« Des centaines de cerisiers étaient en fleurs le long du mur du jardin Changgyeong. C’était comme un palais cerné d’une écume de fleurs blanches. Haruki eut l’illusion être retourné au Japon. Il y avait peu de cerisiers lorsqu’il était arrivé dans le royaume du Joseon, mais, ces jours-ci, ils envahissaient toutes les rues. » (Kim, 2019, p. 94)

Un roman historique

Le Jardin Interdit (« 금지된 정원 » Geumjidoen jeongwon, 2015) est un roman historique de Kim Da-eun (김다은), auteure sud-coréenne, connue aussi pour les ouvrages suivants : La Lettre d’amour étrangère, Love Bug, Le Secret de Hunminjeongeum, Une lettre de révolte, La Douzième Chaise à Varsovie, Imagination dangeureuse et Le Blues des mangeurs de rat. Il a été traduit en français par Jean-Charles Jambon et Ko Kwang-dan, et publié en France à l’Atelier des Cahiers en 2019. Il raconte une « intrigue géomantique au Pays du Matin Calme » sous l’occupation japonaise, et plus précisement, après 1920 ce qui suggére la lettre qui ouvre l’histoire. (Kim, 2019) À noter que c’est la Corée où résonne un écho du soulèvement du 1er mars 1919 et où le mouvement d’indépendance grandit de manière dynamique.

La stratégie narrative du roman est fondée sur un pluralisme des perspectives, dépendantes de quelques personnages fictifs mais qui symbolisent des vrais groupes sociaux dans la Corée coloniale.* Ce sont le géomancien Kim, le gouveurneur général, Haruki, Serin, Kakeno vel Yi Jae-hyeon, Sakoru Jiba et le patron An.

Le livre a été divisé en quatre parties, et celles-ci, en plusieurs chapitres dont les titres sont les noms de ces personnages-là. Cela détermine la perception de l’univers littéraire ainsi que des problèmes, présentés avec le déroulement de l’action.

Géomancien Kim

Le géomancien Kim vient de la famille où le métier se transmet de père en fils. Les autorités japonaises l’appellent pour qu’il vérifie le terrain et trouve un lieu propice pour une construction dont le but n’est pas connu. Kim se méfie parce qu’un vrai géomancien ne peut pas donner son avis avant de connaître une intention. Interrogé par le chef de bureau du génie civil du cabinet du gouverneur général, il répond :

– Pour choisir un site remarquable il faut savoir pour quoi vous voulez utiliser la terre. Pour les vivants, il faut choisir un site ensoleillé, pour l’emplacement d’une sépulture, un lieu ombragé…

Dans l’enceinte du Gyeongbokgung, il ne faillait s’enquérir ni d’un emplacement ensoleillé ni d’un site ombragé : on ne pouvait y chercher l’emplacement d’une sépulture puisqu’il y avait interdiction d’ensevelir les morts dans la capitale. Même le dernier empereur Sunjong n’avait pas été enseveli dans le palais, alors qui pourrait l’être ? Évidemment, ce que Kim voulait savoir c’est à quoi la terre était destinée. Pourquoi pour trouver un emplacement dans le palais, avoir sollicité plusieurs fois un expert en géomancie du Joseon si insignifiant ? Il pressentit qu’un complot étranger se tramait. (Kim, 2019, p. 19-20)

Au fil du temps, il découvre qu’il s’agit d’une nouvelle résidence pour le gouverneur général. Cela lui pose des questions perturbantes : faut-il agir en tant que géomancien ou patriote ? Serait-il éthique d’aider l’envahisseur grâce à sa connaissance du pungsu (풍수 ; en hanja : ) et devenir un traître à la patrie ? Et pour rester fidèle au Joseon, pourrait-il déshonorer le métier de géomancien en donnant des mauvais conseils ? Une lettre secrète, laissée par son père, contient un indice qui mène vers le Jardin Interdit :

