L’histoire du roi Sejong le Grand

Revenons sur l’histoire du roi Sejong, aussi connu sous le nom de Sejong le Grand (세종대왕 ; 世宗大王). Il est le quatrième roi de la dynastie des Yi de la période de Joseon (조선 ; 朝鮮, 1392-1910). Ce roi a particulièrement marqué l’histoire de la Corée de par sa politique sociale, économique, mais aussi par sa personnalité et ses inventions. On considère son règne comme l’apogée de la dynastie.

Il est considéré par beaucoup comme le plus grand roi de l’histoire de la Corée. Aussi, il est réputé pour son admiration et son respect de la vie humaine. Il instaura de nombreuses politiques civiles et sociales dans le but d’améliorer le bien-être de son peuple. Il favorisa également de grandes avancées dans les domaines de la science, de la technologie, et surtout de la linguistique puisqu’il est à l’origine de la création de l’alphabet coréen. Au cours de cet article, nous reviendrons sur sa vie, ses inventions, et sur l’empreinte importante qu’il a laissé.

Avant la période de Joseon

Commençons par une petite mise en contexte. Avant la dynastie de Joseon, c’est la dynastie de Goryeo (고려 ; 高麗, 918-1392) qui régnait sur le royaume. Les dernières années de cette dynastie étaient rythmées par la corruption des classes dirigeantes, une rébellion de l’armée, des invasions répétées des puissances étrangères

Dans ce contexte, l’amiral Yi Song-gye (이성계, 1335-1408) émerge comme une personnage central. Il est né sous le nom de 李成桂. On le prononce Ni Syeng kyey (니셩계) en ancien coréen, et Yi Seong-gye en coréen moderne. Il a participé à chasser les mongols du royaume de Goryeo et il a également vaincu les japonais. Alors que la dynastie de Goryeo traversait une période difficile, Yi Song-gye décide de s’emparer du pouvoir en 1392. Il provoque un coup d’Etat et monte sur le trône le 16 juin. Il prend le titre de roi Taejo (태조 ; 太祖). Ainsi, il marque la fin du royaume de Goryeo et le début de la nouvelle dynastie des Yi : la période de Joseon.

Ce basculement de la dynastie de Goryeo à la dynastie de Joseon amena avec lui des changements importants sur la vie sociale, la politique, l’économie et de l’idéologie du pouvoir. Aussi, durant cette période, le royaume était fortement influencé et admiratif de la Chine. Par exemple, le néo-confucianisme (religion/philosophie chinoise) devint la religion/philosophie officielle de l’ordre politique et social de la période Joseon. Un des effets directs de ce basculement de la religion d’Etat s’observe par exemple dans les rituels aux ancêtres dynastiques du sanctuaire de Jongmyo.

Vie du roi Sejong

Le Roi Sejong est né le 15 mai 1397 dans le quartier de Chunsu (춘수) de la capitale Hanyang[1] (한양 ; 漢陽, aujourd’hui Séoul). Son nom à la naissance était Yi Do (이도 – 李裪). Il est le troisième fils du troisième roi de la dynastie Joseon, le roi Taejong (태종 ; 太宗, 1367-1422) et de la reine Wongyeong (원경, 1365-1420). Vers l’âge de 12 ans, il prend le titre de prince Chungnyeong (충녕대군, 忠寧大君). Au même moment, il est promis en mariage à la fille aînée d’un clan. Plus tard, elle prend le titre de reine Soheon (소헌왕후 심씨, 1395 –1446) et resta à ses côtés jusqu’à sa mort.

