fidélité et l’engagement
  • ill. 9. Un munjado-munbangdo / chaekgeori, le paravent en huit panneaux avec huit vertus confucéennes, Corée, XIXème siècle
  • ill. 10. Une photo de l’exposition permanente de la minhwa au Musée Gahoe de Séoul

Née en 1993, Polonaise. Diplômée d'une licence en cultures d'Extrême-Orient (Université Jagellon de Cracovie - Pologne, 2012-2015) et d'un master en Arts Libéraux (Université de Varsovie - Pologne, 2016-2018). Fascinée par la civilisation confucéenne et par les interactions interculturelles. Collaboratrice avec Planète Corée depuis 2018.

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