Divinités coréennes

L’univers divin fascine depuis toujours. Que ce soit en Europe, en Afrique, en Asie, en Amérique du Nord ou du Sud, en Australie ou encore ailleurs, les concepts et les représentations iconographiques des déités, changèrent selon les époques et les traditions locales. Et que ce soient juste des personnages imaginaires, ils portent des informations importantes relativement aux cultures qu’ils représentent. La Corée n’y fait pas exception.

Origine

On trouve quatre religions ou systèmes philosophiques à l’origine des divinités coréennes :

  • chamanisme coréen : c’est une religion autochtone sur la péninsule de Corée. En coréen, il porte le nom mugyo (무교; hanja : 巫敎), soit musoksinang (무속신앙; 巫俗信仰), soit musok (무속; 巫俗). Il est fondé sur la croyance à l’univers spirituel qui est accessible uniquement à travers un chaman ou une chamane.
  • bouddhisme : c’est une religion ou une philosophie (la définition peut changer conformément à la théorie appliquée) venue de la Chine (cependant, l’histoire de la princesse indienne Heo Hwang-ok [허황옥] reste toujours un mystère et pose des questions…) au IVème siècle avant notre ère. Elle apporta une nouvelle vision métaphysique ainsi que des nouveaux cultes.
  • confucianisme : c’est plutôt une philosophie qu’une religion ou qu’un système de croyances complexe car sa métaphysique est peu développée en comparaison avec le chamanisme ou le bouddhisme (pour autant, cela dépend de la théorie appliquée, semblablement au cas du bouddhisme).
  • taoïsme : c’est une forme intermédiaire entre une philosphie et une religion ou un autre système de croyances. Il est basé sur le concept du Dao (chinois traditionnel et simplifié : 道 dào).

La culture spirituelle coréenne est donc une fusion des éléments natifs et chinois variés ce qui constitue son caractère syncrétique. C’est aussi l’une des raisons pour lesquelles il est impossible de séparer les déités « purement » chamaniques de celles bouddhiques ou encore celles venant de la religion traditionnelle chinoise (chinois traditionnel : 中國民間信仰 ; simplifié : 中国民间信仰 Zhōngguó mínjiān xìnyǎng).

Il existe également le cheondoïsme (천도교 ; 天道教 cheondogyo), « religion de la voie céleste », née et développée à la base du donghak (동학 ; hanja : 東學), doctrine sociale, philosphique et religieuse coréenne de la fin du XIXème siècle. Néanmoins, elle reste toujours enracinée dans les traditions locales.

Déités ou esprits ?

Le caractère syncrétique et « fluide » des croyances coréennes influence aussi la classification des dieux et d’autres êtres divins. Il advient que les déités sont considérées comme des esprits et à l’inverse. Cette distinction alors, si essentielle pour les religions monothéistes, ne joue pas un rôle important en Corée. De fait, c’est l’un des éléments caractéristiques des systèmes polythéistes, présents dans tous les pays confucéens.

Au panthéon coréen

« Une fluidité » pareille s’applique au nombre et au sexe. Certaines divinités apparaissent au singulier et au pluriel, comme une femme ou un homme, par exemple Sansin (산신 ; 山神). Il a une représentation singulière en tant que le dieu ou l’esprit des montagnes, et une plurielle en tant que tous les dieux des montagnes, féminins  et masculins, rassemblés à son nom. À noter que la langue coreénne, analogiquement que le chinois et le japonais, ne distingue pas le nombre grammatical (il existe une particule 들 deul qui permet gramaticalement de créer le pluriel mais elle est utilisée plutôt pour souligner un grand nombre des éléments ; son usage n’est pas obligatoire car le nombre est calculable d’après le contexte, les numéraux et le classificateur ; le genre grammatical n’existe non plus). C’est un bon exemple comment la langue et la culture s’influencent réciproquement et comment l’une forme l’autre.

Sansin | 산신

En Corée, le culte des montagnes et des divinités attribuées à ces endroits est une conséquence naturelle de la situation géographique. Et le concept de cinq montagnes sacrées chinois (chinois traditionnel :五嶽 ; chinois simplifié : 五岳 wǔyuè) fut adapté au context coréen sous le nom d’oak (오악 ; 五嶽) :

  • 1. Le mont Tomhan (토한산 ; 吐含山 Tomhansan) – le mont de l’est
  • 2. Le mont Gyerong (계룡산 ; 鷄龍山 Gyerongsan) – le mont de l’ouest
  • 3. Le mont Jiri (지리산 ; 智異山 Jirisan) – le mont du sud
  • 4. Le mont Taebaek (태백산 ; 太白山 Taebaeksan) – le mont du nord
  • 5. Le mont Palgong (팔공산 ; 八公山 Palgongsan) – le mont du centre.

Comme indiqué précédemment, Sansin est le dieu ou les dieux des montagnes relativement aux préférences des chamans et des croyants. Traditionnellement, il est un vieillard à longue barbe blanche, accompagné par le tigre et présenté dans le paysage montagnard. Il tient un bâton ou un éventail où le deuxième provoque le vent et permet de communiquer avec les gens.

Il est dit aussi que chaque montagne peut avoir « son propre sansin ». Même l’âme d’une personne morte peut devenir un dieu ou en esprit de la montagne. C’est pourquoi le mot sansin fonctionne comme un nom propre ainsi qu’un nom du type de déité vivant dans une montagne précise.