En juin 1418, il est proclamé roi héritier car ses frères aînés se désistèrent en sa faveur et se retirèrent au monastère. Le 18 septembre 1418, à l’âge de 21 ans, il accède au trône et devient ainsi le quatrième roi de la dynastie des Yi de la période de Joseon. La confusion politique et sociale due au changement récent de dynastie avait à peu près disparus. Cependant, cette période était cruciale car l’identité et la réussite de la nouvelle dynastie de Joseon était encore à faire.

tombe du roi sejong, Yeongneung yeoju
ill.2 Tombe du roi Sejong, 2020. © 문화재청

Le roi Sejong eu plusieurs problèmes de santé. Il meurt du diabète le 18 mai 1450 à l’âge de 53 ans. Sa dépouille royale repose dans le tombeau appelé Yeongneung (영릉; 英陵). Il fut construit après la mort de la reine Soheon en 1446 et le roi Sejong y construisit un second emplacement pour être enterré à ses côtés à sa mort. A l’origine, ce tombeau était située à Seogang dans la province de Gwangju (광주). Cependant, les tombes furent plus tard déplacées car selon la géomantique, l’emplacement d’origine n’était pas propice. Aujourd’hui, les tombes du roi Sejong et de sa reine se trouvent à Yeoju (여주) à plusieurs kilomètres au sud-est de Séoul.

Sa succession fut difficile. C’est d’abord son fils aîné Munjong (문종 ; 文宗, 1414-1452) qui lui succède. Cependant, il décède deux ans plus tard. En 1452, à l’âge de 11 ans, le fils de Munjong qui s’appelle Danjong (이홍위; 李弘暐, 1441- 1457) devient donc roi. Ce jeune garçon n’eut pas un règne très long. En effet, Sejo (조선 세조 ; 朝鮮世祖, 1417-1468), le second fils de Sejong et l’oncle de Danjong provoque un coup d’Etat en 1455 et monte sur le trône. Il fera par la suite exiler et tuer son neveu Danjong en 1457 (il avait 16 ans) ainsi que d’autres membres de la dynastie pour s’assurer de garder le pouvoir.

Un roi pas comme les autres

A une époque où les roi étaient divinisés, Sejong lui établit la notion de « peuple du ciel ». Il considérait chacun comme étant d’origine céleste. Il considérait tous les peuples comme divins et ne souhaitais pas se placer au dessus d’eux.

Pour lui, chacun avait le potentiel de se transformer, de s’élever culturellement et spirituellement. Il considérait que son seul rôle était de se mettre au service de son peuple et de son pays. Pour lui, son succès en tant que souverain se mesurait par le bonheur de son peuple. Par exemple, le Sillok[2] (실록, Annales royales de la dynastie de Joseon), permet de donner un aperçu clair de la dévotion de ce roi envers son peuple. Suivant les principes néo-confucianistes, le roi était humaniste. Il s’inquiétait lorsque le peuple souffrait, il mettais tout en œuvre pour tenter de subvenir à leurs besoins…

Selon les écrits anciens, il était dévoué envers ses ancêtres, il était dévoué en tant que père, il faisait preuve de compassion, de frugalité, de pardon et d’amour envers son peuple. Même lorsqu’il était souffrant, le roi ne souhaita jamais profiter de sa position pour se soigner et privilégiait le peuple.

Les grandes réalisations de Sejong le Grand

Les réformes menées par le roi Sejong sont très nombreuses, et furent réalisées en très peu de temps (moins de 35 ans). Dans l’histoire, c’est un achèvement rarement observé. Entre 1400 et 1450, parmi les plus grandes réalisations scientifiques dans le monde, 29 venaient de Corée, 5 venaient de Chine et 26 venaient du reste du monde. Cela permet notamment de remettre en question l’idée communément partagée d’un occident originaire de toute invention. Par ailleurs, dans tous ses projets, Sejong le grand visait la perfection et fit le nécessaire pour parvenir à ses fins.

Pour chaque réalisation, le roi Sejong aimait publier des manuels, des ouvrages permettant de répandre le plus de connaissances sur un sujet précis : histoire, culture, médecine, agriculture, musique, langue, impôts… Il bouleversa et améliora la quasi-totalité des domaines. Ainsi, il permis au royaume de Joseon de considérablement évoluer sur les domaines de la science, des droits humains, de la culture générale… Toutes les inventions furent développées dans son palais. Il était très souvent accompagné de l’inventeur Jang Yeong-sil (장영실 ; 蔣英實). Revenons maintenant sur les inventions les plus ingénieuses.

