Voici le deuxième article de notre trilogie Les modèles culturels dans la culture coréenne traditionnelle et moderne de la perspective jungienne. Dans cette partie, nous allons présenter les modèles féminins dans la culture coréenne traditionnelle et leur interaction avec les modèles masculins

ill. SEQ Ill. \* ARABIC 1. Les amoureux au clair de la lune, Hyewon / Shin Yun-bok (혜원 / 신윤복, 1758-1813)
ill.  SEQ Ill. \* ARABIC 1. Les amoureux au clair de la lune, Hyewon / Shin Yun-bok (혜원 / 신윤복, 1758-1813)

Les archétypes jungiens

Les modèles masculins, présentés dans l’article précédent, ont été analysés de la perspective de douze archétypes de personnalité. Dans le cas des modèles féminins, il faut appliquer d’autres catégories méthodologiques car le statut social des femmes fut différent dans l’ancienne Corée. Bien que les lois et les restrictions entre les époques des Trois Royaumes (I siècle av. notre ère – V siècle de notre ère), de Silla unifié (668-918), de la dynastie Goryeo (918-1392) et de la dynastie Joseon (1392-1910) ne soient pas toutes pareilles, certaine inégalité sexuelle exista depuis longtemps dans l’histoire coréenne. De plus, c’est la politique dans la période de Joseon qui a remarquablement influencé la culture coréenne et en conséquence a dominé l’image de l’ancienne Corée.

Pour analyser les modèles féminins, nous avons utilisé quatre archétypes féminins principaux dans la philosophie jungienne :

  • La Grande Mère Cosmique : c’est une vision d’une mère universelle et éternelle, « la donatrice de vie », appelée aussi « Déesse mère », « Grande Déesse » ou « déesse primordiale » dans le sens anthropologique. Cet archétype évoque l’importance de la fértilité et de la maternité qui se trouvent au centre des cultes primitifs depuis la préhistoire. Le potentiel de donner la vie est une qualité unique et une capacité essentielle pour préserver la nature et son rythme. Dans la mythologie grecque, c’est Gaya qui répresente La Grande Mère Cosmique. Son équivalent coréen est La Grand-Mère Magohalmi (마고할미), la créatrice de toute la terre.
  • la mère : c’est une version terrestre de La Grande Mère Cosmique. Elle a besoin de prendre soin de ses enfants et de son homme, considéré comme « un père nourricier » de toute la famille.
  • la Hétaïre : c’est une femme inspiratrice qui a besoin de contact permanent avec un homme, surtout dans une sphère érotique. Elle est sensuelle et elle expose sa féminité d’une façon très visible pour attirer les mâles. On pourrait dire qu’elle fonctionne aussi comme une incarnation de l’Anima, l’élément féminin dans la subconscience de l’homme où se trouvent des fantasmes sur une amoureuse parfaite.
  • l’Amazone : c’est une femme très puissante physiquement et psychiquement. Elle refuse souvent d’avoir une relation intime et affectueuse avec un homme qu’elle perçoit comme une oppression, donc elle est l’opposée de la Hétaïre. Elle expose l’Animus, l’élément masculin présent dans sa subconscience.
  • la médiatrice : c’est une femme avec une bonne intuition, mystique, magique qui sait communiquer avec les fantômes et d’autres êtres ou puissances spirituelles. Elle correspond partiellement avec le magicien dans les modèles masculins.

Dans les modèles féminins présentés ci-dessous, ce sont uniquement la reine et la mère qui doivent respecter la piété filiale (en coréen : 효 hyo ; hanja : 孝). Les femmes suivaient une règle « bonne fille – bonne épouse – bonne mère », de même que les hommes restaient obligée par celle de « bon fils – bon époux – bon père ».

La reine – La Grande Mère Cosmique

La reine réalise symboliquement l’archétype de La Grande Mère Cosmique. Elle accompagne son époux royal en tant que mère de son peuple, et elle aide à garder l’harmonie sur la terre. Le roi a une position supérieure et il reprend son rôle de la donatrice de vie. Un personnage historique qui réalise l’archétype de la Grande Mère Cosmique d’une façon plus compléte, est Shin Saim-dang (신사임당, 1504-1551) – Eojin Eomeoni (어진 어머니), ceci dit la « Mère Sage ».

 Il y a aussi un personnage légendaire Ungnyeo (웅녀 ; hanja : 熊女 où 熊 signifie « ours » et 女 signifie « femme »), une ourse qui fut devenue une femme et donna naissance à la nation coréenne.

ill. 4. Portrait contemporain de la reine Min / l’impératrice Myeongseong (명성 황후, 1851-1895), Kwon O-Chang (권오창)
ill. 4. Portrait contemporain de la reine Min / l’impératrice Myeongseong (명성 황후, 1851-1895), Kwon O-Chang (권오창)

Épouse et concubine – la mère

Devenir une épouse ou une concubine est inséparable d’un rôle maternel. Ce fut un seule modèle et archétype à réaliser pour la majorité des Coréennes à l’époque. La femme suit son mari et elle est préoccupée de donner la naissance à un fils pour assurer la continuité familiale des générations suivantes. Elle soutient son époux, étant toujours prête de l’aider ou même sacrifier quelque chose pour lui.

ill. 5. Les mariés Shin Chae-kyung (신채경) et Prince Lee Yeok (이역) dans le drama Queen for Seven Days
ill. 5. Les mariés Shin Chae-kyung (신채경) et Prince Lee Yeok (이역) dans le drama Queen for Seven Days (7일의 왕비 7 Ileui Wangbi, 2017 ; en français : La reine pour sept jours)