Mon fils,

Le plan secret, c’est le Jardin interdit, celui du Gyeongbokgung.**

Haruki

Haruki est l’un des officiels japonais, venu en Corée pour « servir l’Empereur ». Il est directeur de la section de la culture au gouvernement local, engagé dans une recherche particulière – il doit trouver des jarres à placenta.***

Néanmoins, Haruki n’est pas juste un autre Japonais qui manifeste la suprématie culturelle de son pays. Dans certain moment, il réfléchit et conclut que la politique impériale vers le Joseon n’est pas seulement abusive, mais elle est voire barbare :

Le Changgyeonggung avait été déclassé en zoo par les Japonais, et des animaux tels que l’éléphant, le lion et le singe déversaient leurs excréments dans la résidence du roi. Le jardin Changgyeong avait perdu l’autorité et la majesté qu’il avait eu sous l’ancienne dynastie… Ses portes et ses galeries avaient été démolies, vendues au public ou avaient disparu. Haruki se demandait si cette décision du gouvernement japonais était vraiment culturelle. La situation était similaire pour les autres palais du Joseon. Surtout, il était désolé de voir comment on avait endommagé le si beau palais Gyeongbok. Le meilleur moyen de garder quelque chose de vraiment beau, c’était de le laisser tel quel et de faire abstraction de l’idéologie ou de la nation. (Kim, 2019, p. 94 ; souligné par M.A.D.)

Haruki questionne « la mission civilisatrice » du Pays du Soleil-Levant. Quelle que soit la raison, il pense que les biens culturels ne doivent pas être politisés.

Il est aussi vulnérable et sensible dans certain sens. Quand il tombe amoureux d’une Coréenne anonyme, baptisée Mephel dans ses fantasmes, il devient presque fou, telle est son affection puissante. Cependant, il n’est ni possesif, ni agressif. Il ne ressemble pas au caporal Morimoto du roman Filles de la mer (2018) de Mary Lynn Bracht qui viola et emprisonna une jeune haenyeo (해녀), plongeuse en apnée, « au nom de l’amour ».

Quand Haruki rencontre Serin, Coréenne qui travaille pour les missionnaires chrétiennes, il la confond avec Mephel. Cela augumente sa souffrance et sa folie encore plus :

Le murmure semblait venir de lui-même. C’était comme une hallucination auditive. Quand il entendit cette voix venue du tréfonds du jardin, il pensa que Serin n’avait pas disparu comme Mephel, et qu’il était encore possible de la revoir. Il entendit de nouveau le murmure :

– Rentre.

Sous la pluie, il se mit à marcher sur la large promenade du jardin. Il était seul dans un monde vide. Seules les belles fleurs trempées par la pluie tremblaient et elles paraissaient ovationner ce visiteur solitaire. Il répéta à plusieurs reprises, sans qu’on sache si le murmure venait de son for intérieur ou de ses pensées :

– Tu peux la revoir, tu peux la revoir.

Les pétales étaient tombés là où l’eau s’était accumulée et ressemblaient à des écailles de poissons. (Kim, 2019, p. 99 ; souligné par M.A.D.)

À noter que les descriptions de la nature, comme celles ci-dessus, montrent une sensibilité magnifique de l’auteure, enracinée probablement dans la philosophie et l’esthétique coréennes, orientées vers une contemplation complexe des phénomenes végétaux. Elles surprennent le lecteur et créent une situation presque lyrique, comparable avec le style propre aux poèmes classiques.

ill. 3. Une photo d’une allée devant le palais Changgyeong (창경궁 ; 昌慶宮), les années 1930, Séoul. On peut imaginer qu’Haruki attendait Serin sous l’un de ces cerisiers-là.