La passion pour les études

Le roi Sejong était passionné par les études depuis sa tendre enfance. Lorsqu’il accéda au trône, il commença à recevoir des enseignements plus importants durant des conférences de lettrés que l’on appelle kyong-yon (켱연). Il apprit notamment à lire et à commenter les classiques confucéens. On estime qu’au cour de son règne, il assista à près de 2000 séances.

En 1420, il fit évoluer cette institution et créa le Jiphyeonjeon (집현전 ; 集賢殿, chambre des sages). Cette chambre d’élite qui se trouve au sein du palais royal de Gyeongbokgung (경복궁, 景福宮) avait comme objectif de renforcer le règne de Sejong en menant des activité des recherche. Ils avaient également un rôle consultatif envers le roi. C’est Sejong lui-même qui sélectionnait directement les lettrés une fois que ces derniers avaient passé avec succès l’examen d’Etat. Le roi les soutenait largement puisqu’il considérait qu’ils étaient indispensables pour le bien être du royaume.

Leurs devoirs étaient variés. En plus de la préparation des conférences du kyong-yon, ils avaient des devoirs académiques (étude de livres, recherche, publication d’ouvrages) et politiques (conseillers). Durant le règne de Sejong le Grand, on publia 80 nouveaux livres et plusieurs centaines de pamphlets et de rapports sur divers sujets : géographie, philosophie, droit, musique, linguistique, astronomie, médecine, agriculture… Le roi Sejong souhaitait rendre la connaissance accessible. Ainsi, les travaux de cette chambre des sages pour la recherche constituent un héritage important inégalé.

Création de l’alphabet hangeul

Le hangeul (한글 ; 諺文) est l’appellation de l’alphabet coréen. Il fut créé au XVe siècle par le roi Sejong le Grand et un groupe de lettrés. Son utilisation sera réellement démocratisée qu’à partir de la fin du XIXe siècle et durant l’occupation japonaise. Le hangeul est très souvent présenté comme l’un des système d’écritures les mieux conçu et adapté du monde. Il est le seul alphabet qui ne tire pas ses origines de langues anciennes, mais qui a simplement été conçu pour la langue coréenne. Il constitue la plus grande invention du roi Sejong, et notamment celle pour laquelle il est le plus connu aujourd’hui.

Le hangeul fut créé en 1443 et sont usage fut proclamé le 9 octobre 1446. Il est accompagné du manuel Hunmin Chongmun (훈민정음 ; 訓民正音, les sons corrects pour l’instruction du peuple). Ce manuel explique en détail l’utilisation de ce nouvel alphabet. D’ailleurs, pour fêter la publication du manuel, le 9 octobre a été désigné comme jour du hangeul par le gouvernement sud-coréen. En Corée du Nord, la fête s’appelle Joseongul (조선글) et est célébrée le 15 janvier.

Avant la création du hangeul, les Coréens utilisaient les idéogrammes chinois. Cependant, les sons des idéogrammes et les formes des phrases étaient différentes de celles de la langue coréenne. De ce fait, il était très difficile pour les Coréens d’écrire en utilisant les idéogrammes chinois. C’est le roi Sejong lui-même qui proposa dans ce manuel cet alphabet adapté à la langue coréenne. Contrairement à ce qui est dit aujourd’hui, l’objectif de Sejong n’était pas d’alphabétiser le peuple. Il voulait simplement améliorer l’efficacité de son administration puisque les notables locaux n’avaient pas les fonds ni le temps d’étudier les caractères chinois. Il était aussi beaucoup plus simple avec le hangeul de faire imprimer des informations et de les transmettre qu’avec le chinois, composé de milliers de caractères.

