La fin de l’un des conflits les plus sanglants du XXème siècle, c’était il y a soixante-six ans aujourd’hui. Le 27 juillet 1953, l’armistice a été signé à Panmunjeom (판문점) et la ligne de démarcation entre deux Corées a été tracée. Trump l’a d’ailleurs traversée, acte jusque-là inédit pour un président américain.
La guerre de Corée (1950-1953), comme la majorité des conflits politiques, pose beaucoup de questions et suscite plusieurs controverses. Des polémiques houleuses se poursuivent également autour de la guerre du Viêt-Nam (1955-1975), la guerre d’Afghanistan (1979-1989), la guerre de Bosnie-Herzégovine (1992-1995) et bien sûr autour de la Seconde Guerre mondiale (1939-1945). Toutefois, la connaissance du contexte historique local permet de mieux comprendre la situation, malgré toute sa complexité.

ill. 1. Une fille avec son frère, le 6 septembre 1951, Haengju (행주). L’une des photos archivées les plus connues de la guerre de Corée.

L’histoire qui précède

La guerre de Corée s’inscrit dans la série des calamités qui ont durablement accablé ce pays au XXème siècle. D’abord, l’Occupation japonaise jusqu’à la fin de la Seconde Guerre mondiale (1910-1945) et la violence infligée aux Coréennes transformées en « femmes de réconfort » , les émeutes opposant les communistes et les représentants d’autres fractions dans les années 1940, et finalement la guerre de Corée (1950-1953) avec son bilan tragique, notamment la séparation permanente. Le peuple coréen, déjà décimé, humilié et désespéré, dut faire face à une nouvelle situation dramatique.

En 1905, l’empire coréen (qui succéda sous ce nom en 1897 à l’ancien royaume coréen), appelé aussi « l’empire de Daehan [대한제국]», devint un protectorat japonais. Cinq ans plus tard, il fut incorporé par le Japon et la dynastie Joseon (조선) prit fin après six siècles de règne.
Par contrecoup, l’Occupation japonaise éveilla chez les Coréens un esprit national très fort. Parler et écrire en coréen, pratiquer les traditions locales, mais aussi utiliser de nouvelles formes d’expression comme la presse moderne ou le théâtre occidental, tout cela constitua l’identité culturelle coréenne. De plus, le 1er mars 1919, fut
organisée une manifestation populaire contre les Japonais, appelée historiquement le Mouvement du 1er Mars 1919 . On pourrait dire que ce fut un vrai « printemps des peuples » pour la Corée.

ill. 2. La manifestation du 1er mars 1919, Séoul

Le cours de la guerre

Le 25 juin 1950 les troupes nord-coréennes, soutenues par les Soviétiques, envahirent la Corée du Sud. Trois jours plus tard, Séoul fut conquis. Tout de suite, le Conseil de sécurité des Nations unies (ONU) décida d’intervenir, même si l’URSS boycottait les réunions. En conséquence, le 15 septembre les Américains débarquèrent à Incheon (인천).
En octobre 1950, les armées de la coalition internationale arrivèrent à la frontière chinoise. Ensuite, à partir du printemps 1951 jusqu’à la fin de la guerre, les combats se concentrèrent au milieu de la péninsule.

Le 27 juillet 1953 l’armistice fut signé. Les combats prirent fin, mais les deux pays demeurèrent en état de guerre durant les décennies suivantes. C’est seulement cette année que Kim Jong-un et Moon Jae-in ont prévu de signer le traité de paix.
Le bilan du conflit est le suivant : environ 4 millions de civils morts, des milliers de familles séparées et des dommages matériels s’élevant à près de 50 milliards de dollars à l’époque. Et la dignité humaine qui est inestimable…