Serin

Dans cette histoire, Serin est le seul personnage féminin actif. Coréenne, soit-disant « une femme du Joseon » qui travaille chez les misionnaires chrétiennes et qui apprend un peu d’anglais. Intéressée par le théâtre, elle semble être ni pro-japonais, ni antijaponais jusqu’au moment où elle se trouve au commissariat de police. Après une longue interrogation, elle entend avant de repartir :

– Lorsque tu sortiras d’ici, tu devras servir l’empire du Japon. Quand nous t’appellerons, tu devras nous servir d’interprète. (Kim, 2019. p. 106)

Néanmoins, Serin est une personne suffisament indépendante pour jouer le rôle attribué par les policiers et ne pas être accusée de trahison. Son innocence, mais aussi une attitude parfois audacieuse, permettent de se sauver.

Le destin du Joseon

Dans le roman, comme dans de nombreux séries historiques sud-coréennes, c’est le nom Joseon qui désigne la Corée en tant que pays. Ce nom de la dernière dynastie marque l’identité nationale et culturelle des Coréens.

« Le pays ne s’est-il pas effondré à cause de son attachement à la superstition ? » demande Haruki. (Kim, 2019, p. 28) Cette pensée, ironique, et ironiquement, exprimée par un Japonais, est partiellement justifiée. Le règne abusif des yangban (양반), aristocratie coréenne, et le manque de réformes structurelles, affaiblirent l’État, l’économie et le peuple. Bien que les classes sociales aient été officiellement abolies en 1894, le système politique et les tensions de l’ancienne hiérarchie restaient les-mêmes. Cela ressemble à l’histoire de la Chine, forcée à se moderniser et s’ouvrir au monde extérieur.***

Dans une discussion concernant le Jardin situé derrière la porte Sinmu au nord du Gyeongbokgung, donc le Jardin Interdit, le géomancien Kim fait une remarque importante au chef des travaux, dans la présence d’autres géomanciens coréens :

– Si c’est le cas [si c’est un site remarquable, pourquoi a-t-il subi de tels ravages], alors il n’y a plus de sites remarquables dans le pays. Toutes les terres du pays n’ont-elles pas été annexées par le Japon ? Si notre pays avait été un site remarquable, il n’aurait pas subi ces catastrophes. (Kim, 2019, p. 119 ; souligné par M.A.D.)

ill. 4. Un groupe de paysans ou des esclaves coréens avant l’abolition de 1894

Le concept du Jardin Interdit

À l’époque pré-moderne, le jardin jouait un rôle très important en Europe ainsi que dans les pays confucéens. En plus, le titre du roman peut évoquer les questions sur « les fameux jardins » dans l’histoire de la culture européenne : le jardin d’Éden et Le Jardin Secret (1911) de Frances Hodgson Burnett. Cependant, il s’agit du jardin où :

Toutes les choses sont reliées à un interdit. On peut entrer dans la cour ou sur le maru de la maison d’un ami proche, mais si l’on entre dans la chambre du maître de maison sans sa permission, on devient un voleur. Les hommes se heurtent les uns aux autres, mais il y a une partie du corps dont on ne doit pas s’approcher. Pour une terre, c’est la même chose. Il y a une partie que seul le maître de maison peut fouler. Le Jardin interdit, c’et un terrain que seul le roi peut occuper. (Kim, 2019, p. 142 ; souligné par M.A.D.)

Alors, le Jardin Interdit désigne l’endroit réservé au roi qui est un souverain légitime de la terre du Joseon. Chacun qui viole cette loi, devient un criminel.

Pungsu

Le pungsu (풍수 ; 風水), l’art de géomancie coréenne, issue du fēng shuǐ (風水) chinois, est un thème du roman qui anime toute l’action. D’après sa définition littéraire :

Pungsu veut dire littéralement « le chemin du vent et de l’eau ». L’œil qui voit ce qui n’est pas visible est plus important que le terrain visible. (Kim, 2019, p. 47 ; souligné par M.A.D.)

