Le développement économique de la Corée de l’après-guerre

Récemment, je me suis aperçu que je vous ai déjà parlé de l’économie de la connaissance par la Corée du Sud, du miracle economique coréen, et même de la montée extraordinaire pour l’économie sud-coréenne du géant Samsung. Et plein d’autres sujets passionnants, mais je n’ai pas encore fait de liens entre tous ces sujets-là. Je n’ai pas non plus abordé comment le pays a développé son industrie au fil du temps, grâce à un système éducatif fort.

Innover ou mourir

La Corée du Sud n’a pas le choix, pour elle c’est innover ou mourir. Cette notion est à inscrire dans le fait que le Pays du Matin Clair n’a pas de matières premières, si ce n’est d’un peu de fer dans le sud du pays. Pourtant, aujourd’hui la richesse et sa production sont essentiellement indexées sur des matières premières, issues de leurs extractions.

Malgré le grand manque de ressource et face aux nouvelles dispositions prises dû à la guerre en Ukraine, le pays exporte 20% de plus que la Russie chaque année. Cependant, la Russie a trois fois plus d’habitants avec le territoire 171 fois plus grand. La Corée du Sud est à peu près l’équivalent de trois départements français.

Les origines du développement économique coréen

C’est à la suite de la guerre. Les États-Unis et l’ONU ont intensifié leur soutien économique et militaire à la Corée du Sud. En conséquence, une marche forcée a émergé vers le développement économique du pays. 

L’inflation et le chômage créent une économie peine à se redresser. Un retard important du développement des PME, et de lourdes industrie stagne. Nombres de pénuries font surface. À partir de 1957, la Corée du Sud commencera à se redresser économiquement, entre autres grâce aux aides américaines.

Pourtant, entre 1945 et 1961 l’aide américaine représente 8% du PNB, 64% des investissements et 70% des importations américaines. Même si la reconstruction du pays est amorcée juste après l’armistice de juillet 1953, la persistance de l’inflation et de la spéculation s’accompagnent d’une aggravation du déficit tant commercial que budgétaire.

Un tournant stratégique pour l’économie et la réindustrialisation du pays, la politique de substitution aux importations est mise en place par le gouvernement. Cette stratégie va être à l’origine du développement économique coréen. La stratégie de l’industrialisation par substitution aux importations consiste à sortir de la dépendance aux importations de biens transformés en les produisant dans le pays. Cette stratégie s’est avérée essentielle pour le redressement économique dans la durée. Sans cette politique, la Corée du Sud n’aurait pas pu réaliser des sous-traitances d’entreprises étrangères ni même retrouver du savoir-faire au sein de ses travailleurs.

Les domaines impactés par cette stratégie sont très divers, par exemple la pêche, l’industrie cotonnière, ou encore la métallurgie. Une organisation patronale et de gros prêts aux entreprises accompagnent cette politique.

Soigner les relations avec le Japon

Le gouvernement coréen et le délégué de la FOA, Tyler Wood, vont imposer en 1953 un plan de reconstruction économique. Son but est de rétablir des relations économiques et commerciales avec le Japon. Plan qui intervient quelques années après la guerre de Corée, et relativement peu de temps après la période de l’occupation japonaise. De bonnes relations sont entretenues entre 1953 et 1955.

Rupture diplomatique forte

À partir de 1955, une rupture diplomatique forte survient du côté coréen. Rupture dans le contexte du retour au pouvoir des responsables politiques japonais qui ont considérablement été impliqués lors de la guerre de Corée, comme Kishi Nobusuke (岸 信介 1896-1987).

Une situation économique très fragile

Par ailleurs, la situation économique demeure très fragile : la crise économique, politique et sociale sont des éléments qui montent avec précipitation la chute du régime de Syngman Rhee (이승만 I Seung-man, 1875-1965). Il est considéré comme étant le premier président de la République de Corée.

Coup d’État militaire

Le 16 mai 1961, le coup d’État militaire du général Park Chung-hee (박정희 Bak Jeong-heui, 1917-1979) offre l’ouverture d’une nouvelle période. Park Chung-hee va purger les institutions qui sont très corrompues et il va devenir président du Conseil suprême pour la reconstruction nationale en juillet 1961.

Son régime aura pour fondation le rapprochement avec les États-Unis. Et comme aux États-Unis l’anticommunisme devient un élément important des nouvelles politiques, la crainte vient de l’autre côté du 38e parallèle. Toujours une forte angoisse d’une nouvelle attaque du pays frère. Un militarisme patriotique, semblable à celui au Japon dans les années 1930, est alors fermement présent.

Le développement économique coréen a des origines plus ou moins sombres. Avant l’essor économique et la grande richesse d’aujourd’hui, le pays a développé sa stratégie d’économie de la connaissance en la glissant entre le développement économique lié à une industrie, et le développement économique lié au secteur de la recherche, et du développement.

Park Chung-hee, une dictature du développement

À partir de Park Chung-hee, le pays va être aménagé, et subir des mesures économiques, qui vont favoriser un développement accéléré des chaebol (재벌 jaebeol) coréens. Parmi les plus connus, Samsung, suivi de Hyundai Motor Group, LG Group (appelé Lucky-Goldstar lors de sa création en 1947 jusqu’en 1995), Groupe SK, Hanwha, GS Group, Lotte, ou encore Daewoo.