« Les sons de notre langue sont bien différents de ceux utilisés en Chine et ne s’accommode par des idéogrammes chinois. Ainsi, nombreux sont ceux parmi le peuple qui voudraient exprimer quelques sentiments par l’écriture et qui en sont incapables. Tout ceci m’attriste beaucoup. C’est pourquoi j’ai conçu vingt-huit nouvelles lettres. Que chacun les essaye à sa guise et les adopte dans sa vie ordinaire. »

Roi Sejong, Préface du Hunmin Chongmun

Cependant, le roi Sejong fit face à de nombreuses oppositions et censures de la cour. En effet, ces lettrés craignaient que cet alphabet simplifié soit trop accessible, trop barbare. Pour eux, cela était dangereux pour le pouvoir et irrespectueux envers la Chine. Selon eux, cet alphabet n’était pas assez digne, pas assez complexe, trop vulgaire. Il ne faut pas oublier que la Chine était idéalisée. Il n’était donc pas concevable de remplacer les caractères chinois.

Malgré cela, Sejong défendit son invention toute sa vie. Le système d’écriture chinois continua tout de même à être utilisé par l’aristocratie et dans l’administration jusqu’au XXe siècle. Mais le hangeul devint rapidement très populaire chez les chefs de villages, les commerçants, les artisans, les nobles déclassés et les femmes à qui on ne laissait pas étudier les caractères chinois. Il permis l’essor d’une littérature populaire et d’une littérature féminine. Aujourd’hui, soit cinq siècles plus tard, le hangeul est utilisé partout en Corée. Sa valeur est reconnue à travers le monde par les linguistes eux-mêmes.

Réformes politiques et sociales

Pour Sejong le Grand, la loi était un moyen de protéger le peuple. Tout d’abord, il continua la politique de son père sur le plan religieux. L’orientation de la dynastie était pro-confucéenne et plutôt anti-bouddhique. L’objectif était de supprimer la puissance économique des monastères bouddhiques acquise durant la dynastie de Goryeo. Le nombre de monastère bouddhique passa de 242 en 1406 à 36 en 1424. L’Etat récupéra leurs terres et leurs esclaves. Les écoles bouddhiques furent réduites de 11 à 2 écoles.

De plus, il réforma le système des impôts (cela lui prit 26 ans). Il réforma le système législatif (17 ans). A chaque fois, il veillait à la réaction des gens pour chaque nouvelle loi. Il ne souhaitait pas que les loi nuisent au bien être ou à la tranquillité de chacun. Un passage du Sillok démontre bien la pensée de Sejong :

« La loi la meilleure est une loi ancienne. Mais même quand une loi est très ancienne, si le peuple ne l’aime pas, elle doit être abrogée. Quand on promulgue une loi, on ne doit pas d’abord penser à soi-même, mais au bien public. Si chaque homme promulguait les lois pour son propre bénéfice, la corruption s’étendrait dans tout le peuple. »

Sejong Sillok

De plus, il considérait que le peuple avait lui aussi le droit de connaître et de comprendre les lois, de pouvoir faire appel… de faire valoir ses droits tout simplement. Selon lui, il était injuste de profiter de leur ignorance pour les punir lorsqu’ils désobéissaient à une loi (qu’ils ne connaissaient pas).

Il accorda aussi de nombreux droits. Par exemple, il accorda aux femmes fonctionnaires un congé maternité de 30 jours avant la naissance de l’enfant et de 100 jours après la naissance. Le père également pouvait obtenir un congé de 30 jours après la naissance de l’enfant. Aussi, Sejong le grand prenait en considération les droits des prisonniers et réforma le système de justice criminelle. Par exemple, il donna plus de force à la procédure d’appel, il régula le système des peines, il allégea les amendes pour les classes pauvres…

Contribution de Sejong dans les sciences médicales

Durant le règne du roi Sejong, la médecine coréenne fit un réel bon en avant. Jusqu’alors, la Corée était plutôt en retard par rapport à ses voisins. Lorsque Sejong arriva au pouvoir, il soutint largement les recherches médicales. Il soutint notamment l’examen post mortem des cadavres, en particulier en cas d’homicide. Ce type d’examen était inexistant en Corée avant le règne de Sejong.