Courtisane – la Hétaïre

La gisaeng (기생), courtisane coréene, réalise l’archétype de la Hétaïre. Elle existe pour satisfaire les besoins des hommes, principalement sexuels, mais aussi pour les amuser et les détendre. Elle leur donne ce qu’ils ne peuvent pas reçevoir ni de leurs épouses, ni de leurs concubines à cause d’un code moral très strict. Grâce à la élle, l’Anima reste tranquille et plus ou moins stabile. La gisaeng est une amoureuse parfaite des fantasmes masculins.

ill. 6. La courtisane avec un homme, Kim Hong-do (김홍도), XIX siècle
ill. 6. La courtisane avec un homme, Kim Hong-do (김홍도), XIX siècle

Chamaine – la médiatrice

La chamaine, appelée mudang (무당), est une liaison entre les mondes matériel et spirituel. Elle fonctionne hors la loi dans certain sens ce qui lui donne plus de liberté et d’indépendance. Elle s’occupe souvent des présages ou d’autres formes de prévoyance. Elle danse, chante ensorcele ou envoûte la réalité, et elle étudie les lois de l’univers toute sa vie.

ill. 7. La chamaine qui célèbre le rituel gut (굿),
ill. 7. La chamaine qui célèbre le rituel gut (굿), Hyewon / Shin Yun-bok (혜원 / 신윤복 1758-1813)

Nonne bouddhiste – entre l’Amazone et la médiatrice

La nonne bouddhiste, biguni (비구니), est un équivalent féminin du moine-magicien. Elle réalise partiellement l’archétype de l’Amazone (elle décide de vivre sans homme et de ne pas avoir aucune relations intimes avec lui) et de la médiatrice (elle choisit la vie au temple pour méditer et approfondir sa spiritualité).Un exemple intéressant de l’Amazone, mais moins nombreux et présent dans une seule région en Corée, sont les haenyeo (해녀), plongeuses en apnée professionnelles de l’île de Jeju.

ill. 8. La bonzesse salue une gisaeng, Hyewon / Shin Yun-bok
ill. 8. La bonzesse salue une gisaeng, Hyewon / Shin Yun-bok (혜원 / 신윤복), après 1805

Les interactions entre l’Anima et l’Animus

Les interactions entre l’Anima et l’Animus, éléments féminin et masculin qui se trouvent dans l’esprit du sexe opposé, mène à la complicité absolue entre une femme et un homme. Ce sont des phénomènes naturels pour la psychique et le corps humains, animés par le libido en tant que l’une des formes d’élan vital. Dans la culture coréenne traditionnelle où les relations sociales, sexuelles les incluses, furent réglées par une stricte moralité néo-confucéenne, la féminité et la masculinité ne pouvaient pas être réalisées en fonction des leurs archétypes ce qui provoquaient des problèmes et des tensions temporaires.

ill. 9. Le modèle chinois taiji (太極) avec yin (음 ; hanja : 陰) et yang (양 ; hanja : 陽), deux éléments complémentaires qui expriment l’anima et l’animus, et leurs interactions mutuelles.
ill. 10. Taeguk (태극), version coréenne de taiji

Les illustrations :

  • Image liminaire : La mère avec ses enfants, Shin Han-pyeong (신한평, 1726-?)

https://www.dramasrok.com/2016/01/paintings-shin-yun-bok/, 3.07.2020

  • ill. 1. Les amoureux au clair de la lune, Hyewon / Shin Yun-bok (혜원 / 신윤복, 1758-1813)

https://en.wikipedia.org/wiki/Sin_Yun-bok#/media/File:Hyewon-Wolha.jeongin-3.jpg, 3.07.2020

  • ill. 2. Vénus de Willendorf, Paléolithique supérieur, 22 000–24 000 av. notre ère

http://www.uvm.edu/~iwd/?Page=ww.html, 3.07.2020

  • ill. 3. La statue de la Grand-Mère Magohalmi (마고할미) au sommet de la montagne Jirisan (지리산), Corée du Sud

https://kr.brainworld.com/Opinion/14794, 3.07.2020

  • ill. 4. Portrait contemporain de la reine Min / l’impératrice Myeongseong (명성 황후, 1851-1895), Kwon O-Chang (권오창)
  • ill. 5. Les mariés Shin Chae-kyung (신채경) et Prince Lee Yeok (이역) dans le drama Queen for Seven Days (7일의 왕비 7 Ileui Wangbi, 2017 ; en français : La reine pour sept jours)

https://che-cheh.com/entertainment/queen-for-seven-days-korean-drama/, 3.07.2020

  • ill. 6. La courtisane avec un homme, Kim Hong-do (김홍도), XIX siècle

http://www.koreaherald.com/view.php?ud=20130106000220, 3.07.2020

  • ill. 7. La chamaine qui célèbre le rituel gut (굿), Hyewon / Shin Yun-bok (혜원 / 신윤복 1758-1813)

https://www.ancient.eu/image/6015/korean-mudang-or-female-shaman/, 3.07.2020

  • ill. 8. La nonne bouddhiste salue une gisaeng, Hyewon / Shin Yun-bok (혜원 / 신윤복), après 1805

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/a/aa/Hyewon-Iseung.yeonggi-2.jpg, 3.07.2020

  • ill. 9. Le modèle chinois taiji (太極) avec yin (음 ; hanja : 陰) et yang (양 ; hanja : 陽), deux éléments complémentaires qui expriment l’anima et l’animus, et leurs interactions mutuelles.

http://www.philo5.com/Les%20philosophes%20Textes/Jung_ConceptsJungiens.htm, 3.07.2020

  • ill. 10. Taeguk (태극), version coréenne de taiji

https://en.wikipedia.org/wiki/Taegeuk#/media/File:Taegeuk.svg, 4.07.2020

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