Sommaire
- Une découverte de la rentrée littéraire 2025
- Un écrivain talentueux, mais pas uniquement
- Un parcours riche
- La littérature
- L’écriture
- Les voyages
- La Corée
- Nous n’avons rien à envier au reste du monde
- Plantons le décor
- En Corée du Nord, nous avons tout à envier à Mi Ran et Yoon Gi
- L’interview de Nicolas Gaudemet
- En conclusion
Il y a des lieux qui semblent pour le moins singuliers pour faire connaissance. En Corée du Nord, dans une ville de province, et à l’occasion d’une exécution publique, deux jeunes lycéens qui assistent à celle-ci vont échanger un regard qui va les pénétrer jusqu’au plus profond de l’âme. A partir de ce moment furtif, ils ne cesseront de penser l’un à l’autre. Seulement voilà, ils sont issus de classes sociales que tout oppose. Alors que chacun de leurs faits et gestes et mêmes leurs pensées sont surveillées, vont-ils réussir à se revoir ? Comment vont-ils vivre leur amour parmi les autres citoyens nord-coréens dont la seule dévotion est celle qui est destinée au parti. Nicolas Gaudemet nous raconte.

Une découverte de la rentrée littéraire 2025
La semaine du 15 août a ouvert le bal de la rentrée littéraire. Les amateurs de lecture étaient fébriles à l’idée de découvrir ce que celle-ci leur réservait. Certains avaient déjà une idée en tête, et hâte de retrouver leurs auteurs favoris. D’autres attendaient, comme dit une certaine expression, les pépites de la rentrée.
Au même moment sur les réseaux sociaux, de très nombreuses publications présentaient un roman écrit par un auteur français dont l’histoire se situe en Corée du Nord. Ce roman avait pour toile de fond une histoire d’amour vibrante et universelle.
Ces publications étaient accompagnées de nombreux commentaires de lecteurs issus de tous horizons. Certains étaient de jeunes lecteurs, d’autres des lecteurs plus âgés n’ayant pas de prime abord de lien particulier avec la Corée.
Après avoir consulté la biographie de l’auteur et recueilli quelques informations sur ses centres d’intérêts et son parcours, il ne m’en fallait pas plus pour décider d’aller à sa rencontre.
Cet auteur qui est déjà reconnu n’est autre que Nicolas Gaudemet. Son roman qui est sorti en août dernier, aux Éditions de l’Observatoire s’intitule : Nous n’avons rien à envier au reste du monde.
A quoi ce titre pouvait-il faire allusion ? N’était-ce pas paradoxal pour un roman qui se déroule dans l’un des États les plus fermés au monde ? Et bien entendu quel était le sujet du roman ?
Dans un lieu où la liberté individuelle n’a pas sa place, le talent narratif de Nicolas Gaudemet prend toute sa dimension. Décrivant le quotidien de citoyens nord-coréens, il nous présente la rencontre de deux lycéens, les jeunes Mi Ran (미란) et Yoon Gi (윤기), issus de classes sociales que tout oppose. Contre l’adversité, les deux héros vont vivre un amour si intense que même dans les pires conditions chacun de nous aimerait le connaître au moins une fois dans sa vie.
Nicolas Gaudemet connaît bien ce qu’il qualifie de monde soviétique pour reprendre son expression, et également l’Asie. Il a effectué plusieurs voyages et s’est rendu en République de Corée, ainsi qu’en Corée du Nord, s’imprégnant à chaque instant de ce qu’il a pu voir.
Partons à sa rencontre, ainsi qu’à celle de Mi Ran et Yoon Gi !
Nicolas Gaudemet a eu la gentillesse de m’accorder une interview le 6 septembre dernier. Par la suite, j’ai eu l’occasion de le voir à l’occasion d’une séance de dédicaces à la librairie Lamartine de Paris, puis lors d’un concert pour la paix et l’amitié franco-coréenne.

Un écrivain talentueux, mais pas uniquement
Il ne faut sans doute pas chercher à analyser la personnalité de l’interlocuteur à qui l’on s’adresse, ni réduire son activité à une seule catégorie socio-professionnelle. Nicolas Gaudemet m’a expliqué qu’il ne pourrait abandonner aucun des métiers qu’il exerce actuellement. Ses aspirations et ses goûts personnels, encouragés dans son environnement familial, ont probablement façonné la personne aux multiples facettes qu’il est aujourd’hui.