L’un des détails fascinants, qui dévoilent l’univers géomantique, est un moment où le géomancien Kim explique au gouverneur général pourquoi la présence du hinomaru (日の丸), drapeau japonais qui représente un disque solaire, cause des problèmes au palais Gyeongbok :

Le gouverneur ne disait toujours rien du but exact de l’usage de la terre. Il avait l’intention de bâtir, dans l’enceinte du Gyeongbokgung, une maison dont lui-même n’osait rien dire. Kim décida d’essayer de percer l’intention du governeur. Hinomaru ! Il évoqua les deux grands drapeaux japonais qui se dressaient en se croisant à la porte d’entrée du Geunjeongjeon.

– Bien que le Gyeongbokgung se trouve sur une terre remarquable, je vais vous donner un exemple pour vous montrer qu’on ne doit pas bâtir une maison n’importe comment. J’en parle selon les principes de la géomancie, et je voudrais pas que vous vous mépreniez. Dans le Geunjeongjeon, il y a un trône royal et derrière se dresse un paravent. C’est un tableau qui représente le soleil, la lune et les cinq montagnes ; la lune et le soleil, c’est le yin et le yang, et les cinq montagnes représentent ohaeng. Mais vous y avez dressé deux drapeaux japonais, c’est-à-dire deux soleils.

(…)

– Il y a un soleil sur le paravent et deux soleils suspendus, ça fait trois soleils. Si la force du soleil est trop grande, le dragon du trône royal brûlera. (Kim, 2019, p. 45-46 ; souligné par M.A.D.)

ill. 5. La carte de Hanyang (l’ancien nom de Séoul) de 1760 qui respectent les catégories géomantiques. Le carré rouge marque le palais Gyeongbok.

Les principes géomantiques ont été liés aux questions morales et même celles qui influence le destin du Joseon. À citer de nouveau la lettre du père de Kim où il critique la localisation du bâtiment du gouvernement général japonais :

Le plus insupportable, c’est d’avoir dressé le bâtiment du gouvernement général devant le Gyeongbokgung. Avec le Baegaksan en arrière-plan, le palais est sur le meuilleur site remarquable au monde, il a été sélectionné par la géomancie pour apporter la prosperité au pays et aux descendants royaux. On ne se plaint pas simplement parce que le Japon endomamge ou bloque le Gyeongbokgung avec un gigantesque bâtiment japonais. Hanyang, capitale du Joseon, a la forme d’un organe génital féminin, site typiquement remarquable. Devant le Gyeongbokgung, le bâtiment du gouvernement général se dresse comme un sexe masculin ; il est tel un mâle devant une femmelle. Le bâtiment achevé violera le palais. (Kim, 2019, p. 70 ; souligné par M.A.D.)

La relation entre le Joseon et le Japon est analysé de la perspective des éléments sexuels où celui masculin est dominant. La présence du bâtiment japonais dans l’espace dans cet endroit-là est perçue comme un viol.

ill. 6. Le palais Gyeongbok avec un bâtiment du gouvernement général japonais (l’architecture dans le style néo-classique occidental), construit en 1926 et finalement, démoli en 1996

Le pungsu décrit aussi la relation entre la Terre et le Ciel, fondamentale pour d’autres interactions énergétiques. Il faut que cette condition sine qua non soit respecté car elle crée une liaison entre de l’univers et son reflet tellurique :

La maison doit être un microcosme où se concentre l’univers. (Kim, 2019, p. 45)

La Maison Bleue maudite ?

Les palais royaux jouent un rôle signifiant dans le roman. En tant que vrais sites historiques et propices d’après la géomancie, ils sont le cœur de l’intrigue, surtout le Cheongwadae (청와대 ; 靑瓦臺), c’est-à-dire le Jardin Interdit, situé derrière le palais Gyeongbok (경복궁 ; 景福宮) et aujourd’hui… la Maison Bleue, résidence et bureau présidentiels en Corée du Sud.

