Mafia coréenne

La Corée du Sud fait partie des pays les plus sûrs au monde. On peut entendre de temps en temps parler des sectes présentes au Pays du Matin Clair. En revanche, il est assez rare d’entendre parler de gangs ou des mafias sud-coréens. Pourtant, la mafia existe en Corée du Sud depuis longtemps même si elle est certainement moins populaire que celle italienne, ou encore le yakuza (ヤクザ) japonais.

Kkangpae (깡패) est le terme qui fait référence aux crimes organisés en Corée du Sud. Quant au terme jopok (조폭), il désigne une entreprise du crime organisé avec un spectre d’intervention assez large remontant même les espaces de la vie politique.

La naissance d’un gouvernement parallel

Au XIXe siècle, dans la période de Joseon est sous un fonctionnement profitant aux marchands européens, partenaires du Pays du Matin Calme, va amener avec eux marchandises, richesses, mais aussi, de nouvelles personnes peu recommandables, arrivent en Corée. De par, ces nouveaux mouvements de migration, de nouvelles menaces ont émergé. Face à cette menace, des milices de protection se forment. À ce moment-là, les gangs existent déjà, les membres viennent de classes inférieures et sont commandés par des commerçants riches et peu scrupuleux.

1905, le Japon en Corée

En 1905, la Corée devient un protectorat japonais. L’empire japonais est alors « grand » maître en Asie. Durant ces années, les Coréens ont été contraints à des travaux forcés et à l’esclavage sexuel. De petits idéalistes modestes vont être moteurs de la liberté, et de l’indépendance future du pays.

Des groupuscules se battant contre la domination coloniale vont se créer. Même s’il s’agit d’une mafia, l’esprit patriotique est bien présent, même plus que jamais. On pourrait presque interpréter la création des (proto)mafia coréenne…

Un gangster idéaliste

Kim Jwa-Jin (김좌진)
Kim Jwa-Jin (김좌진)

Kim Jwa-jin (김좌진) qu’on l’a surnommé le Makhno coréen, est un précurseur de gang. Il sera connu pour avoir combattu l’impérialisme japonais dès le début de l’occupation. En 1919, Kim Jwa-Jin (김좌진) est à l’origine de la création de l’armée du bureau de l’administration militaire du Nord (북로군정서군 ; hanja : 北路軍政署軍 Bungnogunjeongseogun). Il va même diriger l’armée de l’indépendance coréenne lors de la bataille de Cheongsanri. Vous l’aurez compris, Kim Jwa-Jin est une figure emblématique de la résistance.

À trois ans, Kim Jwa-jin se retrouve confronter à la mort de son père. Il a donc grandi sous l’éducation stricte de sa mère. En grandissant, il créa un gang avec lequel il affronta directement les yakuzas. Les Yakuzas gèrent alors tous les « besoins » au sein du pays envahi. Il mènera aussi une lutte même perdue d’avance contre les yakuzas, et l’envahisseur. L’un des problèmes chez des gangs coréens est l’argent qui manque beaucoup, et de nombreux parmi ses frères d’armes ont rejoint le côté japonais, devenant ainsi yakuza. Les deux groupes mafieux vont s’affronter régulièrement au cours de l’occupation. Des combats devenus un symbole fort de résistance. À la suite de cette résistance, il est même devenu homme politique au sein du Parti libéral pour certains historiens coréens.

De père en fils

Kim Du-han fils de Kim Jwa-Jin
Kim Du-han, fils de Kim Jwa-Jin

Kim Du-han (김두한) est un célèbre chef de gangsters sud-coréens, mais aussi le fils illégitime de Kim Jwa-Jin, et aussi le père de l’actrice Kim Eul-dong (김을동), et le grand-père de l’acteur Song Il-gook (송일국 Song Il-guk). À partir de la libération, il se lance dans la politique au Parti libéral de Syngman Rhee et est élu député en 1954, et ensuite en 1965.

Mort d’un parrain

Kim Tae-chon, chef de la mafia de Beomseobang a l'hôpital.
Kim Tae-chon, chef de la mafia de Beomseobang, à l’hôpital

Kim Tae-chon (김태촌) est une figure emblématique contemporaine de la mafia sud-coréenne est mort à l’âge de 64 ans le 5 janvier 2013. Le parrain du Pays du Matin Clair appartenait au gang Beomseobang (범서방), l’un des trois plus puissants gangs en Corée du Sud. Beomseobang, aux côtés de la mafia Yangeunyi de Jo Yang-eun (조양은) et de la mafia OB de Lee Dong-jae (이동재), étaient considérés comme les trois principaux syndicats criminels de Corée du Sud dans les années 1980.

Le parrain du gang Beomseobang était pratiquement sur son lit de mort depuis un an au Seoul National University Hospital, admis initialement pour cause d’une maladie thyroïdienne. Des problèmes respiratoires l’ont mené en soin intensif, avant son départ.

Son parcours

Qui a dit qu’ils n’y avait pas d’innovations dans le milieu du crime organisé ? Personne. Kim Tae-chon était le premier à avoir utiliser le couteau de sashimi, qui est plus coupant et plus précis, comme arme de poing pour les règlements de compte avec ses rivaux régionaux des années 1980. En 1975, il a pris la tête du gang Beomseobang du côté de Gwangju avant de monter progressivement sur Séoul au cours de l’année 1977.

Il mettra tout en place autour de lui pour acquérir une réputation dans tous les domaines d’activité. Il se forgea une réputation dans le cercle d’affaires du monde politique et du secteur de l’entertainement avant de se faire son nom en commandant le meurtre du patron de la discothèque du New Songdo Hotel, qui lui valu dix ans de prison.

À sa mort

La mort, même anticipée de Kim Tae-chon est un fait majeur important pour l’histoire des gangs de rues coréennes. Aujourd’hui, parmi les gangs coréens majeurs, on retrouve le Seven Star (Busan), le H.S.S. (Suwon et Gunsan) et le Double Dragon (Gwangju).

Durant la cérémonie funéraire, les alentours du Asan Medical Center ont fait l’objet de protection par une centaine de policiers et des forces spéciales étaient présentes (des forces pouvent intervenir et être prêtes en cinq minutes). Des forces qui s’avérait nécessaire et essentielle afin de garantir le bon déroulement des cérémonies, et éviter tout le débordement entre les gangs. Aucun politicien et aucune stars n’était présent pour éviter quelconque scandale.

Dans les dramas

Au même titre que les yakuza japonais, les gangs coréens inspirent le monde du cinéma, entre autres les dramas. Les fameuses séries sud-coréens ont même permis d’iconiser la mafia coréenne, par exemple Vincenzo (빈센조 Binsenjo, 2021), qui reprend les codes occidentaux de la mafia Iialienne, ou des programmes comme My Name (마이 네임 Mai neim, 2021), qui eux en revanche installe une mafia coréenne, infiltrée, sinueuse, et presque omnisciente.

Sources

étudiant en design graphique et design industriel, passionné par la Corée sur toutes ses formes. et nous vous faisons découvrir ce pays merveilleux et sa culture chaque semaine.

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