« L’Hallyu » : la vague coréenne déferle sur la France

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Au cours des deux dernières décennies, un phénomène culturel sans précédent a traversé les frontières pour s’imposer mondialement : l’Hallyu (한류), littéralement « vague coréenne ». Ce terme, forgé par des journalistes chinois à la fin des années 1990, désigne l’ensemble des produits culturels sud-coréens destinés à l’exportation. La France, pays traditionnellement considéré comme exportateur plutôt qu’importateur de culture, n’a pas échappé à cette déferlante qui a progressivement conquis un public croissant. Dans un contexte de mondialisation culturelle où les échanges s’intensifient, l’Hallyu représente un cas d’étude particulièrement intéressant de soft power et de diplomatie culturelle.

Cet article se propose d’analyser l’implantation de l’Hallyu en France, en examinant à la fois les mécanismes politiques et institutionnels qui ont favorisé son développement et les modalités de sa réception par le public français. Il s’agira également de comprendre comment cette vague culturelle s’inscrit dans une stratégie globale de soft power sud-coréen et quels en sont les impacts économiques, culturels et sociaux sur le territoire français.

Genèse et évolution de l’Hallyu : d’une stratégie économique à un phénomène global

presentation Groupe kpop

Naissance d’une stratégie nationale

La naissance de l’Hallyu est intrinsèquement liée à la crise économique asiatique de 1997, qui a profondément affecté l’économie sud-coréenne. Face à cette situation, le gouvernement du président Kim Dae-Jung a identifié les industries culturelles comme un levier stratégique pour relancer l’économie nationale. Cette décision marque un tournant décisif : la culture n’est plus seulement perçue comme un patrimoine à préserver, mais comme une ressource économique à valoriser et à exporter.

Comme le souligne Marion Le Polles dans sa thèse universitaire : « Alors que l’économie coréenne est durement touchée par la crise asiatique de 1997, la Corée du Sud décide de revoir ses ambitions économiques. En 2000, elle définit quatre nouveaux « moteurs de croissance » économique, dont les « industries créatives » » (Le Polles, 2022). Cette politique s’est traduite par des investissements considérables dans les secteurs de la musique, du cinéma, de la télévision et des jeux vidéo.

À ses débuts, l’Hallyu s’est d’abord manifestée par le succès des dramas (séries télévisées) en Asie, notamment en Chine et au Japon. Des séries comme « Sonate d’Hiver » (2002) ont conquis le marché régional avant que le phénomène ne s’étende progressivement à l’échelle mondiale avec l’essor d’Internet et des plateformes de streaming.

L’Hallyu 2.0 : mondialisation et diversification

Depuis les années 2010, l’Hallyu est entrée dans une nouvelle phase qualifiée d’ »Hallyu 2.0 » par les chercheurs. Cette évolution se caractérise par une expansion géographique considérable et une diversification des contenus proposés. Selon Cicchelli et Octobre, « Il s’agit d’une esthétique mondialisée et cosmopolite, qui s’exporte bien au-delà de l’Asie, vers l’Europe, l’Amérique et l’Afrique » (Octobre et Cicchelli, 2022).

L’utilisation intensive des technologies numériques a joué un rôle déterminant dans cette mondialisation. Les plateformes comme YouTube, Netflix ou encore les réseaux sociaux ont facilité l’accès aux contenus coréens, permettant de contourner les circuits traditionnels de distribution culturelle. Des groupes comme BTS ont ainsi pu atteindre un public mondial sans passer par les médias conventionnels.

MAVE, groupe K-pop

Cette deuxième vague se caractérise également par une diversification des produits culturels : aux dramas et à la K-pop se sont ajoutés les films, les webtoons, les jeux vidéo, mais aussi la mode (K-fashion), la cosmétique (K-beauty), la gastronomie (hansik) et même la langue coréenne (hangeul). Comme l’explique Choi Jung Bong, l’Hallyu peut être représentée par un modèle concentrique où « trois cercles peuvent être distingués en fonction de l’importance des produits : au cœur du schéma, un cercle rassemble les contenus dits essentiels parmi lesquels la K-pop et les K-dramas ; un second cercle assemble les contenus semi-essentiels tels que les films et les jeux vidéo ; enfin, le troisième cercle périphérique concentre les produits non-numériques comme la cuisine, la cosmétique, la mode ou le tourisme » (cité par Harzimont, 2023).