La Maison Bleue est située sur le terrain, « historiquement reconnu comme un site propice remarquable ». (Kim, 2019, p. 9) Mais :

Ce lieu a toujours été celui du pouvoir et dix-huit présidents de la République y ont séjourné. Pourquoi n’a-t-on cependant pas arrêté de parler du malheur des anciens présidents que l’on a lié à la mauvaise configuration du terrain ? (Kim, 2019, p. 10)

ill. 7. La Maison Bleue, résidence et bureau présidentiels à Séoul

Sauver l’esprit du Joseon

Un tremblement de terre soudain et une coopération des géomanciens coréens, apporte une résolution de « l’intrigue géomantique au Pays du Matin Calme » :

Bien que le Japon ait annéxe le Joseon et qu’il domine le pays, il ne faut pas qu’il possède la matrice de la terre. Il ne faut pas que nous soyons privés de la terre où la vie du Joseon est conçue. On peut etre dépouilles du pays tout entier, mais on ne doit pas etre dépouillés de cette petite partie. Si l’on bâtit la résidence dans le palais, il se peut, du point de vue de la géomancie, que le Japon règne pour toujours sur le pays.(Kim, 2019, p. 164 ; souligné par M.A.D.)

Cette lutte fonctionne comme une métaphore de l’esprit national également qui tombe sous la pression japonaise. Enfin, en parlant de l’indépendance :

– Même les plantes les plus faibles se frayent un chemin à travers les fissures des roches les plus dures. Si nous continuons à agir, ce moment arrivera.

– C’est vrai. Le monde change. J’ai entendu dire qu’il y a un pays où le roi est élu par le peuple. Avant que la résidence ne soit achevée, qui sait si une nouvelle ère ne va pas s’ouvrir dans notre pays ? Qui sait si bientôt un nouvel empereur ou un nouveau président ne va pas s’installer en ce lieu avec l’indépendance du pays ?(Kim, 2019, p. 170)

Addenda

*Dans une vidéo Kim Da-eun nous parle de son roman « Le Jardin Interdit », Kim Da-eun dit qu’« en tant que romancière, elle est très intéressée par les représentations et les discours des groupes sociaux » ce qui expliquerait la présence d’une narration pluraliste dans son œuvre.

**Le palais Gyeongbok (경복궁 ; 景福宮) fut le plus important parmi toutes les résidences royales sous la dynastie Joseon (1392-1910). La présence des Japonais dans cet endroit-là ainsi que la dégradation d’autres palais, indiqua sur « un nouveau souverain légitime » en Corée. Vu l’axe Rome-Berlin-Tokio, il est important de rappeler qu’une pratique paraille eut lieu en Pologne pendant la Seconde Guerre mondiale, quand les Allemands ont violé le château du Wawel à Cracovie, équivalent polonais du Gyeongbokgung.

***Sous la dynastie Joseon, le placenta et le cordon ombilical d’un nouveau-né royal furent considérés comme sacrés. C’est pour cette raison qu’ils étaient scellés dans des jarres spéciaux (jarres à placenta) et ensuite, déposés dans des sanctuaires. Un acte de leur déplacement non justifié, aurait été une profanation. Dans le roman, les Japonais qui cherchent ces objets-là, veulent « couper la dynastie » au sens propre et figuré. (Kim, 2019, p. 97) Les Coréens crurent que la présence des jarres à placenta dans un lieu propice, assura une succession dynastique.