La réussite économique du Pays du Matin Calme est très souvent associée aujourd’hui au succès des grands groupes sud-coréens : des chaebol, des conglomérats multi-diversifiés et multi-compétents. Nés pour la plupart des cas dans les années 1960, ils se sont organisés sur le même modèle que celui des zaibatsu (財閥) et keiretsu japonais (系列). Un développement entrepreneurial, très bien vu par le gouvernement et les pouvoirs publics sous Syngman Rhee, mais surtout sous Park Chung-hee, et les généraux qui ont suivi. Maintenant, ils sont considérés comme étant à l’origine du développement économique coréen, et comme ayant permis la sortie de crise du pays.

Du transfert de technologie

KTX Coréen technologie transféré par la france a la Corée du sud.
KTX coréen, technologie transférée par la France à la Corée du Sud

Le TGV a été vendu en 1994 à la Corée du Sud par l’entreprise française Alstom. À l’époque, le contrat s’élevait à 12 milliards de francs (1,8 milliard d’euros). Il avait été remporté face aux concurrents comme Siemens et Mitsubishi. Lors du transfert de cette technologie, de très sérieuses exigences en matière de transferts de technologies ont été souhaitées. Avec 46 rames vendues par la France, 34 ont été fabriquées en Corée du Sud :

Il s’agissait d’un transfert en matière de fabrication, et non pas d’ingénierie. L’idée, c’était d’apprendre progressivement aux Coréens à fabriquer eux-mêmes un TGV. Le matériel roulant, la signalisation ainsi que les caténaires ont été concernés par ce transfert. 

précise Marc Châtelard, directeur du projet entre 2000 et 2004

Par le biais de ces transferts, la Corée du Sud a progressivement fait remonter son taux de savoir-faire, et d’ouvriers qualifiés. Une forte industrie et un bon savoir faire sont nés. Année après année, cela remontait son PIB et par conséquent, son économie nationale.

Cependant, il arrive un moment où le transfert de technologie ne suffit plus, et la recherche et le développement de nouvelles technologies deviennent essentiels, voire nécessaires pour continuer son progrès, et passer de pays en voie de développement au pays développé avec une économie stable et convenable.

À partir des années 2000, la Corée du Sud dépend de plus en plus des investissements étrangers, et en 2006 la croissance s’accélère.

Le PNB progresse de 4,9%. Malgré les difficultés du président Roh Moo-hyun (노무현 No Mu-hyeon, 1946-2009), le pays bénéficie des performances des chaebol à l’exportation qui sont de 12,9% pour les exportations nationales. Cela va permettre à la Corée du Sud de se hisser au onzième rang des exportateurs mondiaux. Ces progressions ont été bénéfiques partout et ont déclenché également une progression du won par rapport au dollar.

Le système d’éducation, et création d’un ministère

En 1948, il est créé un ministère sous le nom de ministère du Commerce de la Première République. Par la suite, en 1993 il va fusionner avec le ministère de l’Énergie qui a été, quant à lui, créé en 1977.

L’une des plus grandes prises de conscience du Pays du Matin Calme se produit en 2008 où un nouveau ministère est né, le seul au monde de ce genre. En 2008, la Corée du Sud a créé le ministère de l’Économie de la connaissance et du savoir. Ce dernier a fusionné en 2013 avec le ministère de l’Industrie et du commerce. 

À partir de 2008, pour la Corée du Sud une nouvelle stratégie va émerger. La prise de conscience qu’un bien immatériel peut être vendu à un prix supérieur qu’un bien matériel va grandement intéresser le gouvernement coréen.

Quelques explications s’imposent pour comprendre la stratégie mise en place par le pays. Tout d’abord, quand vous achetez un smartphone, un bien électronique, il vaut beaucoup plus cher que ces matières premières prises séparément ; il vaut également beaucoup plus cher que les composants pris séparément. La différence entre le prix d’achat et le prix des composants pris séparément, c’est le prix de l’immatériel, le prix de la recherche, du développement investit dans le produit, le prix de la connaissance et du savoir qui a été développé grâce à la création de ce produit. Ils ont changé leur territoire de forage économique.

Alors jusqu’à récemment, la Corée mène cette stratégie basée sur la connaissance et le développement des cerveaux de son pays, quelque peu au détriment de désintérêt que pouvaient porter les travailleurs ou les étudiants pour leur domaine d’étude. Le rythme de la scolarité sud-coréenne est extrêmement soutenu, mais parfois il peut mener vers le suicide à cause des exigences trop élevées. 

Une nouvelle stratégie d’aujourd’hui

Les origines du développement économique coréen étaient rudes au commencement. Aujourd’hui, une nouvelle stratégie émerge. Depuis les années 2010, le gouvernement sud-coréen essaie de la développer tant bien que mal : quand le ministère de l’Économie et de la connaissance, où le gouvernement veut faire de la robotique, une grande cause nationale, et susciter des vocations et des intérêts dans ce domaine, il ne va pas mettre en place de nouveaux programmes scolaires ou de nouveaux manuels scolaires.

Dans un article L’économie de la connaissance par la Corée du Sud, nous vous avons présenté un parc d’atractions nommé Robotland. Sur le même principe, la Corée a remis l’expérience avec un nouveau parc à thèmes, Expo Science Park. Il a été créé pour la Daejeon Expo qui a eu lieu du 7 août jusuq’au 7 novembre 1993, et ​​était la deuxième exposition approuvée par l’Organisation mondiale de l’exposition, tenue dans un pays en développement. Aujourd’hui, le parc a été conservé et sert à semer le curiosité pour les sciences : apprendre de petites choses ainsi que rendre concrets et palpables des éléments scientifiques et historiques.

Sources

étudiant en design graphique et design industriel, passionné par la Corée sur toutes ses formes. et nous vous faisons découvrir ce pays merveilleux et sa culture chaque semaine.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.