Mécanismes institutionnels du soft power coréen en France

Le dispositif institutionnel sud-coréen

Le gouvernement sud-coréen a mis en place un vaste dispositif institutionnel visant à promouvoir sa culture à l’étranger. Au cœur de ce dispositif, on trouve le ministère de la Culture, du Sport et du Tourisme qui coordonne les actions de promotion culturelle. En 2023, son budget s’élevait à 6 740 milliards de wons (environ 4,85 milliards d’euros), en augmentation constante, témoignant de l’importance accordée à ce secteur.

La Korean Foundation for International Cultural Exchange (KOFICE), créée par le ministère, joue un rôle clé dans la diffusion de la culture coréenne à l’international. Elle publie chaque année le Global Hallyu Trends qui mesure l’impact de la vague coréenne dans différents pays, dont la France, et oriente les politiques de promotion culturelle.

En France, le Centre Culturel Coréen de Paris, fondé en 1980, constitue la vitrine principale de cette diplomatie culturelle. Situé au 20 rue La Boétie dans le 8ème arrondissement, il propose des expositions, des cours de langue, des ateliers culturels et organise régulièrement des événements autour de la culture coréenne. Selon Geun Lee (이근), professeur de relations internationales à l’Université nationale de Séoul, « ces institutions sont essentielles face à la multiplication des acteurs de la diplomatie publique (chanteurs, cinéastes, influenceurs…) car elles structurent et forment, sans le formater totalement, le discours et les valeurs transmis par les industries culturelles sud-coréennes » (Lee, 2009).

Les Instituts Roi Sejong, établis depuis 2012, complètent ce dispositif en proposant des cours de langue coréenne. Selon la King Sejong Institute Foundation, on compte aujourd’hui 244 instituts répartis dans 84 pays, dont plusieurs en France. En 2019, pas moins de 380 000 étudiants étrangers ont passé le TOPIK (Test of Proficiency in Korean), témoignant de l’engouement croissant pour l’apprentissage du coréen (Kim, 2022).

La stratégie de soft power au service d’intérêts multidimensionnels

Le concept de soft power, théorisé par Joseph Nye, désigne la capacité d’un État à influencer le comportement d’autres acteurs par l’attraction et la séduction plutôt que par la coercition. La Corée du Sud a parfaitement intégré ce concept dans sa stratégie d’influence mondiale. Comme l’explique Geun Lee : « Le soft power est donc défini en fonction des ressources déployées sur les autres unités (hard ou soft), que le pouvoir soit coercitif ou d’attraction » (Lee, 2009).

Pour la Corée du Sud, cette stratégie répond à des intérêts à la fois économiques, culturels et politiques. Sur le plan économique, l’Hallyu génère des revenus considérables. En 2021, les industries culturelles sud-coréennes ont enregistré un chiffre d’affaires global de 61,230 trillions de wons (environ 44,234 milliards d’euros), dont 4,534 milliards d’euros provenant des exportations (KOFICE, 2021).

Au-delà de ces retombées directes, l’Hallyu produit un effet d’entraînement sur d’autres secteurs économiques. En Europe, 43% des personnes interrogées se disent fortement influencées par l’Hallyu dans leur achat de produits et services coréens (KOFICE, 2022). Cet effet est particulièrement visible dans le tourisme : en 2019, la Corée du Sud a accueilli 17,5 millions de touristes étrangers, contre seulement 4,66 millions en 1999 (Organisation mondiale du tourisme, 2020).

Sur le plan culturel, l’Hallyu participe à la transformation de l’image de la Corée du Sud à l’international. D’un pays industriel méconnu, elle est devenue une nation perçue comme moderne, innovante et culturellement riche. Selon une étude du Service Coréen de la Culture et de l’Information (KOCIS), plus de 80% des personnes interrogées dans 24 pays ont désormais une image positive de la Corée du Sud (Park, 2022).

