La princesse Bari (바리 ; en hanja : 钵里) est un personnage aussi mystérieux que la princesse Heo Hwang-ok (허황옥). Mais elle fascine toujours et malgré ses secrets, elle est une vraie héroïne de la mythologie coréenne.

De toute évidence, son histoire met en valeur le hyo (효 ; en hanja : 孝), ceci dit la piété filiale, l’une des vertus confucéennes principales.

ill. 1. Une partie de la couverture du livre Princess Bari de Hwang Sok-yong, Édition Periscope 2015

Mythologie et légendes

Les termes « mythe » et « légende » ne sont pas identiques. Néanmoins, hors du contexte judéo-chrétien, la différence entre les deux disparaît. Donc, il est juste de parler du mythe ou de la légende concernant la princesse Bari.

L’histoire de la princesse Bari a été préservée dans les incantations et les chants chamaniques. Leur contenu fut transmis de génération en génération par la lignée maternelle et le status chamanique fut héréditaire jusqu’au XIXème siècle en Corée. Ensuite, vu la disparition de l’hérédité, la transmission des formules magiques fut négligée et en conséquence, une grande partie de cette tradition orale a été oubliée. (Ogarek-Czoj, 1981, p. 225)

Le mythe de la princesse Bari raconte une histoire d’un roi qui attendait un héritier masculin mais sa femme n’accoucha que des filles, l’une après l’autre. Quand la septième princesse fut née, le roi devint furieux et ordonna d’abandonner le bébé à son sort. C’était la princesse Bari dont le prénom signifie… « abandonné(e) ».

Une version classique du mythe

Il était une fois un roi et une reine. Ils vieillirent et ils eurent seulement un fils. Il eut quinze ans donc il fallait trouver une fianceé pour lui. Ils ont demandé d’aide aux devins. Les devins ont dit que si le prince choisirait le bon moment pour se marier, il aurait trois fils ; mais s’il choisirait le mauvais moment, il aurait sept filles. Les parents voulurent avoir les petits-enfants le plus rapidement possible donc il n’avaient pas attendu pour la bonne année et ils ont fait leur fils marier dans une année malchanceuse.

Quand les parents étaient morts et Seja* [prince héritier – M.A.D.] devint le roi, son épouse a accouché d’une fille. Elle a reçu un prénom Hongdo, la Fleur de Pêcher, et son surnom fut Tarijang assi**. Après, quand elles étaient nées des filles suivantes, la deuxième, la troisième, la quatrième, la cinquième et la sixième – il arrêta de choisir les noms et les surnoms pour elles.

Il attendit qu’au moins le septième enfant soit un garçon mais c’était une fille de nouveau. Le roi-père devint furieux et ordonna d’abandonner le bébé.

À ce moment-là, des corneilles et des pies arrivèrent et couvrirent le bébé de ses plumes. La fille a été mise dans un coffre et posée sur l’eau. Par la suite, une tortoise jaune l’avait amené en direction de la mer de l’Est.

Le Bouddha, qui se promenait en même temps, la remarqua, il a sorti la fille du coffre et l’avait installé chez un homme plus âgé, Piri Kongdok, et sa femme.

Ils s’occupèrent bien de la princesse Bari.*** Un jour, elle leur posa la question qui étaient ses parents. La dame répondit que son père fut le bambou et sa mère fut le paulownia. À partir de ce jour-là, la fille commença à présenter ses respects au bambou et au paulownia, et elle s’occupa d’eux.

Les parents royaux de Bari appelèrent les devins de nouveau pour connaître leur futur. Les devins annoncèrent que le roi et la reine mourraient bientôt, le même jour et à la même heure ; s’ils voulaient d’éviter la mort, il devaient trouver leur fille abandonnée.

Le roi et la reine eurent aussi un rêve dans lequel ils ont appris qu’ils seraient punis avec une mort précoce pour avoir abandonné leur propre enfant. Ils pouvaient être sauvés uniquement grâce à l’élixir d’immortalité, apporté par leur fille abandonné.

Le roi ordonna immédiatement de retrouver et ramener la princesse Bari à la cour royale. Les envoyés royaux retrouvèrent le couple des plus âgés, ils regardèrent une tenu d’enfance de la princesse et après avoir vérifié son sang et le comparé à celui de la reine, ils ont été sûrs qu’elle était une princesse légitime.

Quelques temps après le retour de la princesse, le roi et la reine tombèrent gravement malades. Il décida que la seule solution pour les sauver soit l’eau de vie, accessible uniquement chez Musang Songwan – Le Grand Dieu. Aucune parmi six filles royales ne voulait partir pour chercher ce médicament miraculeux. La seule princesse Bari soit partie pour en chercher.

Elle retrouva le Bouddha, lui demanda comment arriver sur place, trouva Le Grand Dieu et lui demanda de l’eau de vie. Mais Le Dieu l’avait fait sa femme et c’était uniquement après avoir accouché de sept fils quand elle a pu rentrer chez ses parents en compagnie du Dieu et de leurs enfants.

Même si les parents étaient morts, il crut que la princesse Bari apporterait de l’eau de vie donc ils n’avaient pas été enterrés. La princesse Bari aspergea les corps de ses parents et utilisa aussi d’autres médicaments miraculeux offerts par Le Grand Dieu, pour ranimer leurs corps, leurs os et leur insuffler la vie. Les parents étaient ressuscités et en bonne santé, et ils ont joyeusement salué la princesse avec son mari et ses sept fils. (Ogarek-Czoj, 1981, p. 213-215)

Le motif d’un enfant abandonné à cause d’une prophétie ou de son sexe et qui devient quelqu’un signifiant au futur, est archétypique dans l’histoire de la civilisation humaine. À noter aussi les exemples de Moïse et d’Œdipe.

