Arirang : retour sur le sample mythique du nouvel album de BTS

Ce 20 mars 2026 signait le début du printemps, et avec lui, le retour (2.0) du groupe de K-pop mythique BTS (방탄소년단) avec son album « Arirang ». Composé de 14 titres, ce comeback n’est pas des moindres puisqu’il signe le retour du groupe sur la scène musicale après une pause de plusieurs années. En effet, les membres ont dû, comme le reste des hommes de nationalité sud-coréenne, effectuer leur service militaire, ce dernier étant toujours obligatoire en Corée du Sud.

C’est donc après quatre longues années d’attentes (et six sans album) que les fans du groupe (et moi-même) avons eu la joie de découvrir leur nouvel album tant attendu intitulé « Arirang » (아리랑). C’est précisément le titre choisi pour cet album ainsi qu’un titre en particulier (Body to Body) qui attisent notre attention puisqu’ils sont une référence directe à un air emblématique et historique coréen que je vais vous présenter au cours de cet article.

Arirang, un album attendu

Les fans ont patienté près de six ans avant qu’enfin, BTS ne sortent un nouvel album. Tous attendaient le retour du groupe. Mais aussi et particulièrement, tous souhaitaient découvrir le chemin artistique que les sept garçons décideraient de suivre.

BTS a, au fil des années, proposé des genres divers et variés. En passant par la pop, à l’EDM, aux ballades, mais aussi au hip-hop… Cependant, avant le départ du groupe pour leur service militaire, beaucoup reprochaient à BTS d’avoir cédé aux normes musicales occidentales, et plus particulièrement américaines. En effet, les reproches visaient les dernières chansons. Certains les jugeaient d’être presque exclusivement en anglais plutôt qu’en coréen. Les critiques visaient aussi le côté trop pop et sans message, à l’inverse de ce que BTS avait pu proposer au départ.

La sortie de ce nouvel album annonce donc le chemin que le groupe souhaite prendre suite à cette longue pause ; et le message est clair. Au delà de la K-pop, et même de la pop américaine, BTS propose un album propre à eux-mêmes, mêlant leurs racines coréennes aux influences musicales occidentales avec des textes intimes et touchants.

Body to Body

Vid 1. Le titre d’ouverture de l’album Arirang, « Body to Body », dans lequel nous retrouvons le chant traditionnel « Arirang » (2min10)

Ainsi, l’album débute avec « Body to Body », un titre hip-hop qui nous rappelle les origines du groupe. C’est dans ce dernier que, vers la fin du morceau, l’on entend le sample « Arirang ». Dès le départ, le ton est ainsi donné. BTS nous propose un titre mêlant leurs origines hip-hop et rap, tout en incluant un son traditionnel coréen, qui guide l’album tant dans le nom que dans ce que le groupe cherche à défendre : des coréens fiers de leurs origines qui partent à l’assaut de la scène musicale mondiale.

Arirang, les origines

Mais, au delà d’une chanson traditionnelle folklorique coréenne, que représente Arirang ? Ce morceau si emblématique de la culture coréenne possède une histoire riche est complexe. Pour les coréens, elle est donc particulièrement symbolique.

Arirang existe depuis des siècles, mais son origine précise n’est pas connue. Certains chercheurs pensent qu’elle provient de la région montagneuse de Jeongseon (정선군), dans l’actuelle province de Gangwon (강원도). La plus ancienne trace connue d’Arirang figure dans un manuscrit datant de 1756. Cependant, la chanson pourrait remonter à bien plus tôt encore. Certains la situe même à la période Goryeo (고려 (高麗)) (935-1372)…

Une chanson d’amour ?

Concernant la signification du mot Arirang, elle est difficile à établir puisque le mot n’a pas de traduction exacte. Cependant, si l’on se fit à la légende qui dit que la chanson trouve ses origines dans l’histoire d’une jeune femme séparée de son fiancé parti loin d’elle, on peut facilement déduire que ce mot évoque le départ, la séparation, l’exil, la nostalgie…

Avant d’être enregistrée, Arirang se transmettait d’oreille à oreille*. De ce fait, elle a pu évoluer et se diversifier au fil du temps et selon les régions. Aujourd’hui, on compte plus de 60 versions régionales de la musique et 3600 variations. Selon la version et la personne qui chante, la chanson peut exprimer différentes émotions telles que l’amour, la perte ; mais aussi devenir un symbole d’unité ou de résistance. Par exemple, durant l’occupation japonaise de la péninsule coréenne (1910-1945), la culture et la langue coréenne étaient fortement réprimés. Dans ce contexte, la chanson Arirang, tout comme les autres chansons coréennes, étaient interdites. Elle continuait cependant d’être chantée en secret, comme un acte de résistance. Elle est ainsi devenue un symbole de résistance culturelle ainsi qu’une expression de l’identité coréenne.