****Kāng Yǒuwéi (康有為, 1858-1927), homme politique chinois qui soutint les idées réformatrices, critiqua la cour impériale pour son conservatisme et ses préjugés contre la modernisation. En 1898, il présenta un traité historique et politique sous le titre… Les partages et la chute de la Pologne (« 波蘭分滅記 » Bōlán fēnmièjì). C’était une analyse profonde des cause internes et externes qui provoquèrent trois partages de la Pologne entre 1772 et 1795. Selon Kāng Yǒuwéi, c’était un exemple négatif qu’il fallait absolument éviter. Il essaya de montrer qu’une opposition aux réformes nécessaires en fonction de l’époque mène vers la fin tragique comme celui polonaise de 1795 quand la Couronne du royaume de Pologne disparut de la carte européenne pour 123 ans.

ill. 8. Une photo de Kāng Yǒuwéi (康有為, 1858-1927), homme politique chinois qui soutint les idées réformatrices et auteur des Partages et la chute de la Pologne (« 波蘭分滅記 » Bōlán fēnmièjì, 1898)

Il est intéressant que cet « exemple polonais », géographiquement et culturellement éloigné, mais proche dans sa misère, apparaît aussi dans le contexte coréen. Kim Duk-ryun (김둑륜, XIX/XXème siècle), écrivain coréen venu sur les terrains polonais, occupés par la Russie, écrivit un poème À la Vielle Ville en Pologne où il déplora un destin malheureux des Polonais. Aujourd’hui, de nombreux recherches montrent certaines corrélations géopolitiques et littéraires entre l’ancienne Corée et la Pologne, attaquées et soumises par leurs grands pays voisins ou d’autres êtres géopolitiques.

De l’autre côté, Wacław Sieroszewski (1858-1945), ethnographe et voyageur polonais, publia deux œuvres importantes sur la Corée : La Corée – la clé de l’Extrême-Orient (Korea – Klucz Dalekiego Wschodu, 1905 ; « 한국: 동아시아로 가는 열쇠 » Hanguk: dongasiaro ganeun yeolsoe), étude anthropologique et ethnographique de son voyage en Corée, et La courtisane Wolseoni (Ol-soni kisań, 1906 ; « 기생 월선이 » Gisaeng wolseoni), nouvelle où le personnage du titre, une belle gisaeng qui s’appelle Wolseoni et qui est désirée par plusieurs hommes, symbolise la Corée déchirée par le Japon et des pays occidentaux. Selon Sieroszewski, l’éducation publique et l’émancipation des femmes étaient deux réformes les plus urgentes au Pays du Matin Calme pour qu’il puisse évoluer.

Bibliographie

  • Kim Da-eun (2019). Le Jardin Interdit. Paris : L’Atelier des Cahiers, traduit par Jean-Charles Jambon et Ko Kwang-dan.

Illustrations

  • Image liminaire : Un donggwoldo (동궐도 ; 東闕圖), genre de peinture officielle d’une vue à vol d’oiseau qui représente deux palais royaux de Séoul, Changdeokgung et Changgyeonggung, à l’époque de Joseon. Celui-ci vient des années 1830.
  • ill. 1. La couverture du Jardin Interdit (« 금지된 정원 » Geumjidoen jeongwon, 2015) de Kim Da-eun, édition sud-coréenne
  • ill. 2. La couverture du Jardin Interdit (2019) de Kim Da-eun, édition française
  • ill. 3. Une photo d’une allée devant le palais Changgyeong, les années 1930, Séoul. On peut imaginer qu’Haruki attendait Serin sous l’un de ces cerisiers-là.
  • ill. 4. Un groupe de paysans ou des esclaves coréens avant l’abolition de 1894
  • ill. 5. La carte de Hanyang (l’ancien nom de Séoul) de 1760 qui respectent les catégories géomantiques. Le carré rouge marque le palais Gyeongbok.
  • ill. 6. Le palais Gyeongbok avec un bâtiment du gouvernement général japonais (l’architecture dans le style néo-classique occidental), construit en 1926 et finalement, démoli en 1996
  • ill. 7. La Maison Bleue, résidence et bureau présidentiels à Séoul
  • ill. 8. Une photo de Kāng Yǒuwéi (康有為, 1858-1927), homme politique chinois qui soutint les idées réformatrices et auteur des Partages et la chute de la Pologne (波蘭分滅記 Bōlán fēnmièjì, 1898)
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