L’un des temples les plus connus dédiés à Sansin est Jeondeungsa (전등사 삼성각 Jeongdeungsa samseonggak) à Incheon. C’est un temple bouddhiste où les divinités variées sont adorées.

ill. 3. Jeondeungsa, temple de Sasin à Incheon

Samsin Halmoni | 삼신할머니

Il est dit que Samsin Halmoni (삼신할머니 ; 三神할머니 ; littéralement « trois grand-mères divines ») est une déesse-protectrice de l’humanité, envoyée sur terre par Haneullim (하늘님 ou 천신 ; 天神 Cheonsin). Elle est aussi une déesse de l’accouchement et des enfants jusqu’à l’âge de cinq ans. D’habitude, c’est une ou trois femme(s) plus âgée(s), accompagnée(s) par des petits enfants. Il advient qu’elle est identifiée avec Jeseok (제석 ; 帝释), dieu de la naissance.

Dans une de nouvelle série sud-coréenne, Lovers of the Red Sky (홍천기 Hong Cheongi, 2021), la déesse est réinterprétée : Samsin Halmoni sauve Hong Cheongi (홍천기) le jour de sa naissance et lie son destin avec celui de Haram (하람). Elle essaie aussi de libérer le peuple du démon Mawang (마왕).

ill. 6. Samsin Halmoni dans la série Lovers of the Red Sky (2021)

Roi-dragon | 용왕

Yongwang (용왕 ; 龍王) est le Roi-dragon ou Cinq Rois-dragons, issu(s) de la version ésotérique du taoïsme chinois, parmi lesquels Cheongnyong (청룡 ; 靑龍) – Dragon bleu et l’un de quatre gardiens de la Corée. Yongwang est le souverain de toutes les mers et il vit dans le château sous-marin. De temps en temps, il représente également les divinités chthoniennes, c’est-à-dire infernales ou souterraines. Il a aussi des belles filles qui apparaissent dans les légendes comme des déesses marines.

ill. 7. Une représentation traditonnelle du Roi-dragon

Il existe un rituel particulier, Yongwang maji (용왕맞이 ; 龍王맞이), qui vient de l’île de Jeju et qui est dédié au Roi-dragon. Il s’agit de payer ses respects au roi ainsi que de prier pour les âmes de ceux qui ont été morts en mer. Lors de la cérémonie, « un fantoche » qui s’appelle mechimejang (메치메장) est offert.

ill. 8. Le rituel Yongwang maji, village rituel de la Côte est (동해안 별신굿 Donghaean byeolsingut), Busan

Mago | 마고

Mago (마고 ; 麻姑) ou Mago Halmi (마고할미 ; 麻姑할미 ; littéralement « mamie Mago ») est une déesse ou fée immortelle d’origine chinoise, équivalent coréen de Magu (麻姑 Mágū). Elle est identifiée aussi avec Samsin Halmoni ou d’autres déesses-protectrices.

ill. 9. Le monument de Mago Halmi sur le mont Jiri (지리산 ; 智異山 Jirisan)

Dans la fameuse série Hotel del Luna (호텔 델루나 Hotel delluna, 2019), on trouve plusieurs incarnations de Mago qui est responsable de la « pénitence » de Jang Man-wol (장만월).

ill. 10. Six incarnations de Mago dans la série Hotel del Luna (2019)

Chilseong | 칠성

Chilseong (칠성 ; 七星 ; littéralement « sept étoiles ») est une divinité astrale, liée à la constellation Bukduchilseong (북두칠성 ; 北斗七星 ; aujourd’hui, connue sous le nom de la Grande Casserole ou le Grand Chariot), issue du taoïsme et ensuite, incorporée dans les croyances coréennes. Il apparaît aussi dans un mythe chamanique sous le titre Chilseongpuri (칠성풀이 ; 七星解) qui explique précisément la naissance de sept étoiles divines. Il est détermine le destin humain et parfois, il devient un dieu-protecteur. Dans le contexte bouddhiste, il fait référence aux bodhisattvas.

ill. 11. Une représentation traditonnelle de Chilseong, version masculine

Illustrations

  • Image liminaire : Une partie de la graphique contemporaine qui présente Samsin Halmoni.
  • ill. 1. Une représentation traditonnelle de Sansin
  • ill. 2. Une représentation traditonnelle de Sansin avec le tigre blanc qui garantit la protection.
  • ill. 3. Jeondeungsa, temple de Sasin à Incheon
  • ill. 4. Une représentation traditionnelle Samsin Halmoni en tant que trois femmes
  • ill. 5. Une graphique contemporaine qui présente Samsin Halmoni.
  • ill. 6. Samsin Halmoni dans la série Lovers of the Red Sky (2021)
  • ill. 7. Une représentation traditonnelle du Roi-dragon
  • ill. 8. Le rituel Yongwang maji, village rituel de la Côte est (동해안 별신굿 Donghaean byeolsingut), Busan
  • ill. 9. Le monument de Mago Halmi sur le mont Jiri (지리산 ; 智異山 Jirisan)
  • ill. 10. Six incarnations de Mago dans la série Hotel del Luna (2019)
  • ill. 11. Une représentation traditonnelle de Chilseong, version masculine

Née en 1993, Polonaise. Diplômée d'une licence en cultures d'Extrême-Orient (Université Jagellon de Cracovie - Pologne, 2012-2015) et d'un master en Arts Libéraux (Université de Varsovie - Pologne, 2016-2018). Étudiante en master à la Faculté des Études Asiatiques à l'Université Jagellon de Cracovie depuis 2021. Fascinée par la civilisation confucéenne et par les interactions interculturelles. Collaboratrice avec Planète Corée depuis 2018.

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