Aujourd’hui, Arirang est inscrite deux fois au patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO (en 2012 pour la Corée du Sud et en 2014 pour la Corée du Nord). Elle constitue ainsi un des rares éléments que les deux pays partages mutuellement.

Les sept étudiants d’Howard

Avec ces éléments en tête, penchons nous maintenant sur l’histoire des sept étudiants coréens d’Howard. En fait, la chanson Arirang est particulièrement liée à ce groupe de jeunes hommes ayant vécu au XIXème siècle. Aussi, ce groupe d’étudiant a directement inspiré BTS et leur nouvel album.

Les sept étudiants coréens d'Howard en 1896.
ill 1. Les sept étudiants coréens d’Howard en 1896. Crédits : The Kiplinger Library of the Historical Society of Washington/DR

Leur présence aux Etats-Unis est révélée le 8 mai 1896 dans le Washington Post dans un article intitulé « Sept Coréens à Howard : ils ont fugué pour étudier aux Etats-Unis ». L’article raconte la venue de Corée de ces sept garçons, poussés par un désir d’émancipation. On apprend ainsi qu’ils logent et étudient à l’université d’Howard, à Washington ; une école historiquement noire américaine*.

Selon les archives historiques, les sept jeunes hommes s’appelaient Im Byung Goo (19 ans), Lee Bum Su (24 ans), Kim Hun Sik (27 ans), Ahn Jung Sik (23 ans) et Eyo Byung Hyun (26 ans) ; le dernier étudiant n’ayant jamais été identifié. Ils étaient originalement scolarisés au Japon. Puis, pour se rendre aux Etats-Unis, ils auraient volé 400 wons dans une banque coréennes avant de s’enfuir à Vancouver, au Canada.

Les archives racontent qu’arrivés à cours de fons, ils furent obligés de se rendre au consulat japonais. Là-bas, ils demandèrent à contacter un certain Suh Kwang Bum, envoyé spécial et ministre plénipotentiaire de Corée aux États-Unis. Touché par leur histoire, ce dernier décida de les aider. Ainsi, les archives du l’Université d’Howard indiquent que le 29 avril 1896, il demanda à l’établissement de fournir un hébergement gratuit aux sept garçons. Il demanda aussi de les inscrire comme élèves.

Le tout premier enregistrement de Arirang

Mais comment ces jeunes coréens furent amenés à enregistrer Arirang ? Il est raconté qu’après avoir chanté la chanson durant une soirée mondaine, cette dernière devint grandement populaire au sein du campus.

Ainsi, le 24 juillet 1896, l’ethnologue américaine Alice C. Fletcher, professeure à l’université, invita trois des étudiants coréens chez elle. Elle voulait enregistrer la chanson traditionnelle coréenne sur des cylindres de cire Edison avec les étudiants. Au total, ces derniers enregistrent six morceaux pour une durée totale de 11 minutes. Parmi eux, on retrouve Arirang que la professeure américaine décide d’intituler « Love Song: Ar-ra-rang ». Cet enregistrement constitue le tout premier enregistrement de Arirang, mais aussi et surtout, le tout premier enregistrement connu d’une musique coréenne.

Vid 2. Enregistrement de « Arirang » par les sept garçons coréens en 1896.

Une histoire presque oubliée

Après l’enregistrement, les six cylindres furent gardés à la bibliothèque du Congrès, à Washington. Là-bas, ils restèrent non identifiés pendant plus de 100 ans avant que, dans les années 1980, les chercheurs ne redécouvrent leur existence. En 1998, le professeur Robert Provine de l’Université du Maryland commença à tracker l’histoire de ces cylindres. Après plusieurs années de recherches, il réussi à faire le lien entre ces cylindres et l’histoire de ces jeunes étudiants coréens.

Par la suite, Jung Chang-kwan, vice-président du groupe de recherche sur la musique coréenne ancienne décidera de restaurer et de graver sur CD ce qui est aujourd’hui considéré comme le plus ancien enregistrement moderne de cette chanson. En 2012, dans le « Korea JoongAng Daily », il déclare :

« l’état de l’enregistrement était déplorable : je pouvais à peine distinguer les paroles, à l’exception du refrain ‘arirang, arirang, arariyo’ ».