Entre autre, il entreprit la publication d’un ouvrage sur la médecine coréenne. Afin de préparer cet ouvrage, il décida d’envoyer des chercheurs dans divers pays étrangers afin qu’ils étudient les plus célèbrent traités écrits de chaque région/pays sur les plantes médicinales.

Ainsi, en 1433 parait le Hyangyak Chipsongbang (향약제생집성방 ; 鄕藥齊生集成方, Grande collection d’ordonnances de médicaments originaires de Corée). Cet ouvrage répertorie 703 substances médicinales dont 377 plantes, 109 minéraux et 220 d’origine animale. De plus, on y retrouve le traitement de 959 maladies. Il tient lui même ses sources d’autres livres médicaux coréens ou de documents médicaux chinois. Généralement, on retrouve pour chaque maladie une description des symptômes, le traitement adéquat, le texte original d’où provient l’information, les régions et la saisons auxquelles on peut obtenir les substances médicinales. Un autre exemple : en 1445, il fit publier une encyclopédie de médecine de 365 volumes. Elle s’appelle Uibang Yuchwi (위방유취, collection classée d’ordonnances médicales). Sur le même principe, elle regroupe des traitements de maladies, ses sources, les méthodes de préparations…

Technologie de l’imprimerie

Le roi Sejong participa également aux technologies de l’imprimerie. En Corée, dès le VIIIe siècle on imprimait en utilisant un système de gravure à l’aide blocs de bois (xylographie). Ensuite, dès 1234, on utilisa des caractères mobiles métalliques que l’on appelle Jikji (직지 ; 直指). Cette technique constitue la première forme de l’impression moderne, soit 200 ans avant « l’invention de l’imprimerie » que l’on attribue souvent à Joannes Gutenberg (1400-1468). Cependant, les méthodes d’impressions étaient encore longue, puisque l’imprimeur devait souvent remettre les caractères en place au cour de l’impression. Face à la demande grandissante de textes et de variété, le roi Sejong souhaitait améliorer la typographie pour produire plus d’ouvrages.

Après une longue période de recherche, ils décidèrent de changer le support typographique, passant de la cire à une plaque en cuivre. Le procédé s’avéra plus rapide mais aussi plus économique. Il est dit que le rendement de copie étant d’environ 100 par jour, soit une amélioration cinq fois supérieure. Le roi Sejong décida même de créer des caractères plus gros afin de permettre aux personnes âgées de lire.

On conserva tout de même l’ancienne techniques d’impression xylographique pour les ouvrages à plus gros tirage. Sous le règne de Sejong, 114 ouvrages furent publiés avec la technique des caractères métalliques, et 194 furent publiés avec la technique d’impression xylographique.

Les inventions du roi Sejong dans le domaine de l’astronomie

Durant le règne du roi Sejong, on s’intéressa amplement aux études sur l’astronomie. Dans un premier temps, c’est parce que Sejong souhaitait déterminer la latitude de la capitale du royaume. Les appareils déjà existant, souvent chinois, ne permettaient pas une précision satisfaisante. Ces recherches menèrent à la construction d’un observatoire au sein du palais royal en 1434. A l’époque, c’était le second plus grand observatoire d’Asie. Il s’intéressait aussi à l’observation réelle du ciel. De ce fait, il envoya à plusieurs reprises des érudits sur les hauteurs montagneuses du royaume afin d’observer les mouvements du ciel, les éclipses etc. Dans ce sens, il fut révolutionnaire puisque cette initiative était unique. Aucun autre monarque de la période de Joseon ne fit cela.