Dans la culture

L’art et la culture ne demeurent jamais indifférents aux événements. Comme des sismographes, ils enregistrent chaque angoisse ou tension sociale et cela permet d’obtenir l’image d’un problème sous ses multiples facettes.
« En un mot, la guerre rend fou. Non seulement elle massacre le passé, mais
elle ne laisse pas non plus de place à l’avenir et elle ne permet même pas de vivre le présent », dit Ko Un (고은, né 1933), poète coréen et victime de la guerre de Corée
(Le zen est comme une famille lointaine de la poésie, entretien avec Ko Un, Arnaud
Vaulerin, Libération le 13 octobre 2017
, 12.07.2019). Il souligne que « les combats ont ravagé les paysages, détruisant même des montagnes entières. Ces ruines sont restées intactes pendant plusieurs années ». Sa poésie « est originaire de cette ruine » (ibidem). Dans l’anthologie de ses poèmes, La première personne est triste (2013), on retrouve ces touches douloureuses des scènes de crime.

ill. 4. Une fille avec un tank, Injoo Whang (황인주), 2005, tissu, fil et
encre 90 x 27 pouces

En avril 2011, l’exposition intitulée « The (Unending) Korean War (La
guerre de Corée [permanente]) »
(http://unendingkoreanwar.org), consacrée à ce conflit civil, a été présentée à l’Université de New-York. L’une des oeuvres exposées était un tissu par Injoo Whang (황인주, Hwang Inju). Il fait référence à la photo connue de la fille devant le tank (voir : ill. 1). Les petits morceaux de tissu rassemblés dans une seule composition, peuvent symboliser le pays et son peuple, « reconstruits » après les combats et portant des blessures visibles de leur souffrance.

Il n’y a pas que les artistes coréens à représenter la guerre de Corée. Pablo Picasso (1881-1973) a peint en 1951 un tableau sous le titre Massacre en Corée (aujourd’hui, conservé au Musée de Picasso à Paris). Son objection à la violence militaire est exprimée sur la toile de Guernica (1937) où il montre autant les atrocités de la guerre civile espagnole (1936-1939) que la cruauté de
la guerre dans une dimension universelle. L’aspect intemporel de son oeuvre est souligné aussi par la corrélation avec le motif culturel du massacre des innocents.

Massacre en Corée (1951) 60 x 115 cm / 23.6 x 45.3in $340 $220 Orig size 109 x 209 cm / 42.91 x 82.3in.

Réflexions

Dans ce genre de circonstances, on se demande toujours : « pourquoi ? ».
Cela aurait pu se passer différemment, on aurait dû faire autrement, etc. On pose cette question et on cherche des réponses pour rationaliser quelque chose qui dépasse l’entendement.
Mais la guerre est-elle vraiment rationnelle ou compréhensible moralement ?
La violence à grande échelle dépasse toute rationalité et il n’existe aucune
justification pour cela. Selon un proverbe, il faudrait dire : « si tu as commencé une guerre, tu as déjà perdu et tu es perdu ».

Les illustrations :
 ill. 1. Une fille avec son frère, le 6 septembre 1951, Haengju (행주). L’une des photos archivées les plus connues de la guerre de Corée.
https://www.archives.gov/research/military/korean-war, 25.07.2019


ill. 2. La manifestation du 1er mars 1919, Séoul
https://en.wikipedia.org/wiki/March_1st_Movement#/media/File: 三一运动.jpg,
25.07.2019


 ill. 3. La carte : le cours de la guerre
https://www.lhistoire.fr/carte/la-guerre-de-corée-1950-1953, 25.07.2019


 ill. 4. Une fille avec un tank, Injoo Whang (황인주), 2005, tissu et fil, 90 x 27
pouces
https://apjjf.org/-Ramsay-Liem/3235/article.html, 25.07.2019


 ill. 5. Massacre en Corée, Pablo Picasso, 1951, huile sur contreplaqué, 110 x
210 cm, Musée de Picasso à Paris
https://en.wikipedia.org/wiki/Massacre_in_Korea#/media/File:Picasso_Massac
re_in_Korea.jpg
25.07.2019

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