Diplômé de l’École polytechnique, surnommée également l’X, Nicolas Gaudemet a exercé de hautes fonctions dans le secteur public et également privé. Il a commencé son parcours professionnel au sein de la Direction générale du Trésor rattachée au Ministère de l’Economie et des Finances. Il a exercé également pour le Groupe Orange, ainsi que pour la Fnac Darty, comme Directeur du pôle Culture.
Un parcours riche
L’ancien secrétaire d’État au Numérique (2017-2019) Mounir Mahjoubi le sollicite pour l’épauler comme Directeur de Cabinet.
Titulaire d’un certificat de l’Université de Stanford (Californie) en Intelligence artificielle, Nicolas Gaudemet a rejoint en 2020, Onepoint, une entreprise française spécialisée dans la transformation numérique des entreprises et organisations. Il y est aujourd’hui Chief AI Officer. Il est consulté très régulièrement, et s’est ainsi exprimé au sujet de Sora 2, l’outil de génération de vidéo d’Open AI, géant californien de l’Intelligence artificielle.
Son métier lui permet dit-il, de participer à la transformation du monde, avec une dimension technique importante, mais aussi humaine, managériale, etc…
Son appétence et son aptitude pour les hautes technologies m’ont donné à penser que c’était la raison pour laquelle il s’était intéressé à la Corée et y avait voyagé. “Cela en fait partie” m’a t’il répondu, mais pas uniquement.
Il a expliqué que la Corée est à l’avant-garde de la technologie sur tout ce qui est expérience numérique, mais que son voyage était une exploration plus personnelle.
La littérature
Dans plusieurs interviews, et également celle qu’il m’a accordée, Nicolas Gaudemet a expliqué qu’il aimait lire et écrire, dès son plus âge. Il a commencé à étudier le russe à huit/neuf ans. Ses parents lui avaient offert des classiques qu’ils aimaient déjà beaucoup lire eux-mêmes.
Découvrir des classiques russes, dit-il, l’a interpellé sur l’évolution du monde russe et du monde soviétique qu’il aborde dans son roman et qui est (je cite) : Une sorte d’extension un peu hypertrophiée de ce monde soviétique stalinien.
Pour la littérature japonaise, ses parents avaient également des livres de Yukio Mishima, (le nom de plume de Kimitake Hiraoka) dans leur bibliothèque. Sa mère lisait beaucoup de Mishima et l’avait découvert quand elle était professeur en classe préparatoire de mathématiques. Au programme des classes préparatoires scientifiques il y a toujours un programme d’études de livres de romans. Une année, l’étude portait sur Le Pavillon d’or de Mishima.
Nicolas Gaudemet avait pris un livre dans la bibliothèque familiale, et voilà !
Le Japon lui était venu également par la télévision avec les mangas. La France serait actuellement le second pays de lecture de mangas, après le Japon lui-même.
A partir du goût de la littérature japonaise, il avait exploré d’autres littératures et notamment le monde coréen. Et puis après, explique t-il, toute la vague coréenne est arrivée: dramas et musique coréenne, webtoons, etc.
L’écriture

Nicolas Gaudemet a été récompensé du prix Jules Renard pour son premier roman intitulé La fin des idoles publié en 2018 aux éditions Tohu Bohu. Très jeune, il a écrit des poèmes et des nouvelles en étant inspiré par des artistes comme Jim Morrison, Patti Smith, ainsi que par les poètes Arthur Rimbaud et Paul Verlaine.
Il dit : Le gros du travail du livre, c’est tout de même l’écriture. Puis viennent les rencontres avec les lecteurs, les libraires, les journalistes, les influenceurs, la réception du livre. Là je suis en phase de réception mais la phase de réception en fait est très courte, par rapport à la phase d’écriture qui dure souvent plusieurs années.