On construisit aussi des cadrans solaires. Le plus célèbre est le cadran Angbu ilgu (앙부일구 ; 仰釜日晷). Cet instrument est unique en Corée. On peut remarquer qu’il est construit en une hémisphère convexe (un peu comme un chaudron). A l’intérieur, il y a des lignes qui permettent de mesurer l’heure, le jour et les 24 divisions solaires selon le système des mesures coréennes. On retrouve aussi un gnomon, fixé sur l’une des face de l’instrument. Il permet d’indiquer l’heure grâce à son ombre portée.

Un autre appareil très connu de cette période en Corée est l’horloge à eau. Elle fut inventée en 1434. Son créateur s’appelle Chang Yon-Sil (장영실 ; 蔣英實). Le système particulier de l’instrument permet d’annoncer le temps avec un système de cymbales et de tambours.

Le développement de l’agriculture

Le roi Sejong joua aussi un rôle important dans l’agriculture. Il améliora considérablement les rendements agricoles. La réforme agraire et la redistribution des biens des plus riches favorisèrent l’accès à la terre et l’intensification de la production agricole. Cependant, les rendements agricoles n’augmentaient pas suffisamment car les techniques étaient rustres et les agriculteurs ne connaissaient pas bien leurs terres. Il décida donc qu’il était tant de moderniser les techniques et de former les paysans pour encourager ce changement dans la production agraire.

Il explique les techniques agricoles dans le Nongsa jikseol (농사직설 ; 農事直說, le Guide pratique d’agriculture). Ce manuel fut publié en 1429 et était à l’intention des gouverneurs et chefs de village. On y retrouve des conseils sur les engrais à utiliser, sur les types de sols, sur les façon de labourer le sol afin d’obtenir plus de rendements… L’ouvrage permis de diffuser les méthodes et connaissances nécessaires afin que les rendements deviennent plus importants et plus qualitatifs.

Enfin, avec l’intensification de la culture des terres, le roi Sejong voulu déterminer les quantités de pluies qui tombaient dans chaque région. Il existait déjà des méthodes pour mesurer les quantités d’eau, mais elles étaient imprécises. En 1441, le roi et l’inventeur Jang Yeong-sil inventèrent le pluviomètre. Ce fut une révolution dans l’histoire de la météorologie. C’est le premier instrument au monde apte à mesurer les niveaux de chute de pluie de façon aussi précise, soit deux siècles avant l’invention du pluviomètre par Benedetto Castelli.

La hausse de la production agricole s’accompagna d’une hausse démographique importante. Durant le règne de Taejo, on estimait la population à 5 millions d’habitants. Sous le règne de Sejong, elle double presque et atteint 9 à 10 millions d’habitants. La Corée pouvait enfin se suffire à elle-même pour se nourrir.

La passion du roi Sejong pour la musique

Sejong le Grand était un fervent amateur du musique. Il souhaitait promouvoir la musique dans son pays. Avec Pak Yon (박연), l’un des musiciens les plus talentueux à l’époque, ils composeront beaucoup d’œuvres musicales. Elles deviendront les plus importantes du XVIe siècle en Corée. Il compose notamment les pièces musicales qui accompagneront les rituels dynastiques au sanctuaire de Jongmyo (종묘 ; 宗廟). Au total, les deux amis composèrent une centaines de morceaux. Beaucoup de ces œuvres musicales étaient jouées durant des grands spectacles ou encore au sein de la cour. Ensembles, ils améliorèrent une cinquantaine d’instruments et en créèrent 9. La Corée pu ainsi se distinguer puisqu’elle possédait désormais un orchestre coréen complet pour ses fêtes coréennes. Elle n’avait plus besoin d’interpréter des musiques étrangères (de Chine par exemple) avec des instruments importés.

le système du chongganbo inventé par sejong le grand période de Joseon, système de notation musicale musique
ill.8 le système du Chonggando. © Diamond Sutra recitation group