Chamanisme

Dans le chamanisme coréen, il existe le mushindo (무신도), type de peinture qui représente les déités et les esprits importants pour ce système de croyances. On y trouve aussi les images de la princesse Bari en tant que patronne des chamanes. Ensuite, « faisant référence à la légende de princesse Bari, une puissante chamane qui possède le pouvoir de commander à un grand nombre d’esprits (dix mille), cette dénomination valorisante est favorisée pour désigner une chamane reconnue. » (Olivier, 2016)

On peut dire que « l’histoire de la Princesse Bari, c’est un peu celle de toutes les chamanes coréennes. C’est une vie singulière, entre ombre et lumière. » (Olivier, 2016)

Littérature

La princesse est devenue très connue parmi les lecteurs coréens ainsi que ceux étrangers, grâce au roman Princesse Bari (바리데기 Bari degi, 2007) de Hwang Sok-yong (황석영).

Bari vit en Corée du Nord dans les années 1990. Historiquement, c’était l’épisode de famine dans ce pays. Elle est la septième fille et elle n’a que des sœurs – comme la princesse dans le mythe…

Cependant, elle possède une capacité exceptionnelle. Elle sait communiquer avec les animaux, les personnes muettes et… les fantômes, c’est-à-dire les gwisin (귀신).

L’auteur fait plusieurs fois référence à la culture coréenne traditionnelle parmi lesquelles les plus intéressantes sont :

  • pungsan chien (풍산개) – l’un des races de chiens coréennes, ressemblant au Jindo chien
  • hanbok (한복) – à souvenir que les Nord-Coréens n’utilisent pas les mots qui contiennent la syllabe « 한 han ». C’est est liée à l’héritage culturel chinois et à la Corée du Sud.
  • dokkaebi (도깨비) – petits goblins ou démons dans les croyances folkloriques
  • pullocho (sous le nom chinois 灵芝 língzhī) – le champignon d’immortalité, l’un de dix symboles de la bienveillance coréens.

Une autre œuvre où la princesse Bari est un motif principal est un recueil de poésie Bari’s Love Song de Kang Eun-kyo (강은교). Princesse Bari fonctionne dans ces poèmes comme une chamane qui apporte l’espoir dans un univers triste et injuste, plein de cruauté.

En outre, le livre est une critique indirecte de la Corée du Sud où, malgré son succès économique et la modernité, la violence et l’injustice ont lieu également.

Pop-culture

Enfin, la princesse Bari apparaît également dans la culture populaire, par exemple dans le manhwa. Elle inspire les artistes de la bande dessinée qui reprend le mythe pour le mettre dans un nouveau contexte. À remarquer encore une animation franco-coréenne Princesse Bari de studio Mago 21.

ill. 9. L’une des images de Princesse Bari, animation franco-coréenne

Les notes de bas de page :

*Seja (세자 ; en hanja : 世子) – l’un des titres du prince héritier dans l’ancienne Corée. Dans le texte originel, il est écrit « Sedza », une version polonisée de la romanisation McCune-Reischauer.

**Dans le texte originel, il est écrit « Taridzang assi », une version polonisée de la romanisation McCune-Reischauer. Assi (아씨) est un titre honorifique, équivalent de « Mademoiselle » en français et de « Miss » en anglais, à l’époque utilisé seulement pour les femmes non mariées de la haute société.

***Dans le texte originel, il est écrit « Pari », une version de la romanisation McCune-Reischauer.

Bibliographie :

  • Ogarek-Czoj Halina (1981). Pradzieje i legendy Korei. Warszawa : Iskry.
  • Oliver Camille (2016). Le musok féminin. Étude du système de pensée chamanique de Corée du Sud. En : (2016) Anthropologie sociale et ethnologie. HAL Id: dumas-01361574

Les illustrations :

  • Image liminaire : Deux scènes du mythe de la princesse Bari
  • ill. 1. Une partie de la couverture du livre Princess Bari de Hwang Sok-yong, Édition Periscope 2015
  • ill. 2. Moïse sauvé des eaux, Paul Véronèse, 1581, huile sur toile
  • ill. 3. Œdipe enfant rappelé à la vie par le berger Phorbas, Antoine-Denis Chaudet, 1815-1818, marbre
  • ill. 4. « 바리공주 (Bari Gongju) » – Princesse Bari, peinture chamanique mushindo, probablement XVIIIème siècle. Bari tient la fleur d’immortalité.
  • ill. 5. Spirit of a Noble Woman (Probably Princess Pari) and Attendant – L’âme d’une femme noble (probablement la princesse Bari) et sa gardienne, XVIIIème siècle, rouleau suspendu, encre et couleurs sur la soie
  • ill. 6. « 바리데기 (Bari degi) » (2007), édition coréenne du roman de Hwang Sok-yong
  • ill. 7. Princess Bari, édition anglaise du roman de Hwang Sok-yong
  • ill. 8. Princesse Bari, édition française du roman de Hwang Sok-yong
  • ill. 9. L’une des images de Princesse Bari, animation franco-coréenne
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