Les voyages
Nicolas Gaudemet a visité Moscou et Saint-Pétersbourg en Russie. En Asie, il s’est rendu à Tsingtao en Chine, au Cambodge, aux Philippines, au Japon, au Laos, à Singapour, au Vietnam. Il évoque l’annexion de la Corée par le Japon en 1910. Le Japon, dit-il, a tenté de coloniser un peu tous les pays autour, et il est justement allé dans tous les pays aux alentours.
Son périple en Asie l’a amené jusqu’à l’Extrême-Orient russe. En se trouvant à Vladivostok, il était près de la Corée du Nord.
En visitant l’Asie, il a constaté également tous les stigmates laissés par la Seconde Guerre mondiale.
La Corée
La République de Corée
Nicolas Gaudemet est allé pour la première fois en Corée en 1999, puis en 2018, et 2022.
Lors de notre interview j’ai eu l’impression qu’il s’était laissé enivrer par Busan ( 부산) . Busan, qui s’écrivait Pusan avec un P, précise t-il. Il a été très impressionné par le port. Il parle aussi du changement de la ville par la suite, liée à l’expansion du tourisme.
Il dit : Quand je suis retourné ça avait explosé de gratte-ciels mais par contre ce quartier que j’aime était resté. Je le trouve assez typique avec sa grande galerie souterraine, le marché près du port avec les fruits de mer séchés etc qui donnent vraiment cette bonne couleur, et puis le village sur la montagne, la tour de Busan qui est assez emblématique.
Tout ça est resté un peu dans son jus et d’ailleurs j’ai découvert, c’est assez drôle, ce très bel hôtel situé sur cette colline de Busan. C’est un très bel hôtel assez ancien, peut-être des années 50, 60, 70. C’est amusant parce qu’il est dans un drama coréen très connu qui m’a évidemment inspiré et qui est Crash Landing on You. Il y a des scènes de la série qui sont censées se dérouler en Corée du Nord mais cet hôtel est le Commodore, et il est situé à Busan.
Nicole Gaudemet s’intéressait à la Corée bien avant d’écrire son roman il avait beaucoup étudié l’histoire. Hormis Busan, il a visité d’autres villes comme Daegu, Mokpo (Province de Jeolla du Sud) Séoul, Jeju etc. Il m’a aussi parlé avec un certain amusement du BTS Bus Stop qui se situe en face de la plage Jumunjinhaebyeon à Gangneung (주문진 해변).
La Corée du Nord
Nicolas Gaudemet s’est rendu en Corée du Nord avant la pandémie de covid. Pour réaliser son voyage, il lui a fallu s’adresser à une agence spécialisée qui organisait au compte-gouttes les visites. Obtenir un visa demandait plusieurs mois
Il est resté cinq jours, principalement à Pyongyang (평양), mais aussi à Kaesong (개성).
“Kaesŏng “ est située à seulement sept kilomètres de la frontière avec la République de Coré. Anciennement dans la province de Hwanghae ( 황해남도) du Nord, elle est reliée à Pyongyang par une autoroute.
Nicolas Gaudemet dit que c’est une très belle ville, qui est classée au patrimoine mondial de l’Unesco, une ville très intéressante. Ses monuments et sites historiques forment un ensemble qui représente la base du pouvoir de la dynastie Koryo (고려 – 918-1392) avec ses tombes associées.
Les étrangers n’ont pas le droit de s’adresser directement aux citoyens nord-coréens sauf ceux qui sont désignés par le parti, comme les guides, et éventuellement le chauffeur. Mais le chauffeur ne parle pas notre langue, donc on ne peut pas lui parler.
Il estime que ce serait plus difficile aujourd’hui de se rendre en Corée du Nord, voire impossible vu son roman. Il est temps à présent de découvrir celui-ci.

Le roman est sorti le 22 août 2025, dans beaucoup de librairies, au moins une trentaine au moment où je l’ai interviewé. Nicolas Gaudemet s’est beaucoup documenté non seulement en visionnant des films. Il a d’ailleurs précisé que les élites nord-coréennes étaient férues de cinéma. Il s’est aussi documenté sur la géographie de la Corée du nord, a regardé les cartes, les vues de nuit. C’est d’ailleurs ce qui donne ce côté si réaliste au roman.