Enfin, il créa une toute nouvelle méthode de notation de la musique. Cette méthode porte le nom de chonggando (정간보). En effet, à l’époque il n’existait pas de système permettant d’inscrire le timbre et la longueur d’une note. Alors, le roi Sejong décida de créer le chonggando, un système de notation musicale. Il se compose de cellules carrées au sein desquelles on inscrit le nom de la note. Par exemple, si la note est inscrite dans deux cases consécutives, elle était longue (donc jouée plus longtemps). Grâce à ce système écrit, de nombreuses œuvres musicales de l’époque ont pu être conservées et jouées en Corée durant des siècles. On retrouve le système du chonggando d’origine dans le Sejong Sillok. Il est d’ailleurs toujours largement utilisé en Corée en parallèle avec notre système de notation musicale occidental.

La politique étrangère

Sur le plan diplomatique, le roi Sejong fut une force pour le royaume de Joseon. Il perpétua l’alliance avec la Chine qui considérait la Corée comme une sœur cadette. La relation entre les deux royaumes peut s’expliquer du fait qu’ils étaient confucéens. Le roi Sejong échangea beaucoup avec la Chine sur le plan scientifique, commercial et diplomatique. Cela lui permit notamment de fixer une bonne fois pour toute la frontière nord du royaume. En 1434, après une série de campagnes militaires, la Corée sécurisa les terres au nord au niveau des fleuves de l’Amnok (압록강) et du Duman (두만강). Aujourd’hui encore, ces deux fleuves marquent la frontière entre la Chine et la Corée du Nord.

Sur les côtes sud du pays, les attaques des pirates japonais étaient particulièrement récurrentes. Avant Sejong, le roi Taejo avait lancé une expédition punitive en 1389. Sejong en fit de même en 1419. Il réussit à s’emparer de l’île de Tsushima (対馬) appelée Daemado (대마도) en coréen. C’était la base arrière de ces pirates japonais. Sejong décida que les échanges avec le Japon serait exclusivement au monopole de l’Etat. Même si cela signifiait qu’ils seraient moins importants, ils seraient malgré tout mieux protégés. Il signa un accord en 1443 avec le seigneur de l’île. Grâce à cette expédition, les côtes du royaume furent pacifiées durant un siècle.

Aujourd’hui : le roi Sejong

ill.9 Reproduction d’un billet de 10 000 Wons sud-coréens avec l’image de Sejong le grand

Le roi Sejong a laissé une empreinte importante en Corée. Bien sûr, nous pensons d’abord aux diverses inventions des domaines agricoles, astronomiques, linguistiques… Il a largement participé au développement scientifique, culturel et intellectuel de son royaume. Pour lui rendre hommage, la Corée du Sud a donné son nom ou mis son image sur plusieurs biens officiels. Par exemple, sur les billets de 10 000 wons (environ 7 euros, le titre de paiement le plus courant) on retrouve le portrait de Sejong le Grand. Ensuite, plusieurs lieux portent son nom. On retrouve notamment la nouvelle capitale administrative du pays qui porte le nom de Sejong, l’avenue Sejong (세종로, avenue principale de la capitale sud-coréenne), le centre Sejong des arts vivants, l’université Sejong et enfin l’astéroïde (7365) Sejong.

Bien évidemment, plusieurs séries, films et jeux vidéos racontent la vie du roi Sejong. La première affiche ci-dessus est celle de la série sud-coréenne Dae Wang Sejong (대왕 세종 ; 大王世宗). Elle raconte la vie du roi Sejong et de ses sujets. La série se compose de 86 épisodes d’une durée d’environ 50 minutes. Elle fut diffusée sur KBS1 et KBS2 entre le 5 janvier et le 16 novembre 2008.

On suit le règne glorieux de Sejong le grand, la création du hangeul, des relations avec la Chine etc. La seconde affiche est celle du film sud-coréen The King’s Letters (나랏말싸미). Ce film historique dure une heure et cinquante minutes. Il raconte l’histoire de l’invention du hangeul par le roi Sejong et ses sujets. En effet, ces personnages importants sont souvent oubliés dans les récits historiques.