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ill 2. Les six cylindres (copies), présentés au K POP Museum à Gyeongju, Gyeongsang du Nord. Crédits : [EMUSEUM]

Aujourd’hui, les six cylindres originaux sont toujours gardés gardés à la bibliothèque du Congrès à Washington. Ils marquent le premier enregistrement de l’histoire d’une musique coréenne.

En Corée, on peut retrouver des copies de cylindres. Par exemple, le KPOP Museum à Gyeongju (경주시), en Gyeongsang du Nord (경상북도), possède une copie des six cylindres. Au second étage du musée, on peut écouter une version digitalisée du morceau. RM, le leader du groupe BTS, a d’ailleurs visité le musée en 2019. Le directeur du musée a précisé que RM avait était venu de manière anonyme, mais qu’il est presque certain, au vu du temps qu’il passa à visiter le musée, que le leader a eu l’occasion de voir ces cylindres et d’écouter le morceau digitalisé.

Une histoire miroir

Nous l’avons vu, Arirang est liée à l’histoire des sept jeunes coréens ayant pris le chemin de l’Amérique en 1896. Si l’on se penche un peu plus sur les deux groupes, on remarque facilement que leur histoire est liée. Sept jeunes hommes coréens, enregistrant des musiques coréennes à l’autre bout du monde (Washington pour les étudiants, Los Angeles pour le groupe), faisant voyager et rayonner la culture coréenne à travers la musique, brisant les barrières de la langue… les ressemblances sont frappantes et le parallèle immédiat : sept étudiants coréens en 1896 et sept chanteurs coréens en 2026, soit 130 ans qui séparent le groupe de K-pop et l’histoire des jeunes étudiants ainsi que l’enregistrement original de Arirang.

Le groupe BTS s’est d’ailleurs directement inspiré de l’image connue du groupe des sept étudiants d’Howard pour la pochette de leur album. On les voit poser simplement, vêtus de costumes sombres, et l’air sérieux, tout comme les étudiants coréens sur la seule photo connue d’eux.

Ainsi, BTS a utilisé l’histoire de ces étudiants comme point central dans la direction artistique de leur album. La chanson d’amour d’amour Arirang est devenue le titre de l’album du groupe de K-pop, mais également le point central de promotion de ce dernier puisque l’on pouvait voir affiché partout « What is your love song ? » des semaines avant la sortie de l’album.

Un parallèle assumé

Vid 3. Trailer d’animation pour l’album Arirang de BTS

Dans l’une des bandes annonces animées créée pour la sortie de l’album, on voit les sept membres de BTS autour d’un gramophone. Puis, la scène bascule et devient historique, montrant un navire traversant l’océan pacifique avec à son bord les sept futurs étudiants d’Howard.

Le parallèle qui lie les deux groupes est tout d’abord la musique. On peut en effet lire au début de cette vidéo « every story begins with a song« . Signifiant que l’histoire de la légende du groupe d’étudiant a débuté avec l’enregistrement de Arirang. En contrepartie, l’histoire de la légende de BTS a débuté (et continue) avec l’enregistrement de leur album.

Le deuxième parallèle qui lie les deux groupes est le voyage. Dans la vidéo, on voit les deux groupes quitter leur pays pour faire un long voyage à travers le Pacifique. Les sept étudiants ont quittés leur pays pour poursuivre leur rêves, et BTS poursuit ce même voyage. Tout comme le jeune groupe d’universitaires, ils quittent leur pays sans pour autant oublier et délaisser leurs racines. Au contraire, elles les suivent et ils sont fièrent de les présenter au monde.

Une fierté coréenne partagé à l’internationale

Finalement, Arirang n’est pas seulement symbolique pour BTS, mais l’est aussi pour la Corée. Rappelons que Arirang et l’une des plus vieilles chansons coréennes connue, qu’elle constitue le premier enregistrement d’une chanson coréenne de l’histoire. Aussi, elle fut a un moment donné un symbole de résistance et d’affirmation de la culture coréenne. Cette chanson est de ce fait particulièrement symbolique et adorée par les coréens.