L’Hallyu en France : réception, impact et spécificités

Enfin, sur le plan politique, cette stratégie de soft power s’inscrit dans le projet « Global Korea » visant à faire de la Corée du Sud un acteur influent sur la scène internationale. Comme l’affirme le Diplomatic White Paper de 2010 : « culture has surfaced as an indispensable element of a nation’s competitiveness and economic resource that produces added value. To keep in pace with this changing global environment, Korea has adopted cultural diplomacy as a new pillar of the country’s diplomatic make up » (Republic of Korea MOFA, 2010).

État des lieux de la vague coréenne en France

L’Hallyu connaît une croissance soutenue en France depuis les années 2010. Selon le Global Hallyu Trends 2022, le « Hallyu Status Index » de la France s’élève à 2,76, tandis que le « Hallyu Sentiment Index » est de 104, ce qui place le pays dans une phase d’expansion similaire à celle observée aux États-Unis ou au Japon. Cet indice croît annuellement de 2,6% (KOFICE, 2022).

La progression est particulièrement impressionnante ces dernières années : en 2020, la France comptait 200 000 membres actifs de communautés liées à l’Hallyu, un chiffre qui a atteint 570 000 en 2021, soit une augmentation de 185% en une seule année (Korea Foundation, 2021). Cette croissance s’explique en partie par le succès phénoménal de productions comme « Parasite » de Bong Joon-ho, qui a remporté la Palme d’Or à Cannes en 2019 et l’Oscar du meilleur film en 2020, ainsi que par le triomphe mondial de la série « Squid Game » sur Netflix en 2021 et par la popularité croissante du groupe BTS.

En termes de consommation, les Français se répartissent en quatre catégories : les consommateurs avides (11%), les consommateurs intensifs (14,8%), les consommateurs expérimentaux (12,5%) et les consommateurs faibles (61,8%). Les contenus les plus populaires sont la musique (36,2% des consommateurs), la cuisine (38,8%) et la beauté (38,7%) (KOFICE, 2022).

Spécificités de la réception française

La France présente un cas d’étude particulièrement intéressant car, comme le soulignent Octobre et Cicchelli, elle relève d’une « affiliation sans filiation » (Octobre et Cicchelli, 2022). Contrairement à d’autres pays asiatiques qui partagent des références culturelles avec la Corée du Sud, la France n’entretient pas de proximité culturelle objective préexistante avec ce pays.

Cette absence de liens historiques forts rend d’autant plus remarquable le succès de l’Hallyu en France. Plusieurs facteurs peuvent l’expliquer. D’abord, comme le suggère Frédéric Boulesteix, la France entretient une longue tradition de curiosité intellectuelle envers l’Extrême-Orient, qui a préparé le terrain à cette réception (Boulesteix, 2015). Ensuite, la « tradition d’ouverture culturelle de la France » et sa politique de rayonnement culturel impliquent une forme de réciprocité avec les autres cultures du monde (Octobre et Cicchelli, 2022).

L’environnement institutionnel français a également joué un rôle. Le Livre blanc des études coréennes en France révèle qu’en 2019, « 19 établissements d’enseignements supérieurs et/ou de recherche proposent des sections en études coréennes ; 12 lycées ont commencé à proposer des cours de coréen aux élèves » (RESCOR, 2019). Cette institutionnalisation académique contribue à légitimer l’intérêt pour la culture coréenne.

Les entretiens menés auprès de consommateurs français de produits culturels coréens révèlent également que cette attirance s’explique souvent par une forme de lassitude vis-à-vis des productions culturelles dominantes, notamment américaines. Comme l’exprime une fan française interrogée par Harzimont : « la culture américaine était devenue tellement mainstream et banale pour nous qu’elle ne créait plus d’évasion culturelle » (Harzimont, 2023). Les contenus sud-coréens apparaissent alors comme une alternative rafraîchissante, caractérisée par « la pudeur, la retenue et la pureté » contrastant avec « le triptyque sexe, drogue et violence » souvent associé aux productions occidentales.

Impact économique, social et culturel en France

L’impact économique de l’Hallyu en France se manifeste de plusieurs façons. D’abord, par la consommation directe de produits culturels : 34,2% des Français déclarent avoir l’intention de payer pour consommer des contenus Hallyu, particulièrement les films (39,3%) et les séries (36,3%) (KOFICE, 2022).