On retrouve aussi I am the King (나는 왕이로소이다, 2012) qui raconte les trois mois précédant son ascension au trône. Il y a aussi un film qui raconte son amitié avec l’inventeur Jang Yeong-sil. Il est sorti en 2019 et s’intitule Forbidden Dream (천문: 하늘에 묻는다). De plus, dans les jeux Civilization V et Civilization VI, le roi Sejong est un personnage que l’on peut choisir pour jouer.

Le règne du roi Sejong fut gage d’un retour à la paix, d’une reprise économique, d’un système politique efficace et d’avancées sociales et scientifiques uniques. De cette manière, le XVe siècle fut comme une renaissance, un âge d’or pour le peuple coréen et dans l’histoire du pays. Le roi Sejong était un homme sage, curieux, emphatique, intellect, faisant preuve de clémence, au service de son peuple… On le considère comme l’un des hommes les plus importants dans l’histoire de la Corée.

Aujourd’hui encore, la quantité d’études, de romans, de monuments ou de films qui lui sont consacrés permettent de se rendre compte de l’importance et de l’impacte du roi Sejong à tout jamais dans l’histoire de son pays. Bien que ces récits soient souvent idéalisés afin de servir un intérêt national (comme partout ailleurs), son rôle fut majeur et est encore ressenti aujourd’hui.

Addenda

[1] Sous la dynastie de Joseon, le nom de la ville change son nom de Hanyang en Hanseong (한성 ; 漢城).

[2] Sillok est une collection d’annales royales coréennes de la période Joseon. Il rassemble l’histoire de la dynastie des Yi dans 1893 volumes. Ils sont écrits en caractères chinois et racontent l’histoire de la période de Joseon à partir du roi Taejo en 1413 au 25e roi Choljong en 1865. Se qui le différencie des autres annales, c’est sa forme imprimée plutôt que manuscrite. Il est conservé en Corée du Sud et est inscrit comme trésor national.

Sources

Bibliographie

  • MACOUIN, Francis, « Un « âge d’or », le XVe siècle », in La Corée de Choson, Paris, Les Belles Lettres, 2009, p. 27-29
  • DAYEZ-BURGEON, Pascal, (dir.), « Le moment Sejong », in Histoire de la Corée. Des origines à nos jours, Paris, Tallandier, 2012, p. 73-80
  • DiamondSutraRecitationGroup, Le roi Sejong le Grand, Lumière éternelle de Corée, Esprit et Culture de Corée II, Corée du Sud, 112p.

Illustrations

  • Image liminaire : Portrait du roi Sejong
  • ill.1 Le roi Taejo. Reproduction fondée sur l’un des 24 portraits originels. Vers 1872. Encre et couleurs sur soie. Conservé au Gyeonggijeon, Jeonju.
  • ill.2 Tombe du roi Sejong, 2020. © 문화재청
  • ill.3 Portrait peinture Roi Sejong le grand
  • ill.4 Sejong le Grand et les lettrés dans le Jiphyeonjeon. © Diamond Sutra recitation group
  • ill.5 Le Jiphyeonjeon au palais royal de Gyeongbokgung, 20 octobre 2005. © Blmtduddl
  • ill.6 Palette d’impression Jikji avec des caractères chinois. Source : Mickaell3fle
  • ill.7 Cadran solaire Angbu ilbu
  • ill.8 le système du Chonggando. © Diamond Sutra recitation group
  • ill.9 Reproduction d’un billet de 10 000 Wons sud-coréens avec l’image de Sejong le grand
  • ill.10 Affiche de la série télévisée coréenne Dae Wang Sejong, 2008. © KBS
  • ill.11 Affiche du film The King’s Letters (나랏말싸미), 2019. © Megabox

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