Ainsi, en incluant Arirang dans la première chanson de l’album de BTS, et de plus, en faisant d’Arirang le titre d’un album tant attendu, BTS rendent hommage et mettent en avant plus que jamais leurs racines coréennes. Pourtant, dans le documentaire Netflix sur la création de l’album, on constate que le groupe était au départ très dubitatif quand à l’idée d’inclure cette musique traditionnelle dans leur chanson. En effet, ces derniers craignaient que cela paraissent trop « nationaliste ». Heureusement, en vue des retours plus que positifs à la fois du public coréen et international lors de la performance live du concert diffusé sur Netflix, ainsi que durant les trois premiers concerts à Goyang pour leur tournée mondiale, on conclue que l’inclusion de Arirang est un franc un succès.

Rappelons que BTS ne sont pas seulement des superstars ; ils sont presque devenus une institution en Corée tant leur impact culturel et économique est fort. Leur retour sur scène est suivi de prêt par tous. L’actuel président coréen Lee Jae-Myung a même publiquement dit espérer que leur retour renforce le soft power du pays. Pour information, ces dernières années, BTS représente près de 5 milliards de dollars par an pour l’économie sud-coréenne (soit 0,3% du PIB).

Ce choix fort du titre Arirang a cependant ouvert un autre débat. Malgré la volonté de vouloir défendre leurs racines coréennes, certains pointent du doigt le fait qu’une grande partie des paroles soient en anglais pour toucher une audience plus globale. Dans le documentaire exclusif sur Netflix, certains membres du groupe eux-mêmes n’étaient pas d’accord sur ce sujet. Ils souhaitaient plus de paroles en coréen. Malgré ces débats, l’album a enregistré 110 millions de streams sur Spotify dès le premier jour (soit le meilleur démarrage de l’année 2026).

Addenda

* En histoire, la transmission à l’oral se dénomme « sources orales », au opposition aux sources écrites. Le terme de « sources orales » peut définir une méthode d’étude historique. Il désigne aussi tous les faits historiques recueillis et transmis à l’oral seulement durant des siècles. On retrouve beaucoup de sources orales en Afrique notamment, où il était moins coutume de documenter les faits de la vie à l’écrit comme ce pu être le cas en Europe par exemple. Les chansons, les légendes… constituent des sources orales.

** Howard fut créée pour accueillir les Afro-Américains anciennement réduits en esclavage dans un contexte où il était encore impossible pour les élèves de couleur d’étudier. L’université accepte aussi d’autres étudiants susceptibles d’être victimes de discrimination. C’est ainsi que les sept coréens s’y retrouvent.

Bibliographie

Sitographie

  • LEE, Jiwon, « Where to hear the first ‘Arirang’ recording from 1896 that inspired BTS’s new album », in Korea JoongAng Daily, 20 mars 2026.
  • MYRIAM, « Les détails cachés que vous avez sûrement manqués dans la bande-annonce de « ARIRANG : What is your love song ?  » de BTS », in Ouest France avec K-Selection, 14 mars 2026.
  • REBILLAT, Clémentine, « « Sept Coréens qui ont fui pour les États-Unis » : l’histoire derrière ARIRANG, l’album de BTS », in Paris Match, 18 mars 2026.
  • SHERMAN, Maria, « Music Review: BTS’ long-awaited comeback album ‘ARIRANG’ is an exciting experiment », in The Washington Times, 20 mars 2026.

Vidéographie

  • SAB, Canelle, « BTS fait pleurer des miliers de coréens en chantant un air de leur culture et de la résistance à l’oppression japonaise », in Brut, 27 mars 2026.

Illustrations

  • Illustration de couverture. BTS lors de leur concert gratuit devant le palais de Gyeongbokgung, 21 mars 2026. Crédits : BigHit Music / Netflix.
  • ill 1. Les sept étudiants coréens d’Howard en 1896. Crédits : The Kiplinger Library of the Historical Society of Washington/DR.
  • ill 2. Les six cylindres (copies), présentés au K POP Museum à Gyeongju, Gyeongsang du Nord. Crédits : [EMUSEUM].
  • ill 3. Couverture de l’album ARIRANG de BTS, Crédits : BigHit
  • ill 4. Les sept étudiants coréens d’Howard en 1896. Crédits : The Kiplinger Library of the Historical Society of Washington/DR

Vidéos

  • Vid 1. Le titre d’ouverture de l’album Arirang, « Body to Body », dans lequel nous retrouvons le chant traditionnel « Arirang » (2min10). Crédits: BangtanTV
  • Vid 2. Enregistrement de « Arirang » par les sept garçons coréens en 1896. Crédits : 정창관의 아리랑1
  • Vid 3. Trailer d’animation pour l’album Arirang de BTS, Crédits : BangtanTV

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