Lorsque Yoon Gi doit se plonger dans une rivière froide et sombre pour échapper à ceux qui le poursuivent, on a l’impression de plonger avec lui et de ressentir le même effroi. Nicolas Gaudemet a aussi bien étudié les vêtements. Il décrit les hanboks aux couleurs chatoyantes portés par les femmes quand elles dansent. Il parle aussi des tenues ajustées de Mi Ran son héroïne qui relèvent l’éclat de sa beauté et son teint de porcelaine.
Plantons le décor
Nicolas Gaudemet explique que la capitale est réservée à l’élite. Habiter la capitale n’est pas du tout accessible pour les citoyens nords-coréens. Habiter Pyongyang, c’est le rêve absolu, mais c’est un rêve inaccessible.
Seuls ceux qui ont un Songbun ( 출신성분) donc un classement sociopolitique suffisant qui le peuvent. Le Songbun, est un système nord-coréen qui classe les citoyens en fonction de leur loyauté supposée envers le régime
Par ailleurs, on ne peut pas quitter la ville où on habite, puisqu’il faut un passeport pour passer d’une ville à l’autre.
A l’intérieur de la Corée du Nord, les citoyens sont assignés à une ville, ils peuvent bouger éventuellement pour les études, pour travailler. Ils peuvent être affectés sur des chantiers ailleurs.
C’est le parti qui décide où ils vont. Le parti est dans toutes les villes, le parti n’est pas seulement à Pyongyang. Pour gravir les échelons de cette société nord-coréenne, c’est mieux d’aller dans le parti. Il y a un grand dirigeant et un parti unique. Mais ce n’est pas ouvert à tout le monde.
Et après, il y a l’armée, qui n’est pas la même chose que le parti. Il y a aussi le ministère de la Sécurité de l’Etat ou Ministère de la Sécurité publique. C’est un ministère du gouvernement nord-coréen chargé du maintien de l’ordre public, ce dit Bowibu, est l’agence de police secrète de Corée du Nord.
A Pyongyang, c’est plutôt l’élite, alors que dans les villes de province, c’est plutôt des gens qui sont socio politiquement moins compatibles avec le régime, parce que leurs ancêtres n’ont pas participé à la guérilla anti-japonaise ou parce que leurs ancêtres étaient des bourgeois ou ont collaboré avec les Japonais, par exemple.
Il y a des gens qui ont essayé de s’enfuir de Corée du Nord, ce qui est un crime en soi. Ces gens-là sont plutôt parqués dans des régions un peu plus lointaines.
Nicolas Gaudemet parle un peu dans son roman, de la lignée du Mont Paektu (백두산).
La lignée Kim s’appelle la lignée du Mont Paektu. Le mont Paektu, ou mont Changbai en Chine, est le point culminant de la Corée du Nord, et plus généralement de l’ensemble de la Corée (altitude de 2744 mètres).
En Corée du Nord, nous avons tout à envier à Mi Ran et Yoon Gi

Une tragédie en cinq actes qui se déroule dans une ville qui n’est pas la capitale .
A l’occasion d’une exécution publique, deux jeunes lycéens qui assistent à celle-ci vont faire connaissance pour la première fois, en échangeant un regard qui les pénètre au plus profond de l’âme.
Issus de classes sociales totalement différentes, ils ne pourront plus jamais s’empêcher de penser l’un à l’autre et vont braver tous les dangers et la surveillance permanente de leur “bien-aimé parti “pour se revoir. Comment vont-ils s’y prendre dans un État ou chaque geste et même les pensées sont surveillés.
Les jeunes gens vont devoir surmonter bien des épreuves pour être réunis. Y parviendront t-ils ?
L’interview de Nicolas Gaudemet
Nathalie Fisz : Où se déroule votre roman?
Nicolas Gaudemet : Il se déroule dans le pays le plus singulier du monde. L’intrigue se passe dans une ville de province qui est très surveillée par le parti parce que c’est une ville où il y a beaucoup d’échanges avec la Chine. Elle est située en face de Dandong (ville-préfecture portuaire de l’est de la province du Liaoning dans le nord-est de la Chine.
Nathalie Fisz : L’histoire commence par une rencontre à l’occasion d’une exécution publique.
Nicolas Gaudemet : J’avais besoin d’une scène dramatique pour commencer mon roman, donc j’ai pris cette scène-là.
Nathalie Fisz : Votre roman s’intitule également Roméo et Juliette en Corée du Nord. Quelle adaptation de cette tragédie de William Shakespeare préférez-vous ?
Nicolas Gaudemet : Ma référence principale, c’est la pièce. Parmi les adaptations, c’est surtout Romeo + Juliet de Baz Luhrmann avec Leonardo DiCaprio qui m’a inspiré. (Ce film se déroule à Los Angeles, théâtre de la haine entre la famille Montaigue et Capulet. Roméo interprété par Leonardo DiCaprio tombe amoureux de Juliette interprétée par Claire Danes. Leur passion va s’avérer dangereuse).
Chilseok, un couple céleste séparée par une voie Lactée.
Pour le monde occidental, l’histoire d’amour la plus universelle, c’est Roméo et Juliette. Je me suis aussi inspiré de l’histoire d’amour la plus universelle du monde oriental, du monde asiatique, qui est Le Bouvier et la Tisserande. C’est l’une des quatre grandes légendes du folklore chinois, célébrée chaque année par des centaines de millions de personnes. Au Japon la fête est appelée Tanabata et Chilseok (칠석) en Corée. Je puise dans cette légende pour donner des repères un peu universels. La légende est racontée aux enfants.
J’avais besoin de cette référence pour contrebalancer cette étrangeté, pour que les lecteurs ne soient pas complètement perdus.
Nathalie Fisz : Que vouliez-vous présenter au lecteur ?
Nicolas Gaudemet : Ce qui m’a vraiment intéressé, c’était de me mettre dans la peau de citoyens comme vous et moi. Je me suis dit que j’allais prendre deux lycéens parce que Roméo et Juliette sont deux jeunes gens. Je voulais les situer dans une ville qu’on ne connaît pas. Mon propos était plutôt d’essayer de faire entendre les voix, les bouches qui sont muettes des citoyens de Corée du Nord. Je connais ces visages, parce que je les voyais dans la rue.
On est dans un collectif, dès le titre, et dès les premières pages. Le lecteur est projeté comme un citoyen qui regarde cette histoire qui se déroule devant ses yeux et dont il est partie prenante”.
Nathalie Fisz : Vous vouliez présenter le quotidien de la Corée du Nord.
Nicolas Gaudemet : Mon propos, c’était de faire entendre des voix singulières que personne n’entend jamais, et celles de deux lycéens dans une ville de province.
Moi, ce qui m’a intéressé en Corée du Nord c’est comment on vit au quotidien, comment on va à l’école, qu’est-ce qu’on fait après l’école, où est-ce qu’on dort, comment on se rencontre, comment on s’aime qu’est-ce qu’on mange, qu’est-ce qu’on boit, est-ce qu’on fume, comment se passent les échanges économiques…
C’est tout ça que j’ai exploré dans mon roman.
Nathalie Fisz : L’autocritique et la délation sont fréquentes, et expliquez-nous la pensée inversée.
Nicolas Gaudemet : Les actions, le travail et même les pensées des citoyens nord-coréens sont destinés à servir le parti. On doit sans cesse faire son autocritique. Les agissements allant à l’encontre du parti peuvent être dénoncés. Si Yoon Gi laisse vagabonder son esprit pour penser à Mi Ran et à l’amour qu’il lui porte, il doit pratiquer la pensée inverse et revenir “dans le droit chemin”, celui de la dévotion au parti.
Nathalie Fisz : On entend aujourd’hui parler de dictature dans le monde à tout bout de champ.
Nicolas Gaudemet : Oui, tout le monde parle de dictature pour un oui ou pour un non aujourd’hui. Des gens prétendent qu’on vit en dictature dans le monde occidental. Et donc moi j’ai essayé à la fois de montrer ce qu’est une dictature et comment on y vit. En même temps, dans un monde en fait très terrible et terne, je voulais faire naître une lueur, une petite lueur d’amour.
En conclusion
Procurez-vous ce roman bouleversant ! Vous ne pourrez plus jamais oublier Mi Ran et Yoon Gi, les deux jeunes héros nord-coréens de Nicolas Gaudemet.


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