Ensuite, par l’effet d’entraînement sur d’autres secteurs économiques : 41,8% des Français expriment l’intention d’utiliser des produits et services sud-coréens, notamment dans l’alimentation (51%), l’électronique (49,8% pour les smartphones) et le tourisme (64,3% envisagent de visiter la Corée du Sud) (KOFICE, 2022).

Sur le plan social, l’Hallyu a favorisé l’émergence de communautés de fans très actives. Ces communautés, principalement composées de jeunes femmes issues des classes moyennes et populaires vivant en milieu urbain, jouent un rôle important dans la diffusion de la culture coréenne. Elles organisent des événements, partagent des informations et contribuent à la traduction non officielle de contenus coréens.

Sur le plan culturel, l’Hallyu suscite un intérêt croissant pour la langue et la société coréennes. En 2019, la France était le 33e pays d’origine des étudiants étrangers en Corée du Sud, avec un nombre d’étudiants français ayant doublé depuis 2014 (Le Parisien, 2022). Cette ouverture culturelle a également influencé certains secteurs créatifs français, comme la mode, la musique ou la gastronomie, qui s’inspirent de plus en plus des tendances coréennes.

Les mécanismes d’attraction de l’Hallyu auprès du public français

Stratégies narratives et esthétiques des productions coréennes

Le succès de l’Hallyu en France tient en grande partie aux qualités intrinsèques des productions coréennes. Les dramas et films sud-coréens se distinguent par une esthétique soignée, une narration originale et une capacité à mêler les genres. Comme l’explique Benjamin Joinau, « la capacité d’hybridation des produits culturels sud-coréens » constitue l’un des traits distinctifs qui explique leur succès international (Joinau, 2018).

Les productions sud-coréennes parviennent à proposer des contenus à la fois universels et spécifiques. Elles traitent de thèmes universels (amour, famille, lutte des classes) tout en conservant une identité culturelle forte. Cette combinaison est particulièrement visible dans des œuvres comme « Parasite », qui aborde les inégalités sociales d’une manière universellement compréhensible tout en s’ancrant profondément dans la réalité sud-coréenne.

L’esthétique visuelle joue également un rôle crucial. Les productions coréennes se caractérisent par une grande attention portée aux détails visuels, aux couleurs et aux décors. Cette qualité esthétique est particulièrement appréciée en France, pays où la dimension artistique est traditionnellement valorisée.

Construction d’imaginaires et résonances culturelles

L’analyse des entretiens avec des consommateurs français révèle que l’attrait pour la culture coréenne repose souvent sur la construction d’imaginaires spécifiques. Ces imaginaires s’articulent autour de trois représentations principales de la Corée du Sud : celle d’une nation résiliente et moderne, celle d’une société fondée sur le respect, et celle d’une masculinité réinventée, plus douce et émotionnelle.

L’image d’une Corée résiliente, qui a surmonté un passé douloureux pour devenir une puissance économique et culturelle, résonne particulièrement auprès du public français. Comme l’exprime un fan français : « C’est une nation qui a connu des invasions tout au long de son histoire. Malgré tout cela, elle a toujours réussi à s’en sortir et à devenir plus forte » (Harzimont, 2023).

La représentation d’une société fondée sur le respect mutuel et les relations harmonieuses contraste avec la perception d’une société française en crise de valeurs. Les fans français valorisent « le respect envers les autres, le respect envers l’autorité, le respect envers les anciens » qu’ils perçoivent dans les contenus sud-coréens (Harzimont, 2023).

Enfin, la masculinité coréenne, telle qu’elle est représentée notamment dans la K-pop, offre une alternative aux modèles occidentaux. Les « idols » masculins sud-coréens, qui assument leur sensibilité et pratiquent le soin de soi sans remettre en question leur virilité, proposent un modèle qui séduit particulièrement les jeunes femmes françaises. Comme le note Emma, une fan française : « Ils [les hommes] sont très différents de chez nous, car les codes de la masculinité sont différents. Par exemple, il est normal pour eux de se maquiller ou de prendre soin de leur peau » (Harzimont, 2023).

Apports de l’approche numérique à la diffusion de l’Hallyu

L’essor des technologies numériques a joué un rôle crucial dans la diffusion de l’Hallyu en France. Contrairement aux vagues culturelles précédentes, l’Hallyu 2.0 s’appuie massivement sur Internet, les réseaux sociaux et les plateformes de streaming.

Cette dimension numérique favorise une consommation plus directe et personnalisée des contenus coréens. Les fans français peuvent accéder instantanément aux dernières productions sans attendre leur diffusion officielle. Ils peuvent également participer à des communautés virtuelles internationales, partageant leur passion avec des fans du monde entier.

Les réseaux sociaux ont également permis aux artistes coréens d’établir un contact direct avec leurs fans français. Des groupes comme BTS entretiennent une relation particulière avec leur fanbase (appelée ARMY) à travers diverses plateformes comme Twitter, Instagram ou Weverse. Cette proximité virtuelle renforce l’attachement des fans et contribue à fidéliser l’audience.

Enfin, les algorithmes des plateformes de streaming comme Netflix ou YouTube ont favorisé la découverte de contenus coréens par un public français qui n’y était pas initialement exposé. Le succès de « Squid Game » sur Netflix en est l’illustration parfaite : cette série a atteint un public bien plus large que celui des amateurs habituels de productions coréennes.

Défis et perspectives de l’Hallyu en France

Limites et résistances culturelles

Malgré son succès croissant, l’Hallyu fait face à certaines résistances en France. Selon le Global Hallyu Trends 2022, le sentiment anti-Hallyu en France s’élève à 25%, un chiffre en baisse par rapport aux 27,6% de 2019 mais qui reste significatif (KOFICE, 2022).

Ces résistances s’expliquent principalement par trois facteurs : la volonté de protéger l’industrie culturelle nationale (28%), les préoccupations liées à la division coréenne et ses implications géopolitiques (26%), et la perception d’une dimension excessivement commerciale de l’Hallyu (KOFICE, 2022).

La barrière linguistique constitue également un frein, bien que de moins en moins important grâce aux sous-titrages et aux technologies de traduction. Le caractère parfois très codifié des productions coréennes, avec des références culturelles spécifiques, peut aussi entraver leur pleine compréhension par le public français.

Vers une intégration durable dans le paysage culturel français

Malgré ces défis, plusieurs facteurs suggèrent que l’Hallyu pourrait s’implanter durablement dans le paysage culturel français. D’abord, la diversification continue des contenus proposés permet de toucher des publics de plus en plus variés. Au-delà des séries et de la K-pop, le cinéma d’auteur coréen trouve un écho particulier en France, pays cinéphile par excellence.

Ensuite, l’institutionnalisation croissante des études coréennes en France légitime l’intérêt pour cette culture. Comme le note le Livre blanc des études coréennes, « la montée en puissance de la coréanologie au sein du paysage éducatif français » contribue à inscrire l’intérêt pour la Corée dans une démarche académique et non simplement dans une mode passagère (RESCOR, 2019).

Enfin, les industries culturelles françaises et coréennes développent de plus en plus de collaborations. Des coproductions cinématographiques, des échanges artistiques et des festivals conjoints témoignent d’un dialogue culturel qui se renforce et s’institutionnalise.

Implications pour les relations franco-coréennes

L’Hallyu a des implications significatives pour les relations bilatérales entre la France et la Corée du Sud. Sur le plan économique, elle contribue à dynamiser les échanges commerciaux, qui ont progressé de 22% en 2021 pour atteindre 11,4 milliards d’euros (France Diplomatie, 2023).

Sur le plan diplomatique, elle favorise un rapprochement entre les deux pays. La culture constitue désormais un axe majeur de leur coopération, comme en témoignent les nombreux accords signés dans les domaines culturel, audiovisuel et éducatif.

Plus largement, l’Hallyu participe à une reconfiguration des flux culturels mondiaux, traditionnellement dominés par les productions occidentales. Comme le souligne Antoine Bondaz, « la Corée du Sud propose un modèle alternatif de modernité qui trouve un écho particulier en France, pays lui-même attaché à défendre une exception culturelle face à l’hégémonie américaine » (Bondaz, 2022).

Conclusion

L’Hallyu représente un phénomène culturel sans précédent par sa rapidité et son ampleur. En France, pays pourtant éloigné géographiquement et culturellement de la Corée du Sud, cette vague coréenne a progressivement conquis un public croissant, particulièrement chez les jeunes. Ce succès s’explique à la fois par des facteurs structurels (stratégie de soft power sud-coréen, dispositif institutionnel, technologies numériques) et par des facteurs plus subjectifs liés aux qualités intrinsèques des productions coréennes et aux imaginaires qu’elles suscitent.

Comme l’explique Pascal Dayez-Burgeon, « le hallyu est davantage un plaidoyer pour la Corée du Sud qu’une industrie » (Dayez-Burgeon, 2014). Ce plaidoyer a été particulièrement efficace en France, où la culture coréenne est passée en quelques décennies d’un statut d’exotisme lointain à celui de référence culturelle influente.

Au-delà de l’effet de mode, l’implantation durable de l’Hallyu dans le paysage culturel français témoigne d’une reconfiguration plus profonde des flux culturels mondiaux et d’une évolution des modalités de réception culturelle à l’ère numérique. Elle illustre également la capacité des publics français à s’approprier des contenus culturels étrangers et à les réinterpréter selon leurs propres cadres de référence.

Alors que la mondialisation culturelle est souvent perçue comme synonyme d’uniformisation, l’Hallyu démontre au contraire qu’elle peut favoriser l’émergence de nouvelles formes d’hybridité culturelle et de cosmopolitisme. Dans cette perspective, la vague coréenne qui déferle sur la France n’apparaît pas comme une menace pour la diversité culturelle, mais plutôt comme une contribution à son enrichissement.

Bibliographie

  • Bondaz, A. (2022). « France-Korea », in The Routledge Handbook of Europe–Korea Relations, Routledge, New York, pp. 498-515.
  • Boulesteix, F. (2015). La Corée, un Orient Autrement Extrême : un essai de géopoétique, Paris, Atelier des Cahiers.
  • Cicchelli, V. et Octobre, S. (2022). KPOP : Soft power et culture globale, Paris, PUF.
  • Dayez-Burgeon, P. (2014). Les Coréens, Paris, Tallandier.
  • Harzimont, G. (2023). « Le hallyu à la conquête du monde : le cas de la France », Mémoire en science politique, Université de Liège.
  • Joinau, B. (2018). « Aux origines de la vague sud-coréenne : le cinéma sud-coréen comme soft power », in Pouvoirs, vol. 167, n° 4, pp. 107-120.
  • Kim, S.J. (2022). « Korean Language Overseas », in Lim S. et Alsford K. (dir.), Routledge Handbook of Contemporary South Korea, New York, Routledge, pp. 361-382.
  • KOFICE (2021). Hallyu White paper 2021, Séoul, KOFICE.
  • KOFICE (2022). 2022 Global Hallyu Trends, Séoul.
  • Korea Foundation (2021). 2021 Analysis of Global Hallyu Status, [en ligne], consulté le 14 mars 2023.
  • Le Parisien (2022). « « Hallyu » : les étudiants français attirés par la vague sud-coréenne », 17 mai 2022.
  • Le Polles, M. (2022). « La Hallyu : un outil de soft power sud-coréen », Mémoire de Master 2, Université Rennes 2.
  • Lee, G. (2009). « A theory of soft power and Korea’s soft power strategy », in Korean Journal of Defense Analysis, vol. 21, pp. 205-219.
  • Park, H.R. (2022). « Sondage : 80,5 % des étrangers ont une image positive de la Corée », in Korea.net, [en ligne], consulté le 7 mars 2023.
  • Republic of Korea MOFA (2010). 2010 Diplomatic White Paper, Séoul.
  • RESCOR (2019). Livre blanc des études coréennes en France, Paris, Rescor.


Une réponse à “« L’Hallyu » : la vague coréenne déferle sur la France”
  1. […] On retrouve ainsi ce phénomène sur les réseaux sociaux, les grands médias et jusqu’aux institutions, créant une dynamique d’échanges et d’ouverture particulièrement propice dans la capitale. Pour approfondir ce sujet, consultez le dossier très complet de Planète Corée. […]

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