L’écriture comme un dessin

Le munjado est un genre particulier dans la peinture coréenne traditionnelle. Le terme coréen munjado (문자 munja – l’écriture ; 도 do – le dessin) signifie littéralement « le dessin d’écriture ». Ce type de peinture traite les caractères chinois comme des unités de l’écriture logographique et dans le même temps, comme des images elles-mêmes. Ça veut dire que la signification d’un caractère est aussi importante que son aspect visuel.
L’art de la calligraphie a été bien développé dans la civilisation confucéenne. Il est complétement différent de la calligraphie latine au niveau du système d’écriture, de l’esthétique et de la philosophie. En Corée, des rouleaux suspendus répresentants les œuvres calligraphiques, étaient et sont toujours exposés de la même façon que les peintures traditionnelles. Dans le munjado, on y retrouve des images rajoutées en plus, à titre d’exemple un dragon, une grue ou des fleurs. D’habitude, les animaux et les plantes qui y aparaissent, symbolisent les aspects variés de la bienveillance. On peut dire alors que le munjado fonctionne comme une fusion originale de la calligraphie et de la peinture. Les Coréens l’appellent aussi de temps en temps « l’écriture aux fleurs ».

Symboles, valeurs, idées

Les caractères chinois qui apparaissent dans le munjado représentent les vertus confucéennes (ill. 1):

  • hyo – la piété filiale qui désigne le respect et les soins attentionnés envers ses propres parents, ses enseignants es ses aînés.
  • je (Romanisation McCune-Reischauer: che) – l’harmonie fraternelle est essentielle pour vivre en paix entre les frères et les sœurs, et aussi pour être respectueux envers les autres.
  • chung (ch’ung) – le dévouement, ici signifie la loyauté, la fidélité et l’engagement.
  • sin (shin) – la fiabilité est la sincérité, l’honnêteté et désigne aussi la capacité de tenir ses promesses.
  • ye – le sens des convenances dénote la courtoisie, la politesse, la bienséance. En général, les bonnes manières.
  • ui (ŭi) – le sacrifice est le courage de faire ce qui est juste – c’est la pureté de cœur et d’intention.
  • yom – l’honneur, c’est l’intégrité et la probité. Il exige de s’approprier uniquement ce qu’on mérite pour l’avoir dûment gagné.
  • chi (ch’i) – le sens de la honte, ça veut dire agir selon sa conscience et être instruit des actions honteuses et les évite

ill. 1. Munjado-chaekkori (문자도책거리), le paravent en huit parties avec huit vertus confucéennes, Corée, XIXème siècle

L’esthétique

Les images du genre munjado correspondent avec l’esthétique du style « fleurs et oiseaux » dans la peinture chinoise. Le fond est toujours plat comme s’il n’existait pas dans la composition d’une œuvre. Cet espace vide est contrasté avec la richesse des couleurs et des formes au premier plan unique.
On peut distinguer trois façons par lesquelles les animaux et les plantes sont présentés : 1) ils couvrent ou même remplacent les traits des caractères (ill. 2), 2) ils rallongent les traits des caractères (ill. 3), 3) ils se trouvent juste au-dessus ou à côté d’un caractère (ill. 4). Ces types de présentation peuvent fonctionner ensemble, l’un n’exclut pas l’autre.

ill. 2. La vertu 孝 hyo, graphique contemporaine
ill. 3. La vertu 忠 chung, Corée, XIXème siècle
ill. 4. La vertu 信 sin, Corée, XIXème siècle

Les sources